Ghana: Janet Adu, "présidente" des bidonvilles, la voix des sans-voix

Voulant changer les conditions de vie dans les bidonvilles, Janet Adu a rejoint la Fédération ghanéenne des urbains pauvres (Ghafup) avant d'en devenir la présidente.
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Voulant changer les conditions de vie dans les bidonvilles, Janet Adu a rejoint la Fédération ghanéenne des urbains pauvres (Ghafup) avant d'en devenir la présidente. - © Dylan GAMBA

La capitale du Ghana, Accra, compte près de 265 bidonvilles, dans lesquels s’entassent parfois plusieurs dizaines de milliers de personnes. Une situation due à l’essor économique et démographique du pays, qui a poussé de nombreux habitants à l’exode rural pour chercher l’eldorado dans la capitale. Mais les autorités n’ont pas pu suivre. Janet Adu, élue présidente des bidonvilles en 2016, tente changer la situation.

Janet Adu ne réside pas au Jubilee House, le palais présidentiel ghanéen. Mais tout comme Nana Akuffo-Ado, le chef de l’État en exercice, la cinquantenaire a été élue en 2016. Son titre : "présidente" des bidonvilles. Rien qu’à Accra, la capitale du pays, quelque 265 campements de fortune, qui peuvent parfois contenir plusieurs milliers de personnes, ont été répertoriés. A Agbobloshie, où se trouve la plus grande décharge de déchets électroniques au monde, 100 000 personnes s’entassent dans des baraques de fortune. L’air y est vicié par des épaisses colonnes de fumée noire, les conditions d’hygiène y sont déplorables.

C’est la voix de ces sans-voix que Janet Adu ambitionne de représenter. La cinquantenaire réside à Ashaiman, une ville située l’est d’Accra. Comme de nombreuses personnes qui vivent dans les bidonvilles, Janet n’est pas originaire de la capitale. Née dans l’ouest du pays, elle doit rapidement quitter l’école. "Mes parents, des fermiers de cacao, n’avaient plus les moyens de payer", confie-t-elle.

Elle rencontre celui qui deviendra plus tard son mari et ils s’installent à Ashaiman. Depuis 1987, elle habite une petite baraque en bois qu’elle a construite elle-même. Autour d'elle, des constructions en tôle, et quelques brebis et poules qui déambulent. Les conditions de vie sont précaires. Même si les habitants ont accès à l’eau et à l’électricité, l’augmentation démographique a créé des tensions sur le réseau.

"Quand il y a un départ de feu ici, toutes les habitations partent en fumée et c’est très difficile de l’arrêter. Les constructions en bois s’enflamment très vite et les pompiers ont du mal à venir à cause des petites routes", avance-t-elle.

"Je suis élue à vie"

Alors que son mari est chauffeur de taxi, Janet est vendeuse ambulante. Voulant changer les conditions de vie dans les bidonvilles, elle rejoint la Fédération ghanéenne des urbains pauvres (Ghafup), dont elle deviendra la présidente. Cette fédération est liée au Slum Dwellers International (SDI), une ONG indienne présente dans 34 pays, aussi bien en Afrique qu’en Amérique du Sud. SDI met en place un système de prêts pour les membres, environ 20 000 rien qu’au Ghana.

"J’ai emprunté de l’argent pour que mes enfants puissent continuer leurs études et aller à l’université", témoigne Janet. En 2016, on lui propose d’être candidate pour représenter les membres de la communauté. Elle est élue sur un collège électoral réduit de 50 personnes avec 35 voix. Mais contrairement au président ghanéen, "moi, je ne remets pas mon mandat en jeu et je suis élue à vie", témoigne-t-elle en souriant. Un rôle qui lui permet de voyager et de partager les expériences.

Bien que les autorités publiques soient peu présentes dans les bidonvilles, "Auntie", comme tout le monde l’appelle, trouve des circonstances atténuantes. "L’État ghanéen est fortement endetté et n’a pas beaucoup d’argent à nous consacrer et c’est pour cela que nous nous tournons vers SDI", poursuit-elle.

La forte croissance démographique du pays, poussée par la découverte et l’exploitation du pétrole, a poussé de nombreuses personnes à l’exode rural. "De nombreuses personnes qui vivent dans les bidonvilles d’Accra sont originaires du nord du pays", témoigne Salifu Abdul-Mujeeb, membre de l’ONG People’s Dialogue. L’État ghanéen a été dépassé par l’ampleur du phénomène.

Aujourd’hui, Janet Adu se bat contre les évictions et les destructions de bidonvilles, qui laissent le plus souvent les habitants sans aucune solution pérenne. "Malgré tout, je suis optimiste pour l’avenir. Mes enfants peuvent aller à l’école, devenir avocat, médecin ou même ministre", conclut-elle.

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