Scandale des repas fastueux: François de Rugy démissionne du gouvernement français

François de Rugy a présenté sa démission du gouvernement français
François de Rugy a présenté sa démission du gouvernement français - © LIONEL BONAVENTURE - AFP

Le ministre de la Transition écologique François de Rugy, au centre d'une polémique sur des dépenses excessives, a annoncé avoir présenté sa démission au Premier ministre, s'estimant victime d'un "lynchage médiatique" et précisant avoir déposé une plainte en diffamation contre Mediapart. Le préisent Emmanuel Macron a accepté la "décision personnelle" de démissionner de François de Rugy, annonce l'Elysée.

"Les attaques et le lynchage médiatique dont ma famille fait l'objet me conduisent aujourd'hui à prendre le recul nécessaire - ce que chacun comprendra. La mobilisation nécessaire pour me défendre fait que je ne suis pas en mesure d'assumer sereinement et efficacement la mission que m'ont confiée le Président de la République et le Premier ministre", a écrit le ministre dans un communiqué. "Dès lors, j'ai présenté ma démission au Premier ministre ce matin", a-t-il ajouté.

Le numéro deux du gouvernement, qui devait présenter ce mardi au Sénat le projet de loi énergie et climat, s'est entretenu ce matin avec Edouard Philippe. Son passage devant les députés lors des questions au gouvernement à 15 heures s'annonçait difficile. Les révélations par Mediapart de dîners fastueux organisés quand il présidait l'Assemblée nationale, de travaux dans son logement de fonction au ministère ou de son appartement près de Nantes avaient sérieusement fragilisé le ministre, qui s'était défendu tout le week-end sur ces informations en cascade.

Le ministre estime que "depuis le début de la semaine dernière, Mediapart m'attaque sur la base de photos volées, de ragots, d'approximations, d'éléments extérieurs à ma fonction". "La volonté de nuire, de salir, de démolir, ne fait pas de doute. Je suis soumis à un feu roulant de questions nouvelles et contraint de parer sans cesse à de nouvelles attaques", déplore M. de Rugy.

"Face aux contre-vérités de Mediapart", il annonce avoir "déposé ce matin une plainte pénale en diffamation" par la voix du bâtonnier Pierre-Olivier Sur et de Me Mathias Chichportich. Le ministre remercie pour autant le président et le Premier ministre "de la confiance qu'ils m'ont témoignée" et leur redit sa fidélité. M. de Rugy paraissait bénéficier du soutien de l'exécutif. De Belgrade où il était en visite, Emmanuel Macron avait dit lundi soir avoir "demandé au Premier ministre d'apporter toute la clarté" sur cette affaire afin de prendre des décisions sur la base "de faits", estimant que "sinon, ça devient la République de la délation".

Homard, champagne et grands crus

Photos, témoignages et documents à l'appui, le site d'investigation français Mediapart a révélé avoir recensé entre octobre 2017 et juin 2018 une dizaine de dîners qui mobilisaient à chaque fois le personnel de la résidence de M. de Rugy, alors président de l'Assemblée nationale. Homard, champagne et grands crus issus des caves de l'Assemblée étaient servis à des tablées de dix à trente invités, appartenant pour l'essentiel au cercle relationnel et amical de l'épouse de M. de Rugy, Séverine de Rugy, journaliste au magazine de célébrités Gala, accuse Mediapart.

L'image a marqué en France, qui pendant sept mois a connu la fronde du mouvement des gilets jaunes, des classes moyennes et populaires manifestant contre la pression fiscale et la baisse de leur niveau de vie. Lors d'un déplacement du ministre, des manifestants l'ont accueilli avec un homard en plastique gonflable géant, scandant "François, du homard pour tous!", selon des vidéos.

M. de Rugy, ancien membre du parti écologiste rallié au président Emmanuel Macron, s'est défendu en expliquant que ces "dîners informels" faisaient partie d'un "travail de représentation" au titre de ses fonctions et niant toute "soirée fastueuse". Il s'est en outre engagé le cas échéant à "rembourser chaque euro contesté". "Moi je ne suis ni connaisseur ni amateur de grand crus", a-t-il précisé, ajoutant notamment qu'il ne mangeait pas de homard parce qu'il avait une "intolérance aux crustacés".

Succession de révélations

Le ministre s'est retrouvé empêtré dans une autre affaire révélée par Mediapart, celle de la location d'un appartement près de Nantes et qui serait "à loyer social préférentiel". "Cette information, si elle est avérée, je n'en n'ai moi-même jamais eu connaissance", a réagi le ministre en publiant ses échanges de courriels avec l'agence immobilière, son bail, et expliquant utiliser cet appartement pour accueillir ses enfants lorsqu'il en a la garde le weekend. "Forcément on peut penser à en fait tout abandonner" quand "on est attaqué matin, midi et soir", avait déclaré M. de Rugy. Mais "je ne le ferai pas car je suis très en colère quand je lis un article qui prétend que j'occupe un logement social", s'était-il défendu, au bord des larmes.

Le ministre avait également qualifié de "mensonge" une information du journal Le Parisien selon laquelle son épouse aurait acheté sur l'argent de l'Assemblée un sèche-cheveu doré à la feuille, pour 499 euros.

Dans un article suivant, Mediapart expliquait aussi que François de Rugy n'a pas été imposable en 2015 pour ses revenus déclarés de 2014. Conformément à la loi à l'époque, celui qui était alors député n'était pas imposable sur la totalité de son revenu. Il a pu également retrancher de son revenu imposable une partie des dons faits à des organismes reconnus d'intérêt général. Il a enfin bénéficié de crédits d'impôt liés à la garde d'enfant.

Une image terrible

Pour le député de Paris Benjamin Griveaux, ancien porte-parole du gouvernement, ces dépenses du ministre donnent "une image terrible" des hommes politiques quand le gouvernement français "demande des efforts".

Député depuis 2007, François de Rugy est devenu président de l’Assemblée Nationale en juin 2017. À la suite du départ de Nicolas Hulot du gouvernement Macron, il devient le numéro 2 du gouvernement, ministre d’État chargé de la transition écologique et solidaire. Quand il préside l’Assemblée, il plaide pour la transparence des finances quand il constate que la comptabilité est pour le moins opaque.

François de Rugy tentait de se justifier chez Jean-Jacques Bourdin (BFM TV), ce 12 juillet dernier

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