France: la taxe sur les carburants suspendue au moins six mois, les gilets jaunes pas vraiment satisfaits

Édouard Philippe, le Premier ministre français, s’est exprimé ce midi pour tenter d’apaiser la contestation des gilets jaunes. "Cette colère, il faudrait être sourd ou aveugle pour ne pas l’entendre. Cette colère, je l’entends et j’en mesure la réalité, la force et la gravité. C’est la colère de la France qui travaille dur, celle de ceux qui sont dos au mur, des mères qui élèvent seules leurs enfants". Après avoir rappelé que le gouvernement français a pris toute une série de mesures fortes pour améliorer le quotidien des Français (baisse des cotisations salariales ou augmentation du SMIC (salaire minimum) de 3%), Édouard Philippe a expliqué avoir pris une série de mesures, en concertation avec le président de la République, "dans un soucis d’apaisement".

La taxe carbone suspendue pendant au moins 6 mois

Trois mesures fiscales très décriées devaient entrer en vigueur le premier janvier prochain, notamment la hausse de la taxe carbone, à l'origine du mouvement des gilets jaunes. Ces mesures seront suspendues pendant 6 mois et largement débattues par "toutes les parties prenantes". "Nous voulons, dans ce laps de temps, identifier et mettre en œuvre des mesures d'accompagnement justes et efficaces". Si aucun accord n’est trouvé, le gouvernement en "tirera les conséquences", sans en dire plus.

Édouard Philippe a également annoncé que les tarifs du gaz et de l’électricité n’augmenteront pas pendant cette période de consultation et donc pas pendant l’hiver qui s’annonce. Critiquées par les "gilets jaunes", les nouvelles règles concernant le contrôle technique seront elles aussi suspendues pendant six mois.

Les impôts des Français paieront les dégâts

Édouard Philippe est également revenu sur les manifestations qui secouent la France depuis deux semaines et qui ont fait 4 morts et des centaines de blessés, notamment parmi les forces de l'ordre, à qui le Premier ministre a rendu hommage.

Il a rappelé que le droit de manifester et de s'exprimer était "précieux" mais il a estimé que les Français avaient aussi "droit à la sécurité et à circuler et vivre normalement". Le Premier ministre français a également déclaré que l'état n'acceptait pas les violences et que les auteurs de ces actes sont recherchés et qu'ils seront punis. "Ceux qui ont cassé ces lieux ont cassé les biens des Français, ce sont les impôts des Français qui seront utilisés pour payer les dégâts et indemniser".

En cas de nouvelle journée de mobilisation ce samedi, il a estimé qu'elle devrait être déclarée et qu'elle devrait se passer dans le calme.

Les gilets jaunes et l'opposition restent sur leur faim

Benjamin Cauchy, une des figures des gilets jaunes, a salué une "première étape" dans le moratoire. Mais "les Français ne veulent pas des miettes, ils veulent la baguette au complet", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Ils font ça pour qu'on lève le camp et qu'on rentre chez nous, mais on ne va pas bouger", a ajouté Lionel Rambeaux, soudeur, à un barrage à la sortie du Mans bloquant l'accès à un dépôt pétrolier.

Même insatisfaction auprès des partis d'opposition. "Trop peu et trop tard", a résumé le vice-président Les Républicains, Damien Abad.

"Rien pour améliorer les fins de mois, rien sur le Smic, rien sur les pensions, rien sur l'ISF", a dénoncé Ian Brossat, chef de file du PCF pour les européennes. Jean-Luc Mélenchon a de son côté dénoncé sur Twitter des "artifices politiciens".

La France insoumise et le PCF envisagent toujours une motion de censure à laquelle pourrait se joindre le Parti socialiste.

La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a ironisé sur les six mois de moratoire, "sûrement un hasard", au bout desquels se tiendront les élections européennes.

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