Génocide rwandais: le témoignage d'un gendarme français interpelle

Silence et consignes incompréhensibles, choc face à l'horreur du génocide: un ancien gendarme français raconte pourquoi il a désobéi en 1994 au Rwanda, dans un témoignage suscitant de nouvelles interrogations sur le rôle de la France, à paraître jeudi dans la revue XXI.

L'adjudant-chef Thierry Prungnaud a été envoyé en juin 1994 au Rwanda dans le cadre de l'opération militaro-humanitaire Turquoise lancée par la France trois mois après le début du génocide.

A la revue française XXI, le gendarme explique qu'il connaît déjà ce pays pour y être venu en 1992 former la garde du président hutu Juvénal Habyarimana, dont l'assassinat le 6 avril 1994 fut le déclencheur du génocide.

Dans ce témoignage, le gendarme ne lance jamais d'accusation, s'en tient aux événements qu'il a vécus. A son arrivée, dans le cadre de Turquoise, Thierry Prungnaud est mis à la disposition du commandement des opérations spéciales (COS) de l'armée française qui dresse, selon lui, un ahurissant tableau de la situation.

"Les Tutsis exterminent les Hutus. Nous sommes venus pour les protéger, mettre fin aux massacres. Mais nos forces sont encore insuffisantes pour jouer un rôle d'interposition", rapporte le gendarme.

A ce moment là, le génocide est presque achevé et Thierry Prungnaud progresse avec d'autres militaires dans l'ouest du Rwanda.

Le 27 juin, il découvre un charnier dans un village, d'où tous les habitants tutsis semblent avoir disparu, sauf un homme muré dans le silence. C'est le révélateur pour le gendarme: "C'est un Tutsi. Ils ont tous été massacrés. On n'a rien compris!".

Les jours suivants, il affirme être empêché par sa hiérarchie de se rendre à Bisesero, où se cacheraient de nombreux rescapés tutsi. C'est alors qu'il désobéit.

Arrivé le 30 juin à Bisesero, il voit "des morts partout dans les hautes herbes, certains encore tièdes". Alerté, le commandement dépêche hommes et hôpital de campagne.

Selon le rapport d'un officier consulté par la revue, une patrouille était déjà passée à Bisesero trois jours avant et avait estimé à "environ 2000" les rescapés tutsis. Le 30 juin, l'armée française ne dénombre plus que 800 survivants, rapporte Thierry Prungnaud.

Ultime espoir du gendarme: témoigner de ce qu'il a vu. Convoqué en octobre 1994 au ministère de la Défense, il affirme qu'un général, dont il ne cite pas le nom, lui a dit: "vous oubliez tout. Vous mettez tout à la poubelle".


Belga

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