Fusillades aux Etats-Unis : l'influence rampante du "terrorisme blanc"

La violence d'extrême droite fait partie du paysage américain contemporain
La violence d'extrême droite fait partie du paysage américain contemporain - © MARK RALSTON - AFP

Deux fusillades dans deux villes en moins de 24 heures ont fait 29 morts aux Etats-Unis. A Dayton, dans l’Ohio, 9 personnes sont abattues dans un quartier animé du centre-ville. A El Paso, au Texas, tout près de la frontière mexicaine, autre bain de sang. Le tireur de 21 ans tue 20 personnes dans les rayons et sur le parking d’un supermarché. La police enquête sur un manifeste attribué au tireur dénonçant "une invasion hispanique du Texas". La police soupçonne un motif raciste, un cas de "terrorisme intérieur". Un terrorisme d’extrême droite qui fait partie du paysage américain contemporain. Et dont l’implantation et l’organisation semblent très largement sous-évaluées.

Plus de 1000 groupes actifs

Il y a 5 ans, les autorités américaines chiffraient à 930 le nombre de groupuscules suprémacistes répartis sur l’ensemble des Etats-Unis. Cette année, ce ne sont pas moins de 1020 groupes actifs qui y sont recensés. On est loin de la représentation convenue d’une poignée de racistes vaguement rassemblés dans le sud du pays. Qui sont-ils ? D’abord, comme leur nom l’indique, ces individus sont avant tout persuadés que la race blanche est supérieure à toutes les autres. Leur idéologie se fonde sur l’existence d’une hiérarchie entre les races.

Mais, au sein de la mouvance suprémaciste, tous les groupuscules ne partagent pas les mêmes convictions. Les uns (comme le Groupe Aryan Nations) en héritier de la mythologie nazie conspuent les non blancs. D’autres (les dérivés du Ku Klux Klan) érigent les Blancs en êtres supérieurs, tout en étant antisémites et anticatholiques. A côté de ces groupuscules violents, d’autres organisations nourrissent quelques ambitions politiques. En tenant des rapprochements avec des représentants républicains ou l’extrême droite européenne.


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De nombreux actes terroristes ces dernières années sont attribués aux suprémacistes blancs. Des chiffres indiquent que 70% des attentats mortels survenus entre 2008 et 2017 ont été commis par des groupes d’extrême droite. Les plus tristement célèbres sont dans toutes les mémoires. Lors de l’attaque d’une église, en Caroline du Sud, qui a fait 9 morts, son auteur avait déclaré vouloir déclencher une "guerre entre les races". Une voiture lancée dans la foule lors d’une manifestation contre le racisme tue une jeune femme à Charlottesville et en Pennsylvanie, 11 fidèles juifs sont tués à l’arme à feu. Mais d’autres pays sont aussi touchés : la Norvège en 2011. Le Canada plus récemment. Enfin, la Nouvelle-Zélande avec une attaque dans une mosquée qui avait fait 50 victimes en mars dernier.

L’ambiguïté de Donald Trump

Un constat à ce stade. La focalisation sur le terrorisme islamiste post-11 septembre aurait occulté l’implantation galopante d’une forme d’extrémisme de droite. Contrairement aux groupes djihadistes qui opèrent masqués, les terroristes de droite reçoivent un soutien de leurs compatriotes qui partagent certaines de leurs idées. Ce qui fait dire à certains commentateurs "qu’on assisterait à l’âge d’or des suprémacistes." Donald Trump est d’ailleurs régulièrement accusé d’entretenir une certaine ambiguïté sur ses liens avec des groupes d’extrême droite. Après Charlottesville, le président américain avait attendu deux jours avant de réagir. Il avait minimisé la menace de l’idéologie suprémaciste en affirmant qu’elle n’était "pas répandue dans le monde."

Suite aux récentes attaques, l’ancien vice-président de Barack Obama, favori à la primaire démocrate en vue de la présidentielle, Joe Biden a évoqué ces "idéologies extrêmes qui prennent racine en Amérique." Allant jusqu’à évoquer cette haine qui avait trouvé un port d’attache au Bureau oval. Ajoutant que les mots de Trump avaient, dans ce contexte, une influence importante. Donald Trump s’exprimera sur ce sujet aujourd’hui.

 

 

 

 

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