Germania, XL Airways, Adria, Thomas Cook Airlines... : pourquoi 2019 est une année noire pour les compagnies aériennes

Germania, Air Philip, Aigle Azur, Thomas Cook airlines : 2019 est une année noire pour les compagnies aériennes
Germania, Air Philip, Aigle Azur, Thomas Cook airlines : 2019 est une année noire pour les compagnies aériennes - © NABIL MOUNZER - BELGAIMAGE

Certaines disparitions marquent davantage les esprits. Le monde entier, ou presque, a entendu parler de la faillite du groupe Thomas Cook et, par extension, de sa filiale Thomas Cook Airlines.

Plus rares sont ceux qui se sont inquiétés de la faillite de la petite compagnie aérienne slovène Adria Airways. Depuis le début de cette année, la liste des compagnies aériennes en faillite est à la fois particulièrement fournie et interpellante dans la mesure où elle comprend cette année bien plus que par le passé une série d’acteurs d’une certaine dimension.

Dans le secteur aérien, les turbulences financières n’épargnent personne, et les cas de faillite de "grandes compagnies" sont nombreux depuis 30 ans : victime de la baisse du trafic liée à la guerre du Golfe, la Pan Am n’y a pas échappé en 1991, elle qui était pourtant la plus emblématique des compagnies américaines, spécialisée dans les vols long-courriers.

Dix ans plus tard, c’est un autre événement – les attentats du 11 septembre 2001 – qui a précipité la fin de plusieurs compagnies dont Crossair, Swissair, et, dans la foulée, la Sabena même s’il faut impérativement prendre en compte toute une série d’autres facteurs qui avaient rendu inéluctable le naufrage de la compagnie belge.

Germania est la première à tomber en 2019

Alors que la plupart des compagnies disparues en 2018 étaient souvent inconnues du grand public, parfois même dans le pays où elles opéraient (Primera Air au Danemark, Saratov Airlines en Russie, Small Planet Airlines en Lituanie, Privat Air et Skywork en Suisse, Nextjet en Suède, OneJet aux Etats-Unis, Dart Airlines en Ukraine ou encore Bassaka Air au Cambodge et VLM en Belgique), la faillite de Germania en février dernier est passée beaucoup moins inaperçue. Il faut dire que la compagnie allemande fondée au début des années’80 et basée à Berlin était devenue un acteur majeur dans les vols charters à destination de l’Europe et de l’Afrique du Nord : au lendemain de sa faillite, 260.000 vols achetés ne seront pas remboursés !

Quelques jours plus tard, la britannique British Midland Regional Limited, basée à East Midlands et opérant sous le nom de Flybmi, annonce la cessation de ses activités avec effet immédiat le lendemain, faisant état de plusieurs difficultés, dont les récentes flambées des coûts de carburant. Mais dans le communiqué qu’elle publie, la compagnie régionale britannique mentionne aussi le Brexit : "Les incertitudes créées par le processus du Brexit ont également eu une incidence importante sur les échanges commerciaux actuels et les perspectives d’avenir, ce qui nous a empêchés de garantir des contrats de vol précieux en Europe et a généré un manque de confiance en la capacité de BMI de continuer à voler entre des destinations européennes."

En mars, c’est au tour du transporteur islandais à bas prix WOW Air de renoncer après 8 ans d’existence au cours desquels il s’était fait une place dans le ciel des vols transatlantiques bon marché (environ 300 €).

Le 17 avril 2019, au terme de 26 ans d’existence, l’indienne Jet Airways arrête ses vols le 17 avril 2019, après des défauts de paiement auprès des loueurs d’avion et fournisseurs de carburant. Il n’y a pas si longtemps, Jet Airways était la première compagnie d’Inde (elle possédait une flotte de plus de 200 avions et employait plus de 16.000 personnes) mais sa dette de Jet Airways envers ses créanciers (prêteurs, bailleurs, fournisseurs) et son personnel a fini par dépasser les 3 milliards de dollars.

Du géant indien Jet Airways aux compagnies françaises XL Airways et Aigle Azur en passant par la sud-coréenne Air Philip, la brésilienne Avianca Brazil sans oublier l’américaine California Pacific, ou encore Asian Express Airlines au Tadjikistan, les compagnies tombées en 2019 sont donc nombreuses, tout comme le sont aussi les raisons de ces fiascos.

Dans le secteur des low cost, l’implacable et féroce concurrence

Selon l’association du transport aérien international (IATA), 75 avions décollent chaque minute quelque part dans le monde, de quoi arriver à cet impressionnant total de 39,4 millions de décollages annuels ! Mais ce gigantesque marché est loin d’être aussi accessible que certains aimeraient le croire, surtout dans le secteur des vols à bas prix. "A un moment donné, il faut à la fois le "know-how" et la taille critique. On ne se lance pas dans l’aviation comme on le fait dans la vente de tomates" explique l’expert aéronautique Jean Collard : "certains acteurs tels que Ryanair et Easy Jet ont réussi parce qu’ils étaient là au début de l’aventure européenne du low cost, mais ceux qui ont voulu les imiter avec la conviction que ce serait " facile " se sont lourdement trompés, parce que même si le "gâteau" est énorme, les grands acteurs au capital social important ont déjà leur part."

Pour Jean Collard, la disparition de compagnies aériennes est donc très loin d’être finie, d’autant que les perspectives de croissance des 10 prochaines années en Europe ont été récemment estimées à 1,8% – 2%, sans prendre en compte la pression écologique qui ne va pas diminuer : "La taxe carbone qui va finir par arriver sera éliminatoire" annonce-t-il.

En attendant, le transport aérien se maintient à son niveau : l’IATA prévoit que 899 milliards de dollars seront dépensés en 2019 dans le transport aérien (200 milliards de dollars de plus qu’en 2012), ce qui équivaut à 1% du PIB mondial.

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