France: un match Hollande - Sarkozy tient la corde, avantage au premier

Le second tour devrait se jouer entre Nicolas sarkozy et François Hollande, selon les sondages.
Le second tour devrait se jouer entre Nicolas sarkozy et François Hollande, selon les sondages. - © AFP / Pierre Andrieu

A trois jours du premier tour de la présidentielle, quel est l'état des forces en présence ? Le socialiste François Hollande, dépourvu d'expérience gouvernementale et outsider total il y a encore un an, apparaît comme le grand favori face au sortant Nicolas Sarkozy. Derrière, les autres prétendants sont lâchés. Mais la messe n'est pas dite...

Les quelque 45 millions de Français appelés à voter ne se sont guère enthousiasmés, si l'on en croit les sondages, pour une campagne menée à l'ombre de la crise économique et dans la crainte d'une forte abstention. Cette campagne tour à tour morose ou frivole, interpelle même au delà de l'Hexagone. Ainsi, l'hebdomadaire britannique The Economist a titré récemment sur "La France dans le déni", stigmatisant l'absence des grands enjeux économiques dans la campagne présidentielle.

D'autres ont brocardé le choix des thèmes de campagne: la viande halal, le permis de conduire... des sujets supposés "concerner" les Français mais très loin des véritables préoccupations quotidiennes, marquées par le sentiment d'une précarité grandissante dans un monde en mutation rapide.

Conséquence d'ailleurs de cette focalisation des Français sur leur condition sociale et les craintes ravivées par la crise, l'environnement aura été le grand absent des débats. Les primaires "vertes" avaient retoqué l'ex-animateur de télévision Nicolas Hulot, très populaire, pour lui préférer l'ancienne juge Eva Joly. Celle-ci n'a jamais décollé dans les sondages, entraînant les Verts français vers une déroute annoncée. Mais aucun autre candidat n'a repris les thématiques environnementales à son compte, à l'exception notable de Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la gauche radicale.

Nicolas Sarkozy, sauveur de la Nation ?

Nicolas Sarkozy, énergique et volontariste, se verrait bien en seul rescapé d'une tourmente financière européenne qui a fait tomber les pouvoirs en place, de Rome à Athènes, de Londres à Madrid.

Pour lui, l'objectif est simple: arriver en tête dimanche pour créer une nouvelle dynamique, conserver l'espoir de gagner au second tour, le 6 mai, et garder les rênes de la cinquième puissance mondiale.

Mais les sondages, jour après jour, sont têtus. Il prédisent que François Hollande sera en tête au premier tour ou au coude-à-coude avec le sortant, autour de 28%, puis très large vainqueur au second. Un récent sondage suggère même que l'écart se creuse à nouveau au profit de François Hollande dès le premier tour. Si de tels chiffres devaient se confirmer, ce serait le début d'un décrochage.

Les mises en garde de Nicolas Sarkozy sur le chaos économique que créerait une victoire socialiste ou ses positions très dures sur l'immigration et la sécurité, pour l'instant, portent peu. Tout comme les attaques contre la personnalité de son adversaire: il est "nul", "je vais l'exploser", a-t-il confié à des journalistes.

Car Nicolas Sarkozy est plombé par son impopularité, son style irrite bon nombre de ses concitoyens et, pour les commentateurs, cette élection est quasiment un referendum pour ou contre sa personne.

"Flanby" se rebiffe

Agé de 57 ans comme lui, volontiers affable, aimant le consensus, "mou" et "flou" selon ses ennemis, François Hollande n'a pas été déstabilisé par la campagne agressive du président sortant.

Socialiste réformiste, héritier de l'ex-président de la Commission européenne Jacques Delors, il ne prétend pas envoyer valser les engagements budgétaires de la France.

Avec lui, le retour à l'équilibre des finances publiques serait en 2017, un an plus tard que la droite. Mais, dit-il, il faut à l'Europe de la croissance et il refusera, s'il est élu, de ratifier en l'état le traité budgétaire européen, signé en mars sous l'impulsion du président français et de la chancelière allemande Angela Merkel.

Ce texte offre "l'austérité pour seule perspective", déplore-t-il. Snobé par les leaders conservateurs européens, qui n'ont pas voulu le recevoir, il réserverait à la chancelière son premier déplacement de président, pour plaider cette cause devant elle.

Cette fin de semaine, un sondage a donné François Hollande gagnant avec 58% des voix contre 42% au second tour. Un tel score aurait paru complètement incongru, il y a un an. François Hollande venait d'être reconduit à la tête du département rural de Corrèze, dans le centre de la France, et fort de cette légitimité, il avait annoncé sa candidature à la présidence de la République.

Mais l'horizon était bouché par Dominique Strauss-Kahn, le patron du FMI. Celui-ci hors course après ses mises en cause dans des affaires de moeurs, François Hollande, ancien chef de son parti mais jamais ministre au cours de sa carrière, s'est imposé aux autres socialistes lors d'une primaire en octobre.

Au terme d'une campagne qui dure depuis un an, il peut dire aujourd'hui qu'il sent "le mouvement, l'espérance se lever", qu'une première victoire présidentielle de la gauche depuis François Mitterrand en 1988 est possible.

Les autres loin derrière

Les deux favoris semblent hors d'atteinte pour les autres candidats, même si la représentante de l'extrême droite Marine Le Pen et celui de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, disent nourrir encore des espoirs de second tour.

Ennemis jurés et de bords politiques opposés, ils sont les figures de proue d'un vote protestataire puissant.

Jean-Luc Mélenchon, 60 ans, est la révélation de la campagne. Il a rempli des places entières pour des meetings géants en plein air. Autour de 15% dans les sondages, il pourrait inciter François Hollande à "gauchir" son discours.

Le centriste François Bayrou -qui fut le troisième homme de la dernière présidentielle- stagne autour de 10%. Quant aux cinq autres prétendants, ils devraient faire de la figuration, y compris l'écologiste Eva Joly, créditée de 2 à 2,5 %.

T.N. avec AFP

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