Fukushima: la réaction des autorités japonaises à nouveau mise en cause

Les mesures de radioactivité prises par la population
Les mesures de radioactivité prises par la population - © Site: http://japan.failedrobot.com/

Le gouvernement japonais a préféré ignorer les prévisions faites par leur logiciel de simulations d’incidents nucléaires. Résultat : plusieurs villes qui se trouvaient en dehors du périmètre de sécurité ont en réalité été irradiées.

L'efficacité du gouvernement japonais après l’accident de Fukushima est à nouveau remise en question. Après avoir essuyé de sévères critiques de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) en juin dernier, le gouvernement nippon doit faire face à un nouveau scandale. Selon plusieurs sources officielles se confiant à Associated Press, les autorités n’auraient pas su exploiter les données d’un système de prédiction de la propagation des radiations.

Dénommé SPEEDI, pour "System for Prediction of Environmental Emergency Dose Information", le système a été mis sur pied en 1986 par les autorités japonaises. Avant la catastrophe, il était régulièrement utilisé pour les simulations d’incidents nucléaires. A l'instar des modèles informatiques utilisés en météorologie, ce logiciel fournit des informations cruciales en cas de dangers liés au nucléaire : importance du nuage radioactif, sa direction en fonction des vents dominants, le taux de radiations dans les sols au fil des heures suivant une catastrophe,...

Pourtant ni Naoto Kan ni ses conseillers n’ont demandé les résultats du logiciel après que le réacteur de Fukushima ait explosé. Au lieu d’utiliser les prédictions de dispersions du nuage radioactif réalisées par SPEEDI, les autorités se sont contentées de mettre en place un périmètre d’évacuation de 10 kilomètres autour de la centrale.

Le 17 juin dernier, Naoto Kan a avoué au Parlement n’avoir pas compris comment SPEEDI fonctionnait et combien ses données étaient précieuses : "Je n’avais aucune idée de quel type d’information il s’agissait. Je ne comprenais pas les données qui m’étaient fournies, je ne pouvais donc pas prendre de décision". Le Premier ministre avait pourtant mené lui-même une simulation sur la centrale de Hamaoka l’année passée.

Un centre pour les évacués, irradié

Les scientifiques en charge de SPEEDI ont cependant envoyé pas moins de 18 prévisions durant les 24 heures qui ont suivies l’explosion. Aucun de ces rapports n’est arrivé jusqu’aux autorités en charge de l’incident. Dans une de ces prévisions, des villes comme Namie à l’est de la centrale ou la petite île de Tsushima au nord se trouvaient sur le chemin du nuage radioactif.

Or, ces villes n’étaient pas reprises dans le périmètre d’évacuation mis en place quelques heures plus tôt. "En réalité, le vent soufflait directement en direction de Tsushima et les autorités locales ont appris deux mois plus tard qu'un système informatique destiné à prévoir la propagation des radiations avait prédit que la ville serait touchée" écrit l’édition nationale du New York Times.

A Namie, c’est tout la ville qui a été touchée par le nuage radioactif, dont une école primaire. Le bâtiment avait pourtant été utilisé pour accueillir les réfugiés étant donné qu’il se trouvait en dehors du périmètre d’évacuation officiel. A la place, ce sont plus de 400 étudiants, professeurs et parents, mais également la nourriture distribuée à la cantine qui ont ainsi été exposés à l’air irradié. "Si nous avions eu ces informations, nous aurions agi autrement, mais elles n’étaient pas disponibles" déplore le maire de la ville Tamotsu Baba.

Une négligence toujours d'actualité

Depuis, le maire de Namie tente d’obtenir des appareils de tests pour déterminer l’irradiation des gens présents dans la zone à ce moment-là. Mais les autorités lui ont déjà répondu qu’elles ne pourraient pas fournir de tels appareils, faute de moyens. Sur les milliers de demandes similaires dans la région, seulement 340 tests ont été distribués.

Les responsables du ministère de la Santé présents à Fukushima ont fait savoir qu’ils essayaient de trouver un moyen d’accélérer la distribution.

Pour contrer la désinformation des autorités, une carte interactive a d'ailleurs été mise au point par les habitants de la région (voir photo ci-contre). Les citoyens peuvent y introduire les mesures de radioactivité qu'ils ont eux-mêmes relevées. Les mesures en blanc sont identiques à celles fournies par le gouvernement. Celles allant du jaune au rouge révèle un chiffre supérieur aux chiffres officiels.

Stanley Destrée avec ABC et Le Monde

 

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