Gazprom repousse au 9 juin son ultimatum à l'Ukraine

"L'Ukraine a réglé la première tranche de sa dette gazière. Aujourd'hui, 786 millions de dollars (577 millions d'euros) ont été virés sur le compte de Gazprom", a déclaré dans un communiqué Alexeï Miller, le PDG de Gazprom. "Nous saluons le début du règlement de sa dette par l'Ukraine et repoussons le passage au système de prépaiement au 9 juin", ajoute-t-il.

La Russie avait menacé de passer à un système de prépaiement dès mardi pour la poursuite de ses livraisons de gaz à l'Ukraine -- faisant donc planer une menace de coupure des approvisionnements -- si Kiev ne commençait pas à régler sa lourde dette gazière.

Gazprom réclame maintenant "le remboursement dans sa totalité de la dette pour le gaz livré avant le 1er avril, soit 2,237 milliards de dollars, dont une partie a été réglée aujourd'hui".

L'Ukraine doit en outre "établir un échéancier des paiements pour le remboursement de sa dette pour les livraisons effectuées après le 1er avril", prévient le géant russe.

"Le paiement pour mai doit être effectué d'ici le 9 juin", a de son côté averti M. Miller.

"En cas de règlement de la dette gazière ukrainienne, la Russie sera prête à étudier la question du prix du gaz, non seulement à travers une réduction des tarifs douaniers, mais aussi à travers des négociations commerciales directes", a-t-il indiqué.

Semaine diplomatique

Le président des États-Unis sera en Europe dès mardi, avec comme point d'orgue le 70ème anniversaire du Débarquement en Normandie, un voyage marqué par les conflits historiques du Vieux Continent en pleine crise ukrainienne.

La poussée de fièvre avec la Russie sur l'Ukraine - plus forte turbulence en Europe depuis la fin de la Guerre froide - pèsera sur chaque étape de Barack Obama la semaine prochaine, de la Pologne à la Normandie pour la commémoration du 6 juin 1944, en passant par un sommet du G7 à Bruxelles.

Premiers contacts internationaux de Porochenko

Elu le 25 mai avec plus de 54% des voix, le milliardaire pro-occidental Petro Porochenko doit même avant son investiture samedi faire connaissance avec plusieurs dirigeants internationaux.

Il rencontre mercredi en Pologne M. Obama dont le soutien est crucial pour l'Ukraine, pays au bord de la guerre civile, avant s'assister aux cérémonies du Débarquement en Normandie à l'invitation de François Hollande, tout comme Vladimir Poutine.

Entre-temps, jeudi, les leaders des puissances du G7 se retrouvent à Bruxelles pour un sommet qui remplace celui du G8 prévu avec et en Russie le même jour, annulé à cause de la crise ukrainienne.

"Ces rencontres sont très importantes pour établir des contacts directs avec les dirigeants internationaux, en premier lieu avec Barack Obama. L'Ukraine doit formuler sa stratégie dans l'Est et voir comment les Etats-Unis peuvent l'aider", a souligné dimanche le politologue ukrainien indépendant Volodymyr Fessenko.

M. Porochenko, s'il a affirmé vouloir dialoguer avec Moscou, a aussi promis de ne jamais laisser les insurgés, qu'il appelle "les terroristes", transformer la région rebelle en "Somalie", pays en proie à la guerre civile depuis plus de 20 ans.

La Russie, qui rejette les accusations sur son implication dans la déstabilisation de l'Ukraine, exige que Kiev cesse son "opération punitive" dans l'Est qui a fait près de 200 morts - soldats, rebelles, civils - depuis son déclenchement le 13 avril.

Mais si l'Otan a estimé que Moscou avait déjà retiré les deux tiers de ses troupes de la frontière ukrainienne, Kiev dénonce la présence de citoyens russes parmi les insurgés et leur équipement en armes, y compris lourdes, russes.

Les garde-frontière ont annoncé dimanche avoir arrêté un Russe de 38 ans, qui a participé à la campagne russe en Tchétchénie et qui venait combattre aux côtés des séparatistes dans la région de Lougansk.

Donetsk ville fantôme

Les autorités ukrainiennes ont affirmé avoir gagné du terrain face aux insurgés, mais, sur le terrain, les combats sont nombreux et de plus en plus violents et l'anarchie s'est emparée d'une grande partie de la région et Donetsk, centre régional d'environ un million d'habitants.

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a indiqué dimanche être sans nouvelles de ses deux équipes déployées dans la région en vue d'une pacification et portées disparues : l'une depuis lundi dans la région de Donetsk et l'autre depuis jeudi dans celle de Lougansk, soit au total huit observateurs.

Sur le terrain, la situation ne cesse de se dégrader après les combats particulièrement meurtriers de début de semaine autour de l'aéroport international de Donetsk qui ont fait une quarantaine de morts, principalement des combattants tchétchènes.

A l'aéroport, qui reste inaccessible, l'armée ukrainienne a indiqué avoir repoussé deux attaques des insurgés samedi.

Donetsk ressemble de plus en plus à une cité fantôme avec ses avenues désertes et les postes de contrôle qui se multiplient à l'intérieur même de la ville, selon des journalistes de l'AFP.


AFP

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