En Sicile, les organisations anti-G7 ont du mal à se faire entendre

Des manifestants Oxfam tentent de faire entendre leurs revendications en marge du G7.
Des manifestants Oxfam tentent de faire entendre leurs revendications en marge du G7. - © Oxfam / Twitter

Sur les plages ou les places des villages aux abords de Taormina, les organisations anti-G7 s'emploient tant bien que mal à faire entendre leur voix dans le fracas médiatique généré par les grands de ce monde.

Avant la grande manifestation qui doit les réunir samedi dans un unique cortège "NO G7", collectifs et associations opéraient en ordre dispersé vendredi alors que les dirigeants des sept pays les plus riches entamaient leur première journée de travaux.

Greenpeace lance les hostilités 

Sur la plage de Giardini Naxos, localité située en contrebas de Taormina, c'est l'ONG pour la défense de l'environnement Greenpeace qui s'est manifestée la première dans la matinée via une reproduction de la Statue de la liberté de quatre mètres de haut plantée dans le sable. La statue portait un gilet de sauvetage symbolisant le réchauffement climatique et la hausse du niveau de la mer qui en est la conséquence.

On essaie d'envoyer un message simple aux leaders en leur disant qu'il n'est pas possible qu'ils ne respectent pas les engagements pris il y a deux ans à la conférence sur le climat de Paris

"On essaie d'envoyer un message simple aux leaders en leur disant qu'il n'est pas possible qu'ils ne respectent pas les engagements pris il y a deux ans à la conférence sur le climat de Paris", explique à l'AFP Luca Iacoboni, représentant de Greenpeace Italie. "Et si l'Amérique ne respecte pas ses engagements, nous demandons aux autres grands pays d'aller de l'avant parce la réponse du monde au slogan de Donald Trump +America first+ (L'Amérique d'abord) doit être 'La planète d'abord'", ajoute-t-il.

Arrivé à la Maison Blanche en janvier dernier, Donald Trump a repoussé sa décision sur le maintien des Etats-Unis dans l'accord de Paris contre le réchauffement climatique à après le G7. Un peu plus loin, c'est sur la place de la mairie de Giardini Naxos que la résistance anti-G7 tente modestement de s'organiser.

Les militants de Greenpeace sur une plage de Taormina:

"Combat perdu"

"On ne se fait pas d'illusion, on voit bien que le combat est perdu d'avance et que l'ultra-majorité des médias a orienté ses antennes vers le haut de la colline", se désole Gianfranco Crua, président de "Carovane Migranti", les yeux tournés vers l’éperon rocheux sur lequel se trouve Taormina, à 200 mètres d'altitude.

Militant pour qu'un accueil digne soit assuré aux migrants arrivant en Italie, il appuie son argumentaire sur l'exemple mexicain qui, selon lui, a échoué. "Là-bas, ils ont construit des murs mais ça n'a servi à rien puisque le nombre de migrants n'a fait qu’augmenter depuis", explique-t-il faisant référence à la séparation érigée par les Américains sur leur territoire, le long de la frontière avec le Mexique.

"Au Mexique, le crime organisé s'est emparé de ce trafic des migrants et c'est aussi ce qui est en train d'arriver en Italie, les mêmes causes produisant les mêmes effets", explique ce Turinois devant une assemblée de quelques dizaines de personnes.

Au Mexique, le crime organisé s'est emparé de ce trafic des migrants et c'est aussi ce qui est en train d'arriver en Italie, les mêmes causes produisant les mêmes effets

Le sort des migrants disparus en Méditerranée depuis la révolution tunisienne de 2010-2011 est le combat de Imed Soltani, de l'association "La Terre pour Tous", lui aussi présent en Sicile.

"On veut savoir la vérité, on veut savoir où sont les 5.000 personnes disparues en Méditerranée depuis la révolution", lance dans un mégaphone ce Tunisien de 42 ans. "Parmi eux, il y en a 500 dont on sait grâce à des vidéos ou des témoignages qu'ils ont réussi la traversée mais dont on est sans nouvelles", poursuit-il en interpellant les gouvernements et l'agence de contrôle des frontières européennes Frontex.

Près de lui, sur le sol, sont posés des portraits de quelques-uns des disparus. "Ce n'est pas ça l'Europe que nous voulons, ce ne sont pas ça les droits de l'Homme", conclut-il.

Oxfam et ses masques à l'effigie des dirigeants du G7


Alors que les dirigeants du G7 travaillaient sur leur communiqué commun final, l'organisme de bienfaisance britannique Oxfam a organisé une manifestation pour attirer l'attention sur les migrants, les personnes déplacées et les réfugiés. L'un ou les principaux sujets du sommet du G-7 à Taormina est la migration et Oxfam craint que l'approche des dirigeants des sept pays les plus développés ne soit assurée que par la sécurité et le contrôle des frontières.   

D'une manière ou d'une autre, c'est la nation cachée dans ce sommet

"Nous sommes dans une situation où 65 millions de personnes sont déplacées ou réfugiées. C'est le plus grand nombre depuis la Seconde Guerre mondiale. Nous avons donc une énorme responsabilité à l'égard de ces personnes. C'est une nation. D'une manière ou d'une autre, c'est la nation cachée dans ce sommet et nous aimerions que les dirigeants du G-7 regardent ce peuple avec la responsabilité", explique Roberto Barbieri, le directeur d'Oxfam Italie.

L'ONG britannique affirme que les pays riches devraient gérer les migrations avec des stratégies à long terme telles que les voies sûres, le regroupement familial et les visas humanitaires. Selon Oxfam, les pays du G7 devraient accueillir plus de réfugiés au lieu de fermer leurs frontières.

L'Organisation internationale pour les migrations calcule que jusqu'à présent, plus de 60 000 migrants et réfugiés ont traversé la Méditerranée pour atteindre l'Europe en 2017 et plus de 1 500 sont morts dans la tentative. La plupart des migrants sauvés dans la limite de la mer entre la Libye et l'Italie sont amenés en Sicile, vers des ports non loin du siège du sommet du G7.

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