France : l’enseignement des langues régionales, ce "trésor national" selon Macron, menacé par une décision de la Cour constitutionnelle ?

Alors qu’en Belgique trois langues officielles sont reconnues (le français, le néerlandais et l’allemand), en France, la Constitution précise que "la langue de la République est le français", c’est donc la seule langue officielle. A côté de cette langue officielle, plusieurs langues régionales ont été reconnues pour leur valeur patrimoniale au fil du temps.

Quelles sont ces langues ?

En 2013, le ministère français de la Culture recensait, en Métropole, les langues suivantes : basque, breton, catalan, corse, dialectes allemands d’Alsace et de Moselle (alsacien et francique mosellan), flamand occidental, francoprovençal, langues d’oïl (bourguignon-morvandiau, champenois, franc-comtois, gallo, lorrain, normand, picard, poitevin-saintongeais (poitevin, saintongeais), wallon), occitan ou langue d’oc (gascon, languedocien, provençal, auvergnat, limousin, vivaro-alpin), parlers liguriens. Les variétés régionales du français et les langues issues de l’immigration ne font pas partie des langues régionales. Par ailleurs, selon la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, il existe aujourd’hui une cinquantaine de langues régionales dans les départements d’outre-mer.

Enseignement immersif

Ces langues régionales peuvent être choisies comme "langue vivante" au baccalauréat. Des écoles dispensent ces langues par l’enseignement immersif, c’est-à-dire un enseignement effectué pour une grande partie du temps scolaire dans une langue autre qu’en français.

En 2008, le Comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité recensait la population scolaire qui étudiait une dizaine de langues régionales en Métropole.

Langue régionale Nombre d’élèves en langue régionale Pourcentage de la population scolaire
Alsacien 193.820 53%
Basque 11.060 26%
Breton 23.432 9%
Catalan 13.048 20%
Corse 34.598 77%
Flamand 720 --
Franco-provençal 275 --
Langues d’oïl 1.761 --
Occitan 80.000 4%
Francique 810 --

Une proposition de loi destinée notamment à protéger et à promouvoir les langues régionales a été déposée à l’Assemblée nationale par le député du Morbihan Paul Molac. Ce texte prévoit de développer l’enseignement immersif dans une langue autre que le français. Mais le Conseil constitutionnel, qui est chargé de vérifier si les lois sont conformes à la Constitution, a partiellement retoqué cette proposition de loi, car il considère que ce serait contraire à l’article 2 de la Constitution qui dit que "la langue de la République est le français". C’est cette décision du Conseil constitutionnel qui a fait réagir les partisans des écoles associatives qui enseignent les langues régionales : ils craignent que ces écoles ne soient plus financées et doivent fermer.

Le 26 mai, Emmanuel Macron a pris position en faveur de ces écoles sur