Fraude lors des Présidentielles au Pérou ? Keiko Fujimori veut faire invalider 200.000 votes

Qui a gagné les élections présidentielles au Pérou ? Les résultats officiels n’ont pas encore été annoncés. Mais Keiko Fujimori, visiblement devancée (de peu) par Pedro Castillo, affirme avoir constaté une " série d’irrégularités" et "des indices de fraude". Elle a demandé au tribunal électoral l’invalidation de 200.000 votes. Geste désespéré pour éviter la prison ? Si la candidate de la droite populiste échoue, elle pourrait en effet se retrouver derrière les barreaux.

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Les résultats officiels n’ont toujours pas été communiqués. De quoi attiser les sanctions et ouvrir la voie à la contestation. Ce que n’a pas manqué de faire la fille de l’ex-président Alberto Fujimori. La candidate de la droite populiste a dénoncé en début de semaine des "indices de fraude". Des affirmations relayées au cours d’une conférence de presse, photos et vidéos à l’appui. La candidate a diffusé une image des résultats dans un petit village donnant son adversaire vainqueur par 187 voix contre zéro. "Il existe une claire intention de saboter la volonté du peuple" a-t-elle déclaré.

Une femme déterminée

Selon 96% des bulletins dépouillés et l’Office national des processus électoraux (ONPE), l’ancien instituteur Pedro Castillo devance Keiko Fujimori de 95.508 voix. Pedro Castillo était crédité de 50,28% des voix et Keiko Fujimori de 49,72%.

Depuis le premier résultat partiel, portant sur 42% des bureaux de vote, Pedro Castillo n’a cessé de refaire petit à petit le retard de six points concédé dimanche soir. Selon toute vraisemblance, ce sont les votes des électeurs dans les campagnes, les régions éloignées et la forêt amazonienne qui lui ont été favorables. Lui qui revendique haut et fort ses origines sociales, n’hésitant pas à venir à cheval aux conférences de presse, toujours simplement vêtu, chapeau de paille sur la tête.

Ajoutons qu'il reste encore le vote des Péruviens de l’étranger à dépouiller, soit un million de personnes. Ils pourraient inverser la tendance selon certains experts.

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Le pouvoir ou la prison

Keiko Fujimori se présentait pour la 3e fois au scrutin présidentiel (en 2011 elle avait été battue 51,4% contre 48,4%. En 2016 face à Pedro Pablo Kuczynski elle a perdu sur une marge infime de 42.597 voix, 50,12% contre 49,88%). Si elle échoue encore au second tour, la candidate de 46 ans verrait 15 années de politique intense s’évaporer et le rêve de devenir la première femme présidente du Pérou s'envoler.

Avant le scrutin des 11 avril et 6 juin derniers, Keiko Fujimori a passé 16 mois en détention provisoire. Accusée d’avoir reçu des pots-de-vin d’une société de construction brésilienne pour financer ses différentes campagnes électorales. On parle d’un million de dollars pour payer la campagne de Fuerza popular en 2011.

Les Brésiliens ont reconnu avoir " aidé " plusieurs responsables politiques latino-américains dont quatre ex-présidents péruviens.

Deux ans d’enquête auront été nécessaires au procureur chargé de l’affaire pour monter un dossier solide. José Domingo Pérez a finalement inculpé 42 personnes pour des délits présumés de "crime organisé, blanchiment d’argent, entrave à la justice, fausse déclaration".

Début mars, le parquet a requis trente années de prison contre Keiko Fujimori, vingt-deux ans contre son mari, Mark Vito Villanella, de nationalité américaine.

 

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La justice craignant sans doute une fuite à l’étranger, Keiko Fujimori s’est vu refuser l’autorisation de se rendre en Equateur. Elle souhaitait assister à une conférence internationale sur la démocratie animée par le prix Nobel péruvien Mario Vargas Llosa.

" L’enjeu est important si elle perd le procès suivra ", estime l’analyste Augusto Alvarez, chroniqueur du quotidien La República. " Et je crains que le fujimorisme ne s’en relèvera pas ", a-t-il expliqué à l’AFP.

Le bureau du procureur a également demandé la dissolution du parti Fuerza popular.

Est-ce la fin du populisme autoritaire, du conservatisme sociétal et du libéralisme économique ?

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