France: une vidéo de lycéens agenouillés par la police fait polémique

Les images ont de quoi choquer. À genoux, les mains menottées derrière le dos ou sur la tête, des dizaines de lycéens sont alignés dans le jardin de la Maison des Associations à Mantes-la-Jolie, en région parisienne, entourés de policiers armés et casqués. La vidéo a été relayée par plusieurs comptes Twitter ce jeudi soir, dont l'Observatoire des violences policières.

La vidéo, authentifiée par l'AFP, semble avoir été prise par un policier, dont on entend les commentaire sarcastiques : "Voilà une classe qui se tient sage", ou "On va faire voir ça à leurs profs, je pense qu'ils n'ont jamais vu ça." La scène aurait eu lieu ce jeudi après un affrontement de lycéens, munis de barre de fer et de cailloux, contre les forces de l'ordre, après que deux voitures avaient été incendiées. La police avait procédé à 153 interpellations près des lycées Saint-Exupéry et Jean-Rostand à Mantes-la-Jolie.

N'attisez pas le feu !

La vidéo n'a pas tardé à faire le tour du Twitter français, déchaînant des réactions de choc parmi des professeurs, des militants associatifs et des politiciens. L'ancien candidat socialiste Benoît Hamon évoque des images "glaçantes", où "la jeunesse française est humiliée". Beaucoup se posent la question de l'utilité d'une telle mise en scène. "Le feu couve, ne l'attisez pas !", prévient Olivier Faure, le première secrétaire du Parti socialiste.

Du côté du commissariat de Mantes-la-Jolie, on estime que ces adolescents, dont le plus jeune serait âgé de 12 ans, ont été interpellés suivant la procédure, pour "participation a un attroupement armé". Les policiers souhaitaient ainsi "interrompre un processus incontrôlé", explique le commissaire à l'AFP.

Une vidéo jugée immorale... et illégale

Si l'interpellation de manifestants, même mineurs, relève des missions des forces de l'ordre, la méthode pose des questions éthiques et légales. Difficile de savoir dans quel but l'interpellation a été filmée, d'autant plus que la loi française interdit justement la diffusion d'images de mineurs en infraction (article 39 bis de la loi de 1881 sur la liberté de la presse), ainsi que l'image de toute personne entravée ou menottée, comme c'est le cas pour certains jeunes (article 803 du Code de procédure pénale).

Concernant la situation elle-même, l'avocat Maître Eolas rappelle sur Twitter que "la garde à vue doit se faire dans des conditions assurant le respect de la dignité de la personne" (article 63-5 du Code de procédure pénale). Des faits d'humiliation (position dégradante, commentaire du policier) pourraient ainsi être avérés.

79 jeunes ont été relâchés, selon Le Monde. Parmi les 110 personnes toujours en garde à vue, dix-sept devaient être déférées ce vendredi, dont seize mineurs.

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