Gauthier Pirotte: "Etre de la société civile chez Macron, c'est déjà faire partie d'une élite"

"Faire partie de la société civile ou être issu de la société civile chez Macron, c’est surtout déjà faire partie d’une élite, cette élite de la société civile, de gens propres sur eux, de gens aussi très instruits qui ont l’habitude aussi de frayer avec les élites politiques, économiques, sociales ou même culturelles du pays", estime Gauthier Pirotte.
"Faire partie de la société civile ou être issu de la société civile chez Macron, c’est surtout déjà faire partie d’une élite, cette élite de la société civile, de gens propres sur eux, de gens aussi très instruits qui ont l’habitude aussi de frayer avec les élites politiques, économiques, sociales ou même culturelles du pays", estime Gauthier Pirotte. - © CHARLES PLATIAU - AFP

Le gouvernement français est sur les rails. Outre la parité, ce qui frappe dans la nouvelle équipe dirigeante, c’est le nombre de ministres que l’on dit issus de la société civile. L’écolo présentateur de télé, Nicolas Hulot, à la transition écologique, une escrimeuse au sport, une éditrice comme ministre de la Culture ou quelqu’un qui est passé par Danone ou Dassault au ministère du Travail ou encore une médecin à la santé.

Gauthier Pirotte est sociologue à l’ULG, auteur de l’ouvrage La notion de société civile à La Découverte.

Je ne vais pas vous demander de résumer votre livre, mais presque, ça veut dire quoi être issu de la société civile?

"Effectivement, c’est plus qu’un résumé, ça risque de prendre beaucoup de temps. En fait, ici, l’approche que Macron définit à partir de cette notion de société civile, c’est l’idée simplement de ne pas avoir déjà endossé un rôle politique préalablement. En gros, on est issu de la société civile quand on ne fait pas partie de la sphère politique. C’est une conception qui est large et qui est aussi très inclusive, mais elle est, je dirais, en quelque sorte très stratégiquement orientée puisqu’en fait elle est liée ici politiquement à un processus de renouvellement des élites".

Ça ne marche qu’une fois parce que maintenant ils sont liés à la politique?

"Oui, c’est ça, une fois que vous franchissez le Rubicon, vous faites partie de cette nouvelle classe politique. Donc là on est vraiment dans un processus de régénération de la classe politique, mais, encore une fois, ici faire partie de la société civile ou être issu de la société civile chez Macron, c’est surtout déjà faire partie d’une élite, cette élite de la société civile, de gens propres sur eux, de gens aussi très instruits qui ont l’habitude aussi de frayer avec les élites politiques, économiques, sociales ou même culturelles du pays".

Des gens qui ont des réseaux par exemple : c’est un véritable cas d’école, énormément de ministres issus de la société civile. À quoi bon? Pourquoi choisir ce type de personnalités, qu’est-ce qu’elles ramènent en plus des politiques traditionnels?

"Je dirais qu’il y a évidemment une question de compétences. Si on fait appel à des gens de la société civile ici, c’est assez finement joué. Il y a une dimension un peu cosmético-politique dans le contexte actuel de la sortie de campagne présidentielle, d’une des campagnes peut-être les plus sordides de la Ve République.

Il y a cette idée finalement de créer un gouvernement comme on crée le meilleur organigramme possible pour son entreprise

L’idée de faire appel à des gens neufs, compétents, présumés sans casseroles puisque n’ayant jamais endossé encore de responsabilité politique, tout ça est évidemment imparable. Vous avez rappelé le cas de Nicolas Hulot, de la ministre en charge des personnes handicapées qui est aussi une personnalité importante dans le monde associatif pour la scolarisation des enfants handicapés. Tout ça évidemment est une question qui pourrait même apparaître comme une question de bon sens. C’est tout à fait, je dirais, imparable.

Il y a cette idée finalement de créer un gouvernement comme on crée le meilleur organigramme possible pour son entreprise, en essayant de mettre, comme on dit 'the right man or the right woman at the right place' systématiquement".

Est-ce qu’il faut être par exemple médecin pour s’occuper de la santé? Chez nous, on a par exemple Maggie De Block qui est médecin et qui s’occupe de la santé, est-ce que ça apporte vraiment un plus?

"On pourrait le croire. Ceci dit, ça, ça fait partie aussi des limites du recours à la société civile. Ce n’est pas parce que vous êtes un excellent technicien, un expert dans votre domaine, que vous maîtrisez évidemment très bien votre sujet, que vous êtes par ailleurs un excellent homme politique ou femme politique d’envergure. Ce sont après tout des métiers qui sont assez différents.

C’est vrai qu’en général, pour les membres de la société civile qui sont très engagés autour de causes bien précises qu’ils maîtrisent admirablement, que ça soit l’écologie ou encore une fois le handicap, le passage de l’action engagée au sein de la société civile à une éthique de responsabilité qui implique l’action et les prises de décisions politiques dans le cadre d’un gouvernement où il y a une collégialité, une solidarité entre les membres du gouvernement, et ici on est face à quand même un gouvernement qui est assez hétéroclite, ce passage de la société civile à l’État n’est pas du tout gagné d’avance.

Dans l’histoire des différents gouvernements de la Ve République, on a de beaux exemples de gens qui étaient très compétents évidemment, très engagés et qui ont quitté le gouvernement au bout de quelques jours".

Est-ce qu’on n’attend pas de nos ministres une certaine neutralité, dans le sens où ils doivent œuvrer pour l’intérêt général?

"Tout à fait. Ça, c’est aussi une autre limite de la question du passage de la société civile à l’action politique dans le cadre d’un gouvernement. Dans la société civile, vous défendez une cause, vous défendez une vision du monde, vous travaillez surtout par conviction, par engagement ; dans le cadre d’un gouvernement, vous devez forcément négocier".

Nicolas Hulot succédant à Ségolène Royal, le mercredi 17 mai:

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