Gaza: 18 Palestiniens tués, dont la famille du chef militaire du Hamas

Une colonne de fumée s'élève de la bande de Gaza après le passage de l'aviation israélienne.
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Une colonne de fumée s'élève de la bande de Gaza après le passage de l'aviation israélienne. - © DAVID BUIMOVITCH - BELGAIMAGE

Le cessez-le-feu globalement observé depuis le 11 août entre le Hamas et l'armée israélienne a été rompu mardi avec des tirs de roquettes sur Israël et des raids aériens sur la bande de Gaza qui ont fait au moins 18 morts Palestiniens.

Les hostilités ont repris mercredi après la rupture du cessez-le-feu, l'armée israélienne tentant d'éliminer le chef militaire du mouvement palestinien lors d'un raid qui a coûté la vie à sa femme et son bébé à Gaza. Moussa Abou Marzouk, numéro deux du bureau politique du Hamas n'a pas donné de précision sur le sort de Mohammed Deif, mais selon lui, Israël cherchait "un prétexte pour prendre pour cible un grand responsable du Hamas".

Israël, qui a déjà eu recours aux assassinats ciblés de dirigeants palestiniens, l'a présenté comme "une cible légitime". Israël a tenté cinq fois par le passé d'assassiner Mohammed Deif, chef depuis 2002 de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam.

"Le chef des brigades al-Qassam, Abou Khaled (le nom de guerre de Mohammed Deif), est toujours vivant et dirige les opérations militaires", a réagi un responsable proche du Hamas sous couvert de l'anonymat.

Le Hamas, sur sa chaîne de télévision Al-Aqsa, a appelé les Gazaouis à participer à la mi-journée aux funérailles des victimes du raid mardi soir contre la maison du chef militaire qui a également fait 45 blessés.

Mohamed Deif, "un chat au neuf vies"

Israël a tenté cinq fois par le passé d'assassiner Mohammed Deif, chef depuis 2002 des Brigades al-Qassam qui ont surpris, lors de la guerre en cours, par leur entraînement et leur équipement, malgré sept années de sévère blocus imposé par Israël à Gaza.

Depuis plus de 20 ans, cet enfant de la bande de Gaza, né en 1965 dans le camp de réfugiés de Khan Younès (sud), est mêlé aux coups les plus durs portés contre Israël: enlèvements de soldats, attentats suicide, tirs de roquettes, tunnels d'attaque... Désigné en 2002 pour prendre la tête des Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du mouvement islamiste palestinien Hamas, après la mort de son prédécesseur Salah Chéhadé tué dans un raid israélien, Deif a une longue histoire militante et clandestine entamée dans les années 1980.

Juste après son accession au commandement des Brigades al-Qassam, il est la cible d'une 5e tentative de liquidation à Gaza. Il en sort grièvement blessé, une paraplégie étant évoquée mais non confirmée, et confie une part de la direction des Brigades à son adjoint Ahmad Jaabari, tué dans un raid israélien en 2012. Il gagne chez ses ennemis le surnom de "chat aux neuf vies" et assied à Gaza son statut légendaire, aussi résolu dans son combat contre Israël que mystérieux.

2036 Palestiniens tués depuis le début des attaques

Par ailleurs, au moins 18 Palestiniens, dont la femme et le fils du chef militaire du Hamas, ont été tués et 120 blessés dans des raids israéliens à Gaza depuis la rupture mardi soir de la trêve, selon des sources médicales mercredi. Rompant un cessez-le-feu provisoire de huit jours, les frappes israéliennes ont repris mardi en fin d'après-midi après la chute de trois roquettes tirées de Gaza sur le sud d'Israël, et les raids se sont poursuivis dans la nuit et dans la journée de mercredi contre l'enclave palestinienne.

Huit Palestiniens, dont trois enfants et une femme enceinte, ont été tués peu avant l'aube mercredi lors d'un raid israélien contre une maison de Deir el-Balah. Un autre enfant, âgé de quatre ans, de même qu'un homme âgé d'une vingtaine d'années sont décédés dans un raid sur Zeitoun, a ajouté le porte-parole des secours, Ashraf al-Qodra. Quatre autres Palestiniens ont été tués dans trois frappes distinctes, dont deux par le tir d'un missile contre leur motocyclette à Beit Lahiya, dans le nord de l'enclave. Ils ont été enterrés drapés dans des drapeaux verts du Hamas, signe de leur appartenance au mouvement.

Les nouvelles victimes portent à au moins 2036 le nombre de morts Palestiniens depuis le début du conflit le 8 juillet, déclenché par une offensive aérienne israélienne pour faire cesser les tirs de roquettes palestiniens, selon Ashraf al-Qodra. Plus de 10 300 Palestiniens ont également été blessés.

Côté israélien, 64 soldats ont trouvé la mort et trois civils ont été mortellement touchés par des tirs de roquettes depuis Gaza. L'armée israélienne a enregistré là ses plus lourdes pertes depuis le conflit de 2006 contre le Hezbollah libanais.

