Fukushima: de l'eau fortement radioactive hors du réacteur 2

Mesure de la radioactivité
Mesure de la radioactivité - © EPA

L'opérateur de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima a reconnu ce lundi que de l'eau fortement radioactive s'était échappée des bâtiments des réacteurs, une découverte qui pourrait aggraver les craintes d'une pollution massive autour du site.

Cette eau contaminée a inondé des tunnels techniques passant sous la salle des machines des réacteurs 1, 2 et 3. "Nous avons retrouvé de l'eau accumulée dans des puits de regard d'une tranchée souterraine débouchant à l'extérieur du bâtiment du réacteur 2, avec un niveau de radioactivité supérieur à 1000 millisieverts par heure", a indiqué un porte-parole de la société Tokyo Electric Power (Tepco).

Des nappes d'eau radioactive, très probablement échappée des réacteurs, avaient déjà été retrouvées au sous-sol des salles abritant les turbines, mais c'est la première fois que les ingénieurs de Tepco décèlent la présence de cette eau polluée à l'extérieur.

Jeudi dernier, trois employés avaient été exposés à d'importantes radiations en marchant dans l'eau stagnant dans la salle des machines du réacteur 3, mesurée à 180 millisieverts par heure. Ils ont quitté lundi l'établissement spécialisé où les médecins n'ont pas détecté de danger immédiat pour leur santé.

Les puits de regard des trois tunnels sont situés à une soixantaine de mètres de l'océan Pacifique et l'eau contaminée pourrait avoir déjà ruisselé jusqu'au rivage, a reconnu le porte-parole de Tepco. "Nous sommes en train de vérifier si l'eau peut avoir été directement en contact avec la mer", a-t-il poursuivi.

Un taux d'iode radioactif 1150 fois supérieur à la norme légale a été mesuré dans l'eau de mer prélevée à trente mètres des réacteurs 5 et 6. Cette radioactivité pourrait provenir des réacteurs 1 à 4, les plus endommagés, situés à 1,5 km au sud, et où des taux près de 2000 fois supérieurs à la normale ont été relevés.

Les travaux de pompage de cette eau vont être compliqués, car les techniciens doivent trouver un moyen de la transférer dans des réservoirs sans s'exposer à des doses de radiation mortelles. Quelque 500 personnes travaillent sur le site, injectant de l'eau douce à l'aide de pompes électriques dans les réacteurs pour empêcher le combustible de chauffer, ce qui provoquerait une catastrophe de grande ampleur.

Tepco Critiquée

Le gouvernement a de son côté critiqué Tepco pour avoir annoncé dimanche qu'un niveau de radioactivité 10 millions de fois plus élevé que la normale avait été mesuré dans l'eau échappée du réacteur 2, avant de reconnaître qu'il s'agissait d'une information erronée. "Sachant que la surveillance de la radioactivité est une condition majeure pour assurer la sécurité, ce type d'erreur est absolument inacceptable", a fustigé Yukio Edano, le porte-parole du gouvernement.

Ce chiffre alarmiste avait été repris en boucle par les médias japonais et du monde entier, alimentant davantage la psychose concernant la centrale de Fukushima Daiichi (Fukushima N°1). Des médias nippons ont révélé par ailleurs que le PDG de Tepco avait été malade et alité pendant une semaine en pleine crise, sans préciser de quoi il souffrait.

L'opérateur a de son côté demandé l'appui des industriels français du nucléaire, afin de l'aider à résoudre cette crise, selon le ministre français de l'Industrie.

Dans le nord-est de l'archipel, dévasté par un puissant séisme et un gigantesque tsunami, le bilan continuait de progresser à mesure que les secouristes dégagent les victimes. Les derniers chiffres, provisoires, de la police nationale étaient de 10 901 morts confirmés et 17 621 disparus.

Nouvelle réplique

Une nouvelle puissante réplique du séisme du 11 mars s'est produite à 100 km au large de Sendai (nord-est), avec une magnitude mesurée à 6,1 par l'Institut de géophysique américain (USGS), sans faire de victime, ni dégâts.

Plus personne ne se fait d'illusion, les autorités japonaises vont devoir mener un très long combat pour reprendre la contrôle de la situation. "Nous n'avons pas de calendrier concret, avoue la Tokyo Electric Power. Pas de calendrier pour dire dans combien de mois ou d'années la crise sera terminée."

Les mesures effectuées précédemment dans la centrale montrent que la radioactivité est 100 000 fois supérieure à la normale dans l'eau accumulée au réacteur numéro 2. Cette contamination semble provoquée par la fonte de cartouches de combustible nucléaire. Elles sont entrées en contact avec l'eau qui sert à refroidir le réacteur.

Les distributeurs d'eau interdits de collecter l'eau de pluie

Le ministère japonais de la Santé a demandé aux usines de distribution d'eau sur tout le territoire de cesser de recueillir l'eau de pluie, afin d'éviter d'éventuelles contaminations par les rejets radioactifs de la centrale de Fukushima.

Le ministère a par ailleurs ordonné durant le week-end aux distributeurs d'eau et aux stations d'épuration de recouvrir leurs réservoirs d'une bâche afin de les isoler de possibles retombées de radioéléments. Ils doivent par ailleurs cesser de puiser l'eau des rivières juste après des précipitations.

Tokyo, capitale peuplée de 13 millions d'habitants, ainsi que diverses municipalités alentour ont la semaine dernière ponctuellement relevé un niveau d'iode radioactif dans l'eau du robinet supérieur à la limite légale admise pour les bébés.

Les habitants de Tokyo avaient reçu mercredi pour consigne de ne plus utiliser pour les bébés l'eau du robinet. Cette interdiction avait été levée le lendemain.

Le ministère de la Santé redoute que les précipitations contiennent des éléments radioactifs échappés de Fukushima, où les fuites dangereuses continuent plus de deux semaines après le séisme et le tsunami qui ont provoqué la plus grave crise de l'histoire du nucléaire civil au Japon.

"Etant donné que les substances radioactives ont augmenté à Tokyo après les chutes de pluie, le ministère a demandé aux distributeurs d'eau dans tout le pays de prendre des mesures", a expliqué à l'AFP un responsable sanitaire.

Daniel Fontaine avec AFP

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