George et Adama, ces destins qui se répondent

Assa Traore, la grande sœur cheffe de famille devenue militante.
Assa Traore, la grande sœur cheffe de famille devenue militante. - © KENZO TRIBOUILLARD - AFP

De nouvelles manifestations sont organisées, cet après midi à Paris, et dans toute la France contre le racisme et les violences policières. Le plus gros défilé est attendu à Paris, de la place de la République à Opéra.  Un nom sera scandé, celui de Adama Traoré, ce jeune Noir de 24 ans, décédé en juillet 2016 après avoir été interpellé par des gendarmes dans la banlieue parisienne. Le jeune homme avait été étouffé sous le poids de trois gendarmes, " 250 kgs de vengeance " calcule l’avocat de la famille. Une mort qui fait lien avec celle de George Floyd aux USA.

Assa, la grande sœur cheffe de famille devenue militante

Cette manifestation est pilotée par le comité " Adama Traoré ", emmené par sa sœur, Assa, 35 ans, qui a réussi à fédérer des militants de longue date de la cause anti-raciste, mais aussi des artistes comme Omar Sy , l’écrivaine Annie Ernaux, le comédien Mathieu Kassovitz ou l’actrice Adèle Haenel.

Le comité a déjà réussi à rassembler 20.000 personnes à Paris le 2 juin dernier, en plein déconfinement, et  malgré l’interdiction de manifester . Aujourd’hui, ils espèrent rassembler des milliers de personnes, galvanisées par la colère sourde qui s’est emparée de la planète après la mort de George Floyd, à Minneapolis.

Assa Traoré y voit une opportunité historique de réveiller les consciences. Depuis 4 ans, cette éducatrice spécialisée dans la protection de l’enfance se bat. Son petit frère Adama, c’était comme son propre fils. La jeune femme a arrêté de travailler pour se consacrer à son engagement. Depuis la mort de leur père, Assa est devenue la cheffe de famille. Elle a du assumer le renvoi aux Assises d’un autre de ses frères, accusé d’avoir tiré sur les gendarmes pendant les nuits d’émeute qui ont suivi la mort d’Adama à Baumont-sur-Oise.

Tee shirts noirs et gilets jaunes

Depuis, elle s’est entourée d’un comité expérimenté d’une vingtaine de personnes. Vêtus de leurs tee-shirts "Justice pour Adama", dont la vente est leur principal moyen de financement avec les dons, les membres du comité défilent aux côtés des Gilets jaunes, prennent la tête d'une manifestation de partis et d'organisations de gauche contre la politique de Macron en mai 2018, participent à l'occupation d'un centre commercial avec les militants écologistes radicaux de Extinction rebellion.

Hashtag " génération Adama "

Autre pilier du comité, Almamy Kanouté. Carrure imposante, le militant associatif de Fresnes (Val-de-Marne) a récemment joué dans le film "Les Misérables" de Ladj Ly, sur une bavure policière.

Le réalisateur fait d'ailleurs partie des personnalités qui ont contribué à la médiatisation du comité, aux côtés de figures du rap français (Youssoupha, Fianso, Kery James...). Le comité est aujourd'hui un acteur "important" dans le paysage des mouvements sociaux français, explique Julien Talpin, chercheur au CNRS et spécialiste des mobilisations des quartiers populaires.

"Leur force est de réussir à élargir le spectre et à universaliser leur combat, en disant: quand on parle d'Adama Traoré, on parle de toutes les victimes de violences policières et de la valeur de la vie des personnes des milieux populaires", observe-t-il.  

Le comité est enfin très actif sur les réseaux sociaux, un moyen de faire "jeu égal" avec les médias, où il utilise désormais le hashtag #Generationadama. "Nous, nous sommes de la génération Zyed et Bouna, dont la mort en 2005 a été un tournant", dit Youcef Brakni. Militant de longue date en Seine-Saint-Denis "Le 2 juin, c'est la génération Adama qu'on a vue dans la rue" veut-il croire, espérant qu'elle s'inspirera à son tour du comité pour continuer son combat.

Génération Zyed et Bouna

15 ans ont passé, mais les habitants de Clichy-sous-Bois sont encore marqués par la mort violente de ces deux adolescents. Le 27 octobre 2005, Zyed Benna (17 ans)  et Bouna Traoré ( 15 ans) meurent électrocutés dans l’enceinte d’un poste électrique où ils s’étaient réfugiés pour échapper à un contrôle de police. Leur mort déclenche des émeutes dans les banlieues parisiennes. Deux policiers seront mis en examen pour " non assistance à personne en danger. Le 18 mai 2015, après 10 ans de péripéties judiciaires, la justice prononce une relaxe définitive. Une décision perçue dans les quartiers " sensibles "  comme un déni de justice, un crachat symbolique, qui va creuse le fossé d’incompréhension entre les habitants des banlieues et les institutions de la République, dont les forces de l’ordre sont le bras armé légitime.

Les afroféministes rejoignent le mouvement

En 4 ans d’existence, le comité " Adama " a élargi et politisé son discours. Il dénonce désormais un " racisme systémique " qui dépasse largement les violences policières .

L’actrice noire Aïssa Maïga a rejoint le mouvement. C’est elle qui a dénoncé , lors de la cérémonie des Césars, la pénurie d’acteurs-trices de couleur devant et derrière les caméras. Elle avait créé une onde de choc en se levant pour demander que l’on compte les Noirs dans la salle.

Cet après midi, elle sera dans les rues de Paris, masquée, mais libre de parole.

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