En soirée, la branche armée du mouvement Hamas qui contrôle Gaza a revendiqué le tir de nombreuses roquettes sur Israël, dont l'une est tombée sur Tel-Aviv sans faire de victime selon l'armée. Une autre a été tirée sur Jérusalem, où les sirènes ont retenti. Mais selon un porte-parole de la police israélienne, elle a peut-être été interceptée par les système de défense anti-missile israélien à l'extérieur de Jérusalem.

Roquettes sur des plateformes gazières israéliennes

Le Hamas a par ailleurs annoncé mercredi avoir tiré deux roquettes en direction de plateformes gazières offshore israéliennes situées à une trentaine de kilomètres des côtes de l'enclave palestinienne. Sur son site internet, la branche armée du groupe islamiste précise que les deux engins visaient le site d'exploitation de Noa, appartenant à Nobel Energy et Delek. L'armée israélienne a indiqué qu'aucune plate-forme gazière n'avait été touchée par un missile.

Selon une porte-parole de la l'aviation, l'armée a lancé soixantaine de raids, dont 30 depuis mardi minuit (21H00 GMT), tandis que 60 roquettes étaient tirées vers le territoire israélien, dont sept depuis mardi minuit sans faire de victime.

La rupture du cessez-le-feu, qui expirait à 21H00 GMT, a stoppé les pourparlers en cours au Caire entre Israéliens et Palestiniens pour transformer cette pause en trêve prolongée: les émissaires israéliens rappelés par leur gouvernement ont repris le chemin d'Israël. Les négociateurs palestiniens devaient quitter la capitale égyptienne mercredi matin.

"Le cessez-le-feu est mort et Israël est responsable", a dit Azzam al-Ahmed, le chef de la délégation palestinienne qui participait au Caire aux négociations indirectes avec Israël. "Nous partons demain, mais nous ne nous retirons pas des négociations", a-t-il dit à l'AFP ajoutant que les Palestiniens attendaient la réponse d'Israël à leur proposition de trêve des combats. "Nous ne reviendrons pas (au Caire) tant qu'Israël n'aura pas répondu", a-t-il souligné.

Un dirigeant du Hamas, Ezzat el-Rishq, a, lui, mis en garde Israël qu'il ne pourra pas "être en sécurité tant que le peuple palestinien ne le sera pas".

Fuite des habitants de Gaza

Les habitants de Gaza, durement éprouvés par un mois de combats, ont recommencé à fuir par milliers les secteurs les plus exposés. Des centaines de Gazaouis encombrés de sacs et de matelas ont abandonné Chajaya pour aller s'abriter dans les écoles de l'ONU transformées en refuges.

Les États-Unis se sont dits "très inquiets" de la "rupture du cessez-le-feu", jugeant le Hamas "responsable" des tirs de roquettes et estimant qu'Israël avait le droit de se défendre.

Maintenant que le Premier ministre israélien Benjamin "Netanyahu a délibérément bloqué les négociations au Caire, la résistance (les Palestiniens) examine toutes les options", a averti un porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum. "Le processus du Caire reposait sur la condition préalable d'un respect total du cessez-le-feu", a expliqué un responsable israélien. "Si le Hamas se met à tirer des roquettes, le processus du Caire est dénué de fondement".

Les nouvelles hostilités ont été déclenchées par le tir dans l'après-midi de roquettes palestiniennes en pleine trêve, auquel l'armée a riposté par des raids sur ordre de Benjamin Netanyahu. Une série de frappes israéliennes ont ensuite été lancées dans la bande de Gaza.

"Saboter les négociations"

Lundi soir, Israéliens et Palestiniens s'étaient accordés in extremis pour prolonger de 24 heures jusqu'à mardi 21H00 GMT la trêve. Et rien n'indiquait que les discussions pourraient produire un accord durable entre des parties aux exigences apparemment inconciliables.

Sans un tel accord, la crainte était grande de voir éclater de nouveaux combats dans quelques mois dans un territoire qui en est déjà à sa troisième guerre en six ans.

Les Palestiniens - représentés au Caire par une délégation comptant des responsables du Hamas, du Jihad islamique et de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui chapeaute l'Autorité palestinienne - ont affirmé maintes fois qu'ils ne signeraient aucun accord qui ne prévoirait pas une levée du blocus israélien de Gaza.

Les Israéliens font eux de la démilitarisation de l'enclave une condition sine qua non.

Le secrétaire général de la Ligue arabe a accusé mercredi Israël d'"entraver" les négociations de cessez-le-feu, au lendemain de la reprise des hostilités entre Israéliens et Palestiniens. "Israël entrave tout type d'accords conduisant à l'apaisement dans la bande de Gaza", a indiqué à des journalistes le secrétaire général de l'organisation panarabe Nabil Al-Arabi.

L’Égypte a soumis aux protagonistes une proposition par laquelle ils s'engageraient à cesser les combats et qui prévoit la réouverture des points de passage aux frontières. Elle fait la part belle à l'Autorité palestinienne, évincée de Gaza par le Hamas en 2007. Le sujet épineux de l'ouverture d'un port et d'un aéroport, à laquelle Israël est opposé, serait, lui, remis à plus tard.

AFP

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