Ghaliya Djelloul : "Les Algériens ont une solidarité qui leur permet d'affronter la peur"

Ghaliya Djelloul: "les Algériens ont une solidarité qui leur permet d'affronter la peur"
Ghaliya Djelloul: "les Algériens ont une solidarité qui leur permet d'affronter la peur" - © Tous droits réservés

Face à la contestation de la rue, le président sortant algérien Abdelaziz Bouteflika a fait part de sa volonté de ne pas briguer un cinquième mandat. Il a également annoncé vouloir reporter les élections, 24 heures après son retour en Algérie suite à son hospitalisation en Suisse.

Ghaliya Djelloul, sociologue à l’UCL et spécialiste de l’Algérie, était ce matin l’invité de Thomas Gadisseux sur La Première.

Moment historique

Si les événements qui se déroulent actuellement en Algérie revêtent un caractère historique, c’est d’abord parce que le pays n’a pas connu d’alternance au pouvoir depuis son accès à l’indépendance en 1962.

« Il y a eu des épisodes d’ouverture de l’espace public depuis quelques décennies, mais on continue à rester dans une situation de démocratie de façade en Algérie puisque des échéances ont lieu mais qu’il n’y a pas de participation des citoyens à la prise de décision collective », explique Ghaliya Djelloul. « Les institutions ne sont pas indépendantes, le régime autoritaire est corrompu. C’est une dictature qui sait faire évoluer son habillement institutionnel. »

L’annonce du retrait de la candidature de Bouteflika représente bien évidemment une surprise, considérant la longévité de son mandat. « C’est plus que surprenant, c’est une bouffée d’air », affirme Ghaliya Djelloul. « La pérennité et la stabilité de ce régime sont telles que le fatalisme avait complètement rongé l’espoir. »

Peut-on dès lors parler d’un nouvel épisode du printemps arabe, cette fois en Algérie ? « Le pays est effectivement en train de vivre son propre processus de pacification et de démocratisation du champ politique. C’est le même type de dynamique avec une histoire particulière et propre à l’Algérie » estime la sociologue.

Mais ce qui rend cette contestation encore plus historique, c’est son côté pacifique. « La conquête du pouvoir par le peuple en Algérie s’est toujours fait pas la violence », avance Ghaliya Djelloul.

« Que le peuple réussisse à s’unir contre le régime sans violence constitue véritablement un moment historique car la non-violence permet de recréer de la confiance dans un lien qui avait été détruit par la guerre civile », affirme-t-elle.

« On ne peut évidemment pas se débarrasser de la peur mais c’est dans la solidarité collective qu’on peut créer des nouvelles manières de réagir. »

Manœuvre politique ou véritable retrait ?

Le président a annoncé qu’il ne briguerait pas un 5e mandat mais a toutefois assuré rester en poste jusqu’à la présidentielle reportée à une date encore inconnue. Alors que son départ est l’objet de revendication de millions de manifestants, cette prise de position s’apparente à une nouvelle ruse pour les observateurs.

« Il donne l’impression d’avoir écouté les manifestants mais les dans les faits, il reste au pouvoir et il reporte les élections », affirme Ghaliya Djelloul. « Sur quelle base constitutionnelle et jusque quand ? Nous n’en savons rien ».

Abdelaziz Bouteflika a annoncé vouloir mettre sur pied une conférence nationale afin de retravailler la constitution et trouver une nouvelle date pour élections mais cette transition se fera néanmoins sous son contrôle.

« Bouteflika s’accroche encore », estime Ghaliya Djelloul. « Il essaye de diviser le mouvement, en ne donnant aucunes garanties. Il ne lâche pas encore le pouvoir et ne propose pas un gouvernement d’union nationale. »

L’annonce faite par le chef de l’Etat dans un message à la Nation publié par l’agence officielle a d’abord été saluée par un concert ininterrompu de klaxons dans le centre d’Alger mais celle-ci n’ôte pas les Algériens d’un doute quant au retrait définitif de Bouteflika dont le mandat s’achève le 28 avril.

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