France: ouverture du procès du Mediator, un antidiabétique tenu responsable de centaines de morts

Neuf ans après le retentissant scandale du Mediator, un antidiabétique tenu pour responsable de centaines de morts, le procès des laboratoires Servier et de l’Agence du médicament s’ouvre lundi à Paris pour plus de six mois.

Sur le banc des prévenus : le groupe pharmaceutique et neuf filiales, ainsi que l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et plusieurs de ses membres mis en cause pour leurs liens avec Servier. Il y a également une ancienne sénatrice, accusée d’avoir rédigé un rapport falsifié, favorable au laboratoire.

Leur feront face les avocats des parties civiles représentant les milliers de plaignants et qui exigent "réponses et réparation".

Au total, il y a donc 5000 victimes recensées, 400 avocats et 25 prévenus, dont la justice devra déterminer les responsabilités pénales dans cet immense scandale sanitaire.

Jusqu’au 30 avril 2020, date à laquelle doit prendre fin ce procès pénal hors norme devant le tribunal correctionnel, une question animera les débats : comment ce médicament, largement détourné comme coupe-faim, a-t-il pu être prescrit pendant 33 ans malgré les alertes répétées sur sa dangerosité ?

En effet, en Belgique, le médicament avait été interdit dès 1977. En France, il a fallu attendre qu’une pneumologue, Irène Frachon, lance l’alerte en 2009.
 

Pour l’un des avocats des victimes, Charles Joseph-Oudin, "le laboratoire a délibérément menti et caché les propriétés dangereuses du médicament", par "profit". Le groupe Servier s’en défend : "il n’est pas apparu de signal de risque identifié avant 2009" et son retrait du marché, assure l’un des conseils de la firme, Me François de Castro.

Jusqu’à son retrait du marché le 30 novembre 2009, le Mediator a été utilisé par cinq millions de personnes en France. Il est à l’origine de graves lésions des valves cardiaques (valvulopathies) et d’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), une pathologie rare et mortelle, et pourrait être responsable à long terme de 2100 décès, selon une expertise judiciaire.

Le groupe Servier devra répondre de sept infractions, dont "escroquerie" au préjudice de la sécurité sociale et des mutuelles.

A son côté, l’ANSM, qui a remplacé l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) après le scandale, sera jugée pour "homicides et blessures involontaires" par "négligences", pour avoir tardé à suspendre le médicament, malgré une accumulation d’alertes sur les risques depuis le milieu des années 1990.

Servier avait déjà été condamné, lors du procès au civil, à indemniser plusieurs victimes.

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