Gaz russe: l'Union européenne court-elle un risque réel de pénurie?

L'Union européenne se prépare en cas de pénurie de gaz cet hiver
L'Union européenne se prépare en cas de pénurie de gaz cet hiver - © Wikimedia-Krokofant

La Russie coupera-t-elle ses vannes vers l’Europe ? L’Ukraine va-t-elle se servir du gaz qui transite par son territoire mais destiné à l'Europe ? Bref, l’Union cessera-t-elle d’être approvisionnée cet hiver ? Aucune de ces questions, aux conséquences potentiellement majeures, n'a encore trouvé de réponse mais l'Europe se prépare en tout cas au scénario du pire.

Le risque d'une rupture d'approvisionnement du gaz russe est bien réel, en tout cas si la crise ukrainienne ne se dénoue pas. La situation est complexe avec les répercussions diplomatiques et économiques que l'on connait dans les relations Russie/Union européenne.

Pour ce qui est du gaz, deux préoccupations majeures : premièrement, la moitié du gaz russe à destination des Européens transite par le territoire ukrainien (27% de la demande européenne de gaz est fournie par Gazprom); deuxièmement, Gazprom ne fournit plus de gaz à l’Ukraine depuis le mois de juin.

Accusation mutuelle

L’Ukraine prétend que la Russie coupera les robinets à destination de l’Europe et la Russie affirme de son côté que l’Ukraine va prélever le gaz destiné aux Européens pour sa propre consommation (ce que Kiev dément). Mais dans un cas comme dans l'autre, ces propos sont loin d'être rassurants pour les Européens.

On n’en est pas encore à une rupture de l’approvisionnement mais, au vu du contexte, il se pourrait en effet que les livraisons de gaz aux Européens soient à tout le moins perturbées.

Quoi qu'il en soit, en cas de rupture, certains pays seraient plus touchés que d’autres. Des états comme la Finlande, l’Estonie, la Lituanie, la République tchèque ou la Slovaquie dépendent à 100% du gaz russe. La Lettonie dépend aux ¾ de Gazprom et l'approvisionnement de la Bulgarie dépend fortement aussi de Moscou. L’Allemagne de son côté est dépendante à 40% et la Grèce et l’Italie risqueraient aussi d'être touchées.

Plan B européen

Pour se préparer à l'éventualité d'une rupture dans l'approvisionnement du gaz, l'Union européenne imagine le scénario du pire et étudie la réponse à y apporter. D'après le commissaire européen à l’énergie Günther Oettinger, l'Union travaille déjà sur plusieurs pistes pour éviter la pénurie.

Parmi les solutions envisagées, la première serait d’interdire les réexportations de gaz : l’Union importe du gaz russe mais aussi du gaz naturel liquéfié d’Algérie et du Qatar. Plutôt que d’approvisionner le marché intérieur, ce gaz liquéfié est vendu à bon prix à l’extérieur de l’Union. La première proposition sur la table consisterait donc à interdire ces réexportations. Cela permettrait de protéger les réserves européennes de gaz. La deuxième idée de la Commission ce serait tout simplement de limiter l’utilisation du gaz dans l’industrie pour préserver la consommation des ménages.

Les fournisseurs d’électricité aussi se préparent à un plan B. Ils stockent le plus de gaz possible : leurs cuves seraient pleines à 90 % alors qu'à cette période de l'année, elles le sont plutôt à 80%. Cela représente 70 milliards de mètres cubes, soit 15% de la demande annuelle européenne.

Les négociations continuent

Mais le meilleur scénario serait bien sûr que cette rupture de l'approvisionnement ne se produise pas et à cette fin, les Européens continuent à négocier. Des discussions se tiennent régulièrement entre les Russes, les Ukrainiens et les Européens. Il y a eu une réunion la semaine passée, la prochaine est prévue ce jeudi.

Au centre de ces négociations, toujours le même objectif : mettre fin à cette guerre du gaz entre Kiev et Moscou, et du même coup, mettre l'Europe à l'abri d'une pénurie.

Pour rappel, Gazprom a coupé ses livraisons de gaz à l'Ukraine en juin dernier et exige que Kiev paie ses dettes (des dettes importantes). Kiev de son côté refuse de les payer. Si la facture de Gazprom est si salée, c'est parce que les prix demandés sont exorbitants. Gazprom facture ses livraisons à l'Ukraine à des prix plus élevés qu'aux Européens.

Ces prix sont montés en flèche quand les pro-occidentaux sont arrivés au pouvoir à Kiev. Et depuis c’est le blocage, aucune négociation n'a encore abouti. Prochain rendez-vous demain jeudi.

Africa Gordillo

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