Suisse: Genève féminise ses panneaux de signalisation

250 panneaux féminisés au total.
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250 panneaux féminisés au total. - © VILLE DE GENEVE

Une femme enceinte, deux femmes main dans la main, une femme âgée s’aidant d’une canne… Elles se retrouvent toutes sur les nouveaux panneaux de signalisation indiquant un passage-piétons introduits par la ville de Genève. Une décision de la maire Sandrine Salerno qui a voulu casser l’image du panneau traditionnel (le F49 chez nous) montrant un personnage masculin sans âme. En tout, 250 panneaux sur 500 vont être remplacés comme l’annonce le journal suisse "Le Temps". Sur les réseaux sociaux, cette campagne s'accompagne du hastag #EgaliteCestMonGenre. 

Bien plus qu’un gadget selon la maire

"Certains verront dans cette opération un symbole aux allures de gadget", explique la maire socialiste Sandrine Salerno à nos confrères suisses. "C’est bien plus que ça, il est question de notre perception de la société, de la place des femmes dans l’espace public, des représentations qu’il faut questionner." Objectif: instaurer une égalité des genres dans l’espace public en montrant des femmes plutôt actives, issues de la diversité ou en couple. Coût de l’opération: 56.000 francs suisses (52.000 euros environ). Les panneaux masculins retirés seront remisés en attendant un renouvellement. 

Fausse bonne idée

En Suisse, cette initiative a suscité des réactions diverses sur les réseaux sociaux et dans les médias. Première critique : une porte est ouverte et des catégories de population diverses pourraient elles aussi réclamer "leurs" panneaux. "C’est vrai, et les six variantes retenues ne sont pas gravées dans le marbre", ajoute Sandrine Salerno. "Mais l’impossible exhaustivité justifie-t-elle de maintenir le statu quo ? Je ne crois pas." Peu après la médiatisation des changements, certains ont pointé un "gaspillage d’argent public", la "fausse bonne idée"… Des réactions parfois excessives comme le relève Le Temps. "En treize ans de politique, j’ai rarement eu autant de réactions violentes, misogynes et conservatrices pour un projet qui s’inscrit dans un large plan de lutte contre le sexisme", confie la maire Sandrine Salerno qui estime le projet encore plus nécessaire. "Aujourd’hui, la démarche paraît scandaleuse, mais dans deux ans, d’autres communes nous imiteront et dans dix, cela sera perçu comme normal. En matière d’égalité, dès que vous questionnez des normes pour conquérir un nouvel espace, cela dérange. Heureusement, les mentalités évoluent, on l’a vu sur les inégalités salariales."

En Suisse, ces panneaux sont les seuls à pouvoir être modifiés, à l’inverse des feux rouges, verts ou oranges montrant un personnage masculin.

Un débat en Belgique

En Belgique, le débat sur la féminisation de l’espace public est également présent. Margaux De Ré, députée bruxelloise Ecolo et présidente de la nouvelle Commission des droits des femmes, a rapidement réagi à l’initiative genevoise sur les réseaux sociaux, saluant "la mobilité inclusive et une place pour chacun.e dans l’espace public".

Chez nous, aucune autorité publique n’a encore franchi le cap d’une féminisation des panneaux de signalisation. L’exemple suisse pourrait donner des idées. Par contre, plusieurs communes ont déjà décidé de donner des noms de femmes à de nouvelles artères, dans un souci d’équilibre.

Et récemment, la députée bruxelloise PS Leila Agic a demandé au Parlement régional le lancement d’une réflexion sur la féminisation des noms de stations de la STIB, dans le cadre du prolongement du métro. "Aujourd’hui, par exemple, nous comptons 29 stations de métro portant des noms masculins contre seulement quatre stations portant des noms féminins, ce qui représente à peine 13% mais de plus, ces stations ne font référence qu’à des Princesses et une Sainte", explique la députée. "Aujourd’hui, il est nécessaire de redonner de la place aux femmes dans notre espace public. Cette valorisation peut se faire notamment en attribuant des noms de femmes aux rues, aux places, aux bâtiments publics, monuments mais aussi aux arrêts de tram, métro et de bus."

Il y a quelques jours, la STIB a rebaptisé l’arrêt Trois arbres à Uccle en arrêt Jeanne Herreman, l’une des premières femmes conductrices de tram.