Gabon: un institut panafricain d'informatique dans la tourmente

Le portail de l'Institut africain d'Informatique à Libreville, où les étudiants ont affiché leurs revendications, le 7 avril 2018
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Le portail de l'Institut africain d'Informatique à Libreville, où les étudiants ont affiché leurs revendications, le 7 avril 2018 - © STEVE JORDAN

Au milieu des herbes hautes et des bâtiments décrépis, deux professeurs palabrent sur l'intelligence artificielle, la programmation informatique, les nouvelles machines... Sans aucun moyen travailler sur leurs sujets.

A l'Institut africain d'informatique, l'IAI, en grève illimitée depuis un mois, on "a du mal à voir un futur radieux", selon l'un d'eux.

En 1971, année de création de cette école panafricaine, l'optimisme était de mise : pour la première fois, une école internationale allait rassembler des étudiants de onze pays africains autour d'un même objectif, apprendre l'informatique.

Mais "les choses ne se sont pas passées comme on voulait", raconte Oumarou, étudiant tchadien de 39 ans, dont dix entre les murs de l'Institut. "En Afrique, ça commence toujours bien, et puis on met de la politique dedans, on met d'autres choses, et là, ça ne va plus".

Des salaires non payés depuis huit mois

Aujourd'hui, alors qu'Oumarou a présenté son mémoire de fin de master début 2018, il attend toujours ses résultats. Il veut enfin finir sa scolarité, mais la poisse semble lui coller à la peau : l'école est de nouveau paralysée.

Les enseignants exigent le versement de leurs salaires non payés depuis huit mois, le personnel réclame le départ de la directrice générale en place, et les étudiants de meilleures conditions de logement.

Devant la grille de l'établissement, des barricades ont été montées, et les portes d'accès aux bureaux scellées. "On ne laisse personne entrer, trop, c'est trop", explique un des quelque 350 étudiants de l'Institut.

La grève qui a commencé début 2018 a un goût amer pour les professeurs : "On a huit mois d'arriérés, et on a appris que la directrice et le directeur financier gagnaient respectivement 7 et 5 millions de francs (CFA) par mois", soit 10.000 et 7500 euros, dit, médusé, Roger Noussi, professeur depuis vingt-sept ans et délégué adjoint des enseignants.

"Les précédents ne gagnaient pas ça. C'est hors de toute procédure conventionnelle", ajoute-il, indiquant avoir un salaire d'1,5 million de francs (2300 euros).

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