France: la réintroduction de deux ourses dans les Pyrénées oppose bergers et militants écologistes

Des barrages à l’aide de tracteurs et des ballots de paille brûlés : la colère des éleveurs français est bien visible au lendemain de l’arrivée d’une ourse slovène dans les Pyrénées-Atlantiques. L’animal a été amenée en hélicoptère et relâchée de nuit dans la vallée d’Aspe.

Les bergers sont motivés. Rien ne leur fera renoncer à ce combat. Les ours réintroduits dans les montagnes, ils n’en veulent pas. Les opposants au plan Hulot - c’est en effet l’ancien ministre de la Transition écologique qui avait initié la réintroduction de l’ursidé - craignent que les plantigrades attaquent les troupeaux de brebis. Ils sont sur le pied de guerre depuis plusieurs semaines, déterminés à faire enlever les ourses par tous les moyens possibles. D’où ces barrages aux points stratégiques comme Bielle, Arette ou le col de Marie-Blanque. Là où des véhicules transportant des ours, sont susceptibles de passer.

Traquer l’ours par tous les moyens

A Sarrance, le maire de la commune ne décolère pas. Traquer l’ours est sa priorité. "J’ai pris un arrêté municipal interdisant aux ours et aux loups d’être sur le territoire", explique-t-il. La route menant à la commune donne une idée de l’opposition farouche de l’élu au projet. Une pancarte proclame : "La guerre est déclarée. La population est déterminée."

Une attitude décriée par le gouvernement et notamment le nouveau ministre de la Transition écologique, successeur de Nicolas Hulot, François de Rugy qui parle d’attitudes inacceptables de la part des éleveurs. "Il y a des personnes qui se croient autorisées à faire des barrages sur les routes, à me menacer avec des fusils (…) Je comprends la colère mais ça ne justifie pas tout. L’opération de réintroduction se poursuivra dans les prochains jours avec pour unique priorité de garantir la sécurité des deux ourses femelles."

Des pour et des contres

Tous les bergers français ne sont toutefois pas contre la réintroduction des ours. "Depuis la nuit des temps, les ours ont toujours été là, on a toujours cohabité, affirme Elise Thébault. On ne les voit et cela ne change rien à notre vie." Un avis partagé par le groupe Pé Descaous, qui soutient la cohabitation avec les ours : "C’est une bonne avancée pour la biodiversité. On s’est toujours adaptés à la vie en montagne, aux intempéries et aux prédateurs et on va continuer. Un discours forcément soutenu par l’association Férus (première association nationale de protection et de conservation de l’ours, du loup et du lynx en France). "Les éleveurs n’ont jamais arrêté de cohabiter avec les plantigrades sur ces montagnes béarnaises (…). Aujourd’hui, ce n’est pas une réintroduction d’ours, il s’agit d’un renforcement, déclare Sabine Matraire. On se base sur la dernière expertise scientifique du Museum national d’histoire naturelle qui date de septembre 2013 et qui estime que pour avoir une chance de viabiliser la population d’ours dans les Pyrénées, il faut relâcher au minimum six femelles, quatre côté Pyrénées-Occidentales et deux autres dans les Pyrénées centrales. "

Le dernier décompte parle de 43 ours

Les antis ont promis de n’utiliser que des moyens inoffensifs comme des pétards et des trompettes pour se faire entendre mais selon certains témoignages sur place, des coups de fusil auraient été tirés. Comme l’a rappelé la procureure de la République de Pau, "cette action est passible de poursuites judiciaires". Cécile Gensac confirme qu’elle sera attentive aux objets utilisés pendant cette traque. En septembre dernier, elle avait déjà annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire après les déclarations d’opposants à la réintroduction menaçant d’abattre les plantigrades.  

Sur le papier, la loi punit bien la destruction et la tentative de destruction d’espèces protégées à sept ans d’emprisonnement et à 150.000 euros d’amende. Dans les faits, on ne compte qu’un seul cas. Celui de René Marquèze en 2004. Le chasseur avait tué Cannelle, la dernière ourse pyrénéenne avant d’être relaxé. Le tribunal correctionnel de Pau avait retenu l’état de légitime défense.

Une deuxième ours

Ce vendredi matin, on apprenait  qu'une deuxième ourse slovène avait également été relâchée. C'est via son compte twitter que le ministre de la Transition écologique l'a annoncé. " Je suis en mesure de confirmer aujourd'hui que deux ourses femelles ont été réintroduites dans le Béarn, dans les Pyrénées-Atlantiques. Ce n'est pas banal de réintroduire une espèce qui est menacée aujourd'hui d'extinction dans les vallées du Béarn où il n'y avait plus que deux ours mâles." La première femelle s'appelle Claverina, l'héritière en français. Elle a sept ans et pèse 140 kilos. La deuxième ourse se nomme Sorita, elle a huit ans et pèse 150 kilos.

La tension ne faiblit pas. Les moyens de sécurité non plus. Mais François de Rugy l'affirme : " le dialogue aura toujours toute sa place" L’opération de réintroduction des ours est évaluée à 350.000 euros.

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