Frappes en Syrie: Barack Obama réitère son engagement contre l'EI

Le chasseur furtif F-22 Raptor pour la première fois utilisé en situation de combat.
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Le chasseur furtif F-22 Raptor pour la première fois utilisé en situation de combat. - © MOHD RASFAN - BELGAIMAGE

L'armée américaine et des "partenaires" ont mené pour la première fois, tôt mardi matin, des raids contre des positions du groupe Etat islamique en Syrie, ouvrant un nouveau front contre les jihadistes extrémistes. Les Etats-Unis ont "éliminé" des membres du groupe Khorassan, formé d'ex-combattants d'Al-Qaïda, qui menaçaient leurs intérêts, a annoncé en fin de journée un porte-parole du Pentagone.

Il s'agit de la première intervention étrangère en Syrie depuis le début de la guerre civile en mars 2011 dans ce pays, où les jihadistes de l'EI occupent depuis 2013 de vastes régions dans le nord, frontalières de l'Irak et la Turquie.

Contrairement à ce qu'a annoncé ce mardi le ministère des Affaires étrangères à Damas, Le régime Syrien de Bachar el-Assad n’a pas été prévenu, mais espère tirer profit des frappes anti-jihadistes.

Incapable de s'opposer aux frappes de la coalition anti-jihadistes, Damas préfère faire bonne figure en assurant avoir été prévenue à l'avance, mais espère surtout en tirer profit pour redevenir un partenaire dans la "lutte contre le terrorisme", selon les experts qui pensent que les Etats-Unis n'ont pas prévenu Damas avant de commencer les frappes.

Une attaque américaine, mais pas seule

Mardi à 16h15 (heure belge), avant de se rendre à New York pour le sommet sur le climat, le Président Barack Obama a fait une courte déclaration à la presse en rappelant que les frappes étaient prévues sur l’Irak mais aussi sur la Syrie et que l’opération se déroulait, comme prévu avec l’aide d’une large coalition de pays de la région. Mettant l’accent sur le fait que les Américains ne seraient pas intervenus seuls, il a aussi insisté sur le fait que l’on n’attaque pas les intérêts américains impunément. "L'Union se sent plus fort lorsqu’elle est unie". Avant de s'envoler en hélicoptère, le Président a dit se préparer à discuter de la situation avec le pouvoir irakien et au sein de l’ONU...pour la sécurité de la Région et du monde".

Les USA ont éliminé des islamistes qui menaçaient leurs intérêts

"Nous croyons que les individus qui préparaient et complotaient (...) ont été éliminés", a déclaré le contre-amiral John Kirby sur la chaîne ABC.

Outre l'organisation de l'Etat islamique, les Etats-Unis ont frappé dans la nuit de lundi à mardi, le "groupe Khorassan" formé d'ex-combattants d'Al-Qaïda dans la région d'Alep (nord) en Syrie, selon le Pentagone. Les raids "visaient à mettre en échec une attaque imminente préparée par ce groupe contre les intérêts des Etats-Unis et des Occidentaux".

"Nous continuons à évaluer la situation" sur le terrain, a ajouté le porte-parole du Pentagone sur CNN mais "tout indique que nous avons frappé ce que nous visions et continué d'interrompre les complots contre l'Europe ou le sol américain".

Le "groupe Khorassan" est affilié à Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme. Il a fait état de 50 combattants d'Al-Nosra tués dans les frappes.

Après l'Iraq en août, la Syrie en septembre

C'est un tournant dans la lutte contre les jihadistes extrémistes du groupe Etat islamique, dont le centre de commandement se trouve en Syrie, et qui usent des vastes portions de territoire qu'ils y ont conquis comme base de départ de leurs offensives dans l'Irak voisin.

Les moyens mis en oeuvre comprennent des avions de chasse, des bombardiers,  des missiles Tomahawk, des drones et les nouveaux chasseurs furtifs F-22 Raptor.

Ces raids ont visé des sites d'entraînement, des centres de commandement, des bases, des dépôts et véhicules armés et des camions de ravitaillement dans les régions de Raqa (nord), le centre du pouvoir de l'EI, de Deir Ezzor (nord-est), d'Hassaka (nord-est) et de Boukamal (nord), selon la même source. Les cibles ont été détruites ou endommagées.

Plusieurs pays arabes alliés y ont participé, plus particulièrement Bahrein, le Qatar, la Jordanie, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

Une information confirmée par Bahreïn : "Des formations de l'armée de l'air de la force de défense de Bahreïn ont, en association avec des forces aériennes de pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et de forces alliées et amies, procédé mardi avant l'aube au bombardement et à la destruction de certains sites et de cibles choisies d'organisations terroristes", a déclaré un porte-parole militaire bahreïni, qui a ajouté que ces frappes faisaient partie "des efforts internationaux déployés pour protéger la sécurité régionale et la paix mondiale".

Bahreïn, qui abrite la Ve Flotte américaine, a été cité à Washington parmi les pays ayant participé aux premières frappes en Syrie.

Öcalan se joint à l'appel du PKK pour combattre l'EI

Le chef rebelle kurde de Turquie, Abdullah Öcalan, s'est également joint mardi à l'appel aux kurdes lancé par son mouvement armé PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) pour "une résistance générale" en Syrie contre les jihadistes, a rapporté l'agence prokurde Firat.

John Kerry, secrétaire d'Etat américain a déclaré que la Turquie sera "en première ligne" dans la lutte contre l'Etat islamique.

Pression sur Damas

Pour sa part, l'opposition syrienne a salué les frappes américaines tout en insistant sur la nécessité de faire pression sur le président Bachar al-Assad, qu'elle cherche à renverser.

"La décision de lancer ces frappes a été prise plus tôt dans la journée par le commandant de la région militaire centre (CENTCOM, chargé des opérations dans cette région ndlr) en vertu de l'autorisation qui lui a été donnée par le commandant en chef (le président Barack Obama ndlr)", souligne le communiqué du porte-parole du Pentagone.

Le président américain Barack Obama avait prévenu le 10 septembre, qu'il se réservait le droit de frapper l'Etat islamique y compris dans son sanctuaire syrien.

"Notre objectif est clair: nous affaiblirons, et, à terme, détruirons l'EI", avait dit le président, estimant que les jihadistes sunnites appartiennent à "une organisation terroriste qui n'a d'autre vision que le massacre de tous ceux qui s'opposent à elle".

Plusieurs dizaines de pays ont offert de participer d'une manière ou d'une autre au combat contre l'EI, y compris des pays arabes. Ils seraient au nombre de cinq selon les Etats-Unis : Arabie saoudite, Qatar, Bahrein, Emirats arabes unis et Jordanie. Mais il semble que leur participation soit indirecte, comme du ravitaillement ou des autorisations de survol. La France est pour l'heure le seul allié à avoir bombardé des positions de l'EI en Irak la semaine dernière.

Les nombreuses exactions commises par l'EI en Syrie et en Irak, y compris la décapitation de deux journalistes américains et d'un travailleur humanitaire britannique ont indigné l'opinion publique et les milliers de recrues dotées d'un passeport occidental font craindre qu'à leur retour ces combattants aguerris et endoctrinés ne commettent des attentats dans leur pays d'origine en Europe ou aux Etats-Unis.

Les troupes de l'organisation font l'objet de bombardements quotidiens par l'armée américaine en Irak depuis le 8 août.

Grâce à ces frappes, les forces irakiennes et kurdes ont pu reprendre pied et reconquérir plusieurs endroits stratégiques mais sans être en mesure de prendre totalement le dessus.

Pour autant, le président Obama ne souhaite pas engager toute la puissance militaire américaine. Il a exclu d'envoyer des troupes de combats au sol - en évitant soigneusement d'évoquer les membres des forces spéciales qui guident souvent les frappes - et il estime que le combat ne pourra être gagné contre l'EI qu'avec l'aide des rebelles syriens modérés ainsi que de l'armée irakienne et des Kurdes.

La semaine dernière, le congrès américain a autorisé le président à armer et entraîner les rebelles syriens modérés.

Baptême du feu pour le chasseur furtif F-22 Raptor

Selon ABC et le 'Wall Street Journal', les Etats-Unis ont pour la première fois utilisé en opération réelle leur plus récent avion de combat - et le plus coûteux de leur arsenal - le F-22 Raptor, lors des attaques menées mardi avec l'aide de leurs alliés arabes contre les jihadistes de l'Etat islamique (EI) en Syrie, a indiqué un porte-parole du Pentagone à la chaîne de télévision ABC.

Le Pentagone n'a pas précisé d'où ces avions opéraient. Mais la base aérienne d'al-Dafra, dans les Émirats arabes unis (EAU), a occasionnellement accueilli des appareils de ce type.

Le Raptor, construit par Lockheed Martin, est le plus coûteux chasseur de l'armée américaine, avec un prix d'environ 150 millions de dollars (plus de 100 millions d'euros) à l'unité. Sa furtivité lui permet d'échapper à la détection de la plupart des radars. Il peut atteindre Mach 2,25 (plus de deux fois la vitesse du son).

Sa production a été arrêtée en 2011, après la construction de 187 appareils de série (plus huit appareils de tests) - tous monoplaces. Mais quatre avions ont été perdus dans des accidents.


RTBF avec agences

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