France : reprise des investigations visant le numéro deux de l'Elysée, Alexis Kohler

Des juges d’instruction vont reprendre les investigations en France visant le secrétaire général de la présidence, Alexis Kohler, soupçonné de conflits d’intérêts en raison de ses liens avec l’armateur italo-suisse MSC, à la demande de l’association anticorruption Anticor, a appris mercredi l’AFP de sources concordantes.

Cette information judiciaire a été ouverte mardi, ont ajouté ces sources, confirmant une information du site en ligne Mediapart. Une première enquête préliminaire avait été classée sans suite par le parquet national financier (PNF) en août 2019. Pour relancer les investigations, Anticor a ensuite déposé une plainte avec constitution de partie civile le 4 décembre.

Cette ouverture intervient alors qu’une "note personnelle" du président Emmanuel Macron, rédigée en faveur de son bras droit dans cette procédure, est au cœur d’une polémique.

Dans ce document, daté du 1er juillet 2019 mais dont l’existence a été révélée récemment, le chef de l’État dédouane Alexis Kohler des soupçons le visant en écrivant qu’il était "déjà informé de (ses) liens familiaux" avec les actionnaires de contrôle de MSC lorsqu’il l’a nommé directeur de cabinet au ministère de l’Économie et des Finances ("Bercy") en 2014.

Il ajoute que son collaborateur n’est ensuite pas intervenu dans des dossiers liés à l’armateur italo-suisse.

Une enquête de Mediapart

L’affaire était née après la publication en 2018 de plusieurs articles de Mediapart mettant en avant les liens familiaux et professionnels étroits entre le numéro 2 du palais présidentiel de l’Élysée et MSC, fondé et dirigé par les cousins de sa mère, la famille Aponte.

MSC est un important client de l’entreprise STX France (aujourd’hui renommé Chantiers de l’Atlantique) qui gère les chantiers navals de Saint-Nazaire, dans l’ouest du pays.

Après avoir siégé au conseil d’administration de STX France entre 2010 et 2012 en tant que représentant de l’État alors qu’il travaillait à l’Agence des participations de l’État, M. Kohler avait voulu, à deux reprises, rejoindre MSC, à chaque fois après avoir exercé des fonctions au sein de cabinets ministériels à Bercy.

La première fois, en avril 2014, la commission de déontologie, l’instance chargée de contrôler le départ des agents publics dans le secteur privé, s’était opposée à sa demande.

Mais en août 2016, quand Emmanuel Macron quitta le ministère de l’Économie, Alexis Kohler obtint finalement le feu vert de la commission et devint directeur financier de MSC Croisières. Quelques mois plus tard, après l’élection de M. Macron à la présidence de la République, en mai 2017, il était nommé à l’Élysée.

Des liens familiaux évoqués

Lors de ces consultations de la commission, les liens familiaux de M. Kohler avec l’armateur n’avaient jamais été mentionnés.

Une première plainte pour "prise illégale d’intérêt" et "trafic d’influence" avait été déposée le 4 juin 2018 par Anticor. L’association avait ensuite déposé deux autres plaintes, en août 2018, puis en mars 2019, notamment pour "faux et usage de faux" et "omission substantielle de ses intérêts".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK