Génocide arménien, rwandais, Shoah: qu'est-ce qu'un génocide ?

Dans le mémorial de Srebrenica
Dans le mémorial de Srebrenica - © ELVIS BARUKCIC - BELGAIMAGE

En ce jour de commémoration du génocide arménien d’il y a 100 ans, la question se pose: qu’est-ce qu’un génocide? Seuls quelques pays reconnaissent le terme de "génocide" concernant les Arméniens. Existe-t-il une définition?

Le 24 avril 1915, les arrestations d’Arméniens débutaient à Constantinople sur ordre du ministre de l’Intérieur ottoman. Ces arrestations seront vite suivies d’une extermination de cette population : 1,5 million de morts entre 1915 et 1917.

Cent ans plus tard, seuls quelques pays reconnaissent ce génocide, souvent de peur de se fâcher avec la Turquie. En Belgique, seul le Sénat a adopté une résolution condamnant un génocide en 1998.

Qu'est-ce qu’un génocide ?

C’est en 1948 qu’une résolution des Nations-Unies en donne une définition. "Le génocide est défini comme un certain nombre d’actes, des meurtres essentiellement mais aussi les transferts forcés, des atteintes à l’intégrité physique. Ils doivent avoir été commis ‘dans l’intention de détruire en tout ou en partie un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel‘. Il y a donc un élément d’intention. Ce n’est pas la quantité qui est importante, c’est l’intention", explique Olivier Corten, professeur de droit international à l’ULB.

Une définition assez floue donc, tant l’intention peut être difficile à prouver. "Souvent ceux qui nient les génocides parlent de massacres, de crimes de guerre. Ils estiment que le but était de combatte l’ennemi. Il faut pouvoir prouver que le groupe était visé comme tel", précise le professeur.

Les personnes soupçonnées de génocide devront être poursuivies par un tribunal compétent dans le pays concerné ou par un tribunal pénal international, précise la résolution.

Pour le moment, trois génocides ont été reconnus : le génocide des Juifs (Shoah) et des Tsiganes commis par les nazis pendant la Deuxième guerre mondiale, jugé par la cour de Nuremberg, jugement qui conduira d’ailleurs à la définition du génocide et plus tard, à la création de la Cour pénale internationale (CPI) en 2002 ; le génocide des Tutsis au Rwanda par des Hutus extrémistes en 1994 jugé par le Tribunal pénal international pour le Rwanda et enfin, le génocide de Bosniens musulmans (Bosniaques) par des Serbes à Sebrenica en 1995, jugé par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougolsavie.

Le génocide des Arméniens a uniquement été reconnu par une sous-commission de l’ONU. Mais, comme le précise Oliver Corten, "sur le plan juridique, le concept de génocide n’est apparu qu’après la deuxième guerre mondiale. C’est donc un peu un anachronisme pour des faits qui se sont passés avant. Il y a un problème de rétroactivité. Ici c’est donc plutôt dans un sens symbolique que serait reconnu le génocide arménien".

J.C.

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