2014: "Le Brésil relèvera tous les défis, y compris électoraux"

Pas de doute pour Frédéric Louault : le Brésil relèvera le double défi de la coupe du monde et des jeux olympiques. Et il relèvera également, dit-il, celui des élections générales prévues cette année, qui lui parait d'ores et déjà le plus difficile des défis à relever. La présidente actuelle, Dilma Roussef, espère bien se succéder à elle-même.

Un défi difficile car en juin 2013, des centaines de milliers de Brésiliens avaient manifesté, avec une forte demande de changement, alors que le pays effectuait sa "répétition générale" dans le cadre de la coupe des confédérations. Le mouvement social avait ébranlé le pays, mettant en cause notamment la priorité donnée aux grands chantiers des rendez-vous sportifs. Aujourd'hui, "le mouvement social s'est apaisé, s'est rendormi, mais peut-être pour quelques semaines ou quelques mois." Car les questions restent les mêmes que celles qui avaient généré les manifestations du printemps 2013 : les dix milliards d'euros d'investissements consentis pour la coupe du monde l'ont-ils été à bon escient ? Réponse nuancée du chercheur : "Il y a une vision de grandeur qui s'affirme depuis une dizaine d'années au Brésil, qui prend confiance et s'affirme a niveau international comme une des grandes puissances émergentes, mais à côté de ces investissements, il y a quand même une série de programmes sociaux qui sont mis en oeuvre, et qui ont permis en une dizaine d'années au gouvernement brésilien de faire sortir plus de 30 millions de personnes de la pauvreté". Mais il y a, consent-il, de nouvelles demandes de la population, qui génèrent de nouvelles frustrations de la part des nouvelles classes moyennes.

Des stades qui ne serviront à rien ?

Que deviendront les 12 stades gigantesques construits pour la coupe du monde ? Par exemple celui de Manaus, la capitale de l'Etat d'Amazonie qui totalisera 42 000 places et qui aura coûté plus de 200 millions d'euros ? Question sans véritable réponse... "On se rend compte que dans la ville de Manaus, l'équipe la mieux placée joue en 4ème division et accueille moins de 5000 spectateurs.. En effet, on se demande quel sera l'usage de ce stade dans une ville qui n'a pas non plus les moyens de faire venir des grandes stars pour occuper le stade, par exemple pour des concerts". A côté de cela, outre les questions sociales que suscite la gestion de ces immenses chantiers soumis à des échéances très strictes, se pose aussi la question de la corruption, souligne Frédéric Louault. "Ce sont des sommes très importantes qui sont en jeu; et la question de la corruption est aussi l'un des facteurs qui ont poussé de nombreux Brésiliens dans les rues". Une corruption dénoncée par les ONG brésiliennes, et qui n'appartient donc pas du tout au passé. Et Frédéric Louault de rappeler que Dilma Roussef a du se séparer de pas moins de sept de ses ministres, impliqués dans des scandales financiers, depuis qu'elle est arrivée au pouvoir.

La sécurité, un enjeu relatif

La sécurité n'est par contre pas, selon le chercheur de l'ULB, le problème n°1 du pays. Certes elles existe mais ne s'exerce pas partout de la même manière. Il rappelle que les premières victimes en sont les populations les plus pauvres, au travers des trafics de drogue qui déstabilisent des quartiers entiers. "Ce sont rarement les touristes qui sont visés par ces violences", explique-t-il.

Mais à côté de ces défis le Brésil est aussi un pays qui se distingue, depuis vingt années maintenant par une diplomatie extrêmement efficace et par des capacités importantes en termes de ressources, pétrolières et agricoles notamment. L'exploitation de ces dernières ne va pas sans poser des questions. "L'un des grands défis pour le Brésil, c'est la protection de la partie amazonienne du pays", souligne à ce propos Frédéric Louault.

T.N.

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