Frédérique Ries, eurodéputée: "Une coalition des groupes sceptiques serait très problématique"

Pour l’eurodéputée libérale Frédérique Ries, interrogée sur La Première, le scrutin européen du 26 mai prochain sera « probablement l’élection la plus importante depuis celle de 1979, qui était la première au suffrage universel. L’Europe est à la croisée des chemins : si cette expression à un sens, c’est maintenant. On voit bien que la position du statu quo n’est pas viable, elle ne répond pas aux attentes des gens. Le statu quo est la situation depuis 40 ans : on a une majorité de droite et de gauche, conservatrice et socialiste, qui est aux manettes, et cela ne répond pas. On voit bien que les opinions sont éruptives sur ce sujet ». Dans le prochain parlement européen, « les forces eurosceptiques et europhobes vont se renforcer, mais pas aussi considérablement qu’on l’aurait craint : on pense que, si on les additionne, elles passeraient de 150 à 160 ou 165 élus sur un parlement de 705 membres ».

Schengen et migration

Au début du mois, le président français Emmanuel Macron a décliné une batterie de propositions pour l’UE, de la remise à plat de Schengen à la création d’une banque pour le climat. Frédérique Ries « applaudit des deux mains sa tribune parce qu’elle correspond exactement à ce que nous voulons faire ». En ce qui concerne l’espace Schengen, par exemple, « il faut fonctionner sur deux axes, en parallèle. A partir du moment où nous avons aboli nos frontières intérieures, renforcer les frontières communes de l’Union européenne. Et ne plus laisser les Etats faire face seuls au problème de la migration, renforcer l’obligation de solidarité pour l’accueil des migrants, cela va de pair ».

« Les interrogations, les méfiances, les rejets des citoyens c’est par rapport à une mondialisation qui est mal comprise, mal vécue ou mal implémentée » : l’eurodéputée rappelle qu’elle est libérale et qu’elle est contre un protectionnisme, mais plutôt pour « une sorte de préférence » européenne et il faut « s’assurer que tout ce qui est importé réponde exactement aux mêmes critères de qualité que ce qui est imposé à notre secteur industriel ».

Eurosceptiques et europhobes

Les partis belges et luxembourgeois membres du Parti Populaire Européen (PPE) – cdH, CD&V et CSV – réclament l’exclusion du Fidesz, le parti du Premier ministre hongrois Viktor Orban, de cette famille politique. Le PPE pourrait ne rien décider avant le scrutin du 26 mai, dit Frédérique Ries : « Fidesz c’est 11 députés, mais qui seront probablement 15 ou 16, alors que le cdH c’est un député. Orban murmure à l’oreille d’une série de chefs d’Etat, et pas seulement la Pologne, la Tchéquie ou la Slovaquie. Les trois bataillons les plus importants qui vont rejoindre le parlement européen, ce sera le Rassemblement national français (de Marine Le Pen) qui enverra 25 députés, l’Italien Salvini qui va envoyer 27 députés, et les Allemands de l’AfD qui enverront entre 12 et 15 députés. Ce ne sont pas des pays anecdotiques, je ne parle pas de Malte et des Pays Baltes. C’est l’Italie, la France, l’Allemagne. La meilleure des solutions serait de les voir continuer à se morceler. Une coalition de ces groupes sceptiques commencerait à devenir très problématique ».

Kérosène

Faut-il interdire les vols courts tels que Bruxelles-Amsterdam ? « Si on arrive à le faire sans qu’il y ait de dommages sociaux considérables, avec une offre alternative : de toute évidence ». Quant à introduire une taxe sur le kérosène, Frédérique Ries déclare : « A un moment donné il faut passer à la contrainte. Et si taxation il doit y avoir, je pense qu’elle doit être la plus large possible. Pourquoi ne pas revoir la Convention de Chicago : c’est en 1944 qu’on a mis le ver dans le fruit en décidant que le kérosène ne serait jamais taxé. Cela n’a pas de sens ».

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