Fukushima: autour du site, des habitants "considérés comme des parias"

Véritable drame "humain et environnemental" à Fukushima, où 300 tonnes d'eau contaminée se déversent chaque jour dans le Pacifique
Véritable drame "humain et environnemental" à Fukushima, où 300 tonnes d'eau contaminée se déversent chaque jour dans le Pacifique - © JAPAN POOL

300 tonnes d'eau hautement contaminée qui se déversent chaque jour dans l'océan Pacifique. Des gens qui "sont considérés comme des parias" et qui "pleurent dans des espèces de bungalows". Deux ans et demi après la catastrophe nucléaire qui a dévasté la centrale de Fukushima, Yannick Rousselet, chargé du nucléaire à Greenpeace France et interviewé par France Inter, revient sur un drame environnemental et humain "qui va durer encore des dizaines d'années".

"Enfin", s'exclame Yannick Rousselet au micro de France Inter. Le gouvernement japonais a reconnu une situation d'extrême urgence à Fukushima alors que l’opérateur de la centrale, Tepco, vient de reconnaître qu'environ 300 tonnes d'eau contaminée se déversent chaque jour dans le Pacifique.

Une nouveauté que le chargé du nucléaire de Greenpeace France tient tout de même à relativiser : "La seule nouveauté dans tout cela, c'est le fait que Tepco et le gouvernement l'admette, mais la situation est connue depuis des mois."

"J'ai eu l'impression de revivre Tchernobyl"

Après s'être rendu à Fukushima en avril, Yannick Rousselet insiste avant tout sur l'aspect humain du drame. "Ces gens qui vivent et qu'on voit pleurer dans des espèces de bungalows, déracinés de chez eux, sont considérés comme des parias", explique-t-il, non sans faire allusion aux comportements de rejet vis-à-vis des malades du sida.

Il dit avoir vu des travailleurs "gratter la terre" pour récolter les déchets nucléaires, et les entasser les uns sur les autres pour former des "monceaux" de débris radioactifs "dont personne n'a la moindre idée de ce qu'on va faire", déplore-t-il en accusant les autorités de "bricoler sur la décontamination".

"J'ai été à Tchernobyl, et j'ai eu l'impression de vivre la même chose à Fukushima". L'envoyé de Greenpeace dit même avoir vu des travailleurs qui rentraient chez eux avec leur tenue contaminée.

300 tonnes d'eau contaminée par jour dans l'océan

En plus d'un drame humain, la nouvelle reconnue et chiffrée par Tepco d'une fuite de 300 tonnes d'eau contaminée par jour dans l'océan Pacifique rajoute aux craintes environnementales qu'avait suscité l'annonce de la catastrophe de Fukushima, en mars 2011.

L'opérateur japonais privilégiait jusqu'ici une théorie selon laquelle l'eau chargée de radioactivité stagnait sous terre. "Le circuit d'eau dit 'fermé' qui devrait refroidir les réacteurs pour les maintenir sous les 50 degrés n'a finalement jamais été étanche, et ce depuis le début", affirme pourtant Yannick Rousselet, insistant sur le fait que, malgré cette annonce récente de Tepco, "la situation est connue depuis des mois".

Le spécialiste Greenpeace du nucléaire prévoit des conséquences dont "les premières victimes seront l'océan et le monde de la pêche". Avec des problèmes affectant non seulement les pêcheurs, mais aussi et surtout la chaîne alimentaire, avec un important phénomène de bio-accumulation. Soit "des poissons contaminés qui vont être mangés par d'autres, les contaminant à leur tour".

"Personne n'a de solutions techniques pour régler ce problème"

Si Tepco se démène pour empêcher ces fuites, son manque de transparence lui a souvent été reproché. "On voudrait faire croire qu'on gère cette crise mais elle n'est pas du tout maîtrisée", tranche Yannick Rousselet, accusant les autorités et l'opérateur de "bricoler depuis le début".

Jusqu'ici, dit-il, le travail a consisté dans du "nettoyage" et de la "consolidation" pour qu'une éventuelle catastrophe naturelle n'atteigne pas les installations. "Mais on est loin d'une situation sécurisée", selon lui, et "personne n'a de solutions techniques" jusqu'ici.

S'il juge l'envoi d'experts étrangers et indépendants sur place comme une priorité, il reste très sceptique à ce sujet : "Les Japonais acceptent très mal l'expertise internationale, dit-il, or toutes les expertises mondiales devraient s'unir pour régler ce problème".

Ecoutez l'interview de Yannick Rousselet sur France Inter ici.

G. Renier

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