Être athée, un long chemin de croix au Ghana

Michael Osei Assibey, au milieu de certains livres de sa bibliothèque, dont des ouvrages de Richard Dawkins
2 images
Michael Osei Assibey, au milieu de certains livres de sa bibliothèque, dont des ouvrages de Richard Dawkins - © Dylan Gamba

Selon un sondage réalisé en 2015, le Ghana fait partie des pays les plus croyants au monde avec seulement 0 % de la population qui se déclare ouvertement non-croyante. En cause : brimades et exclusions sociales. Un collectif, Humanist Association of Ghana, tente de faire changer les mentalités dans un pays où la religion rythme la vie sociale.

Du lundi au samedi, les rues d’Accra sont pratiquement impraticables à la circulation. Les principaux axes routiers sont perpétuellement bouchés aux heures de pointe. Mais le dimanche est un jour particulier. La majorité des Ghanéens se rend dans les églises et le bruit des klaxons est remplacé par les célébrations religieuses. Selon un sondage réalisé par Gallup en 2015, le Ghana fait parti des 20 pays les plus religieux au monde avec près de 95 % de la population qui se déclare croyante (environ 70 % de chrétiens, plus de 25 % de musulmans et des animistes). Le taux d’athée étant dans cette étude de… 0 %.

Une analyse contestée par Michael Osei-Assibey, président de la Humanist Association of Ghana (HGA), un collectif fondé en 2012 pour représenter les athées et les agnostiques dans le pays et qui compte une soixantaine de membres. "Je ne crois pas du tout ce sondage", déclare-t-il d’une voix gutturale. "Je pense que nous sommes plus proches des 5 % de personnes qui ne sont pas croyants au Ghana. Le problème, c’est que la plupart du temps les gens ont peur de le proclamer haut et fort", soutient-il.

Le jeune homme de 29 ans aux dreadlocks, ingénieur de profession, a un parcours spirituel singulier. "Ma mère était musulmane avant de devenir méthodiste. Ce qui fait que j’ai été baigné dans les deux croyances. Mon environnement familial ne me prédisposait pas du tout à devenir athée", témoigne-t-il. Après avoir fini la lecture de la Bible à 13 ans, l’adolescent se pose des questions sur sa foi. "Je voyais plus ce qui était écrit comme des histoires que comme quelque chose à laquelle je croyais", souligne-t-il.

Même s’il évoque sa "fierté" d’être athée, Michael Osei-Assibey souligne la stigmatisation dont il fait encore l’objet. "Il faut généralement faire attention de ne pas trop l’évoquer. A Accra, aujourd’hui, c’est un peu plus facile car c’est une ville cosmopolite mais dans certaines régions du pays, notamment dans le nord, il est pratiquement impossible de l’évoquer", analyse-t-il. "Je conseille aussi aux étudiants athées d’attendre d’avoir fini leurs cursus à  l’université pour le dire à leurs parents. Je connais certaines familles qui ont refusé de payer les frais de scolarité après l’avoir appris".

"Nous rappions en écoutant Tupack"

Agomo Atambire, membre de l’association, évoque également les difficultés au sein de l’environnement familial. "Mon frère, qui est musulman, ne m’a parlé pendant plusieurs années quand je suis devenu athée", évoque-t-il. "Il est devenu de plus en plus religieux alors que quand nous étions petits, nous rappions en écoutant Tupack", évoque-t-il, en levant les yeux au ciel. Comment se déroulent les repas de famille ? Les deux hommes éclatent de rire. "On fait tout pour éviter le sujet", évoque Agomo. Mais ils se font beaucoup plus critiques sur l’interférence des questions religieuses dans le système éducatif ghanéen. "Normalement, selon la loi, les écoles sont des lieux séculiers, mais les enfants sont obligés de faire la prière tous les matins", témoigne Michael.

Même si pour Michael, il existe toujours une chape de plomb sur le sujet religieux au Ghana, il est optimiste pour l’avenir. "Les jeunes générations sont de plus en plus critiques", soutient-il. Il vante également l’importance des réseaux sociaux dans la diffusion des idées athées au Ghana. "La jeune génération remet de plus en plus les dogmes en question", conclut-il.

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK