Ghana: James Kofi Annan, l'ancien esclave qui se bat contre l'exploitation des enfants

Ghana: James Kofi Annan, l’ancien esclave qui se bat contre l’exploitation des enfants
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Ghana: James Kofi Annan, l’ancien esclave qui se bat contre l’exploitation des enfants - © Tous droits réservés

Quelque 20.000 enfants sont réduits en esclavage dans l’industrie de la pêche dans la région de la Volta. James Kofi Annan a été vendu par ses parents quand il avait 6 ans avant de s’échapper à l’âge de 13 ans. Il milite aujourd’hui pour l’abolition de ces pratiques.

"Je n’ai pas eu d’enfance. Cela peut paraître anecdotique, mais je ne connais pas de comptine. " James Kofi Annan est un ancien enfant esclave. A l’âge de 6 ans, il est vendu par ses parents, des paysans illettrés originaires de Winneba, une ville côtière à l’ouest d’Accra. Il est envoyé travailler dans l’industrie de la pêche dans la région de la Volta, dans le centre du Ghana. " J’étais le dernier d’une fratrie de 12. Aucun de mes frères et sœurs n’est allé à l’école et mes parents n’avaient pas les moyens de subvenir à nos besoins ", confie-t-il. Sait-il combien il a été vendu ? Il sourit amèrement. " Je ne le sais pas exactement, mais je crois que cela tourne autour de 100 cedis (environ 20 euros) ", avance-t-il.

"Les journées commençaient à 3 heures du matin pour se terminer à 8 heures du soir. Tous les jours", souligne-t-il, encore las. Remonter les filets, réparer les filets, plonger, ramer… Presque aucun temps de répit. "Nous n’avions qu’un seul repas par jour. Juste après nous allions nous coucher, exténués ", témoigne James. Impossible de développer des amitiés. Nous n’étions même pas autorités à parler entre nous."

Les sévices sont monnaie courantes. "A la moindre faute comme un filet que nous ne remontions pas assez vite, nous étions battus. J’ai été torturé ", souligne-t-il, les yeux embués. " Cela a été ma vie pendant sept ans ", poursuit James Kofi Annan. " J’ai finalement pu m’échapper quand j’ai eu 13 ans. J’ai la chance d’avoir le même nom qu’un pasteur très connu au Ghana. Quand il est mort, mes parents ont voulu que j’assiste aux funérailles. J’y suis allé et ne suis jamais reparti ", confie-t-il. Revenu vivre chez ses parents, a-t-il eu un ressentiment à leur égard ? " Non ", déclare-t-il laconiquement, sans entrer dans les détails.

"La seule chose que je voulais, c’était d’aller à l’école" 

Mais un autre combat commence alors pour lui. "Durant les années où j’ai été réduit en esclavage, la seule chose que je voulais, c’était d’aller à l’école ", avance-t-il. Mais ses parents n’en ont toujours pas les moyens. " L’éducation primaire n’était pas gratuite comme elle l’est aujourd’hui, il a fallu que je paye moi-même en faisant des petits boulots ", déclare James Kofi Annan. Il se nourrit alors exclusivement de mangues et de noix de coco, qu’ils ramassent aux pieds des arbres. "Durant mon enfance, j’ai toujours eu faim", se remémore-t-il. 

Deux masters

Il parvient finalement à aller jusqu’à l’université où il est titulaire de deux masters, l’un en psychologie, et l’autre en communication. " Je n’ai jamais oublié à quel point cette période de ma vie a été douloureuse. Je suis en colère quand je vois que cette situation touche encore environ 20.000 enfants aujourd’hui ", estime-t-il. Pour empêcher que cette situation ne perdure, il a créé en 2005 la fondation Challenging Heights, qui libère les enfants réduits en esclavage dans la région de la Volta. "Depuis 13 ans, nous sommes venus en aide à plus de 1500 enfants ", souligne-t-il. "Mais nous ne faisons pas que les libérer, nous les accompagnons jusqu’à leur majorité d’un point de vue psychologique mais nous leur offrons également une scolarité. " Même s’il reçoit encore aujourd’hui des lettres de menace, et vit sous protection, James Kofi Annan, aujourd’hui âgé de 44 ans, aspire à l’éradication de l’esclavage des enfants. Mais, selon lui, cela sera en grande partie due au travail des associations, et non à l’action des pouvoirs publics, critiqués pour leur incurie. "Nous les forcerons à agir, nous bloquerons les routes, il faut qu’ils nous entendent", poursuit-il.

"Aujourd’hui, je pense pouvoir dire que dans 10 ans, il n’y aura plus d’enfants esclaves dans la région de la Volta", souligne-t-il. James Kofi Annan se fixe l’horizon 2029. " A ce moment, je serai heureux. Heureux d’être au chômage, de faire autre chose de ma vie ", conclut-il, les larmes aux yeux.

 

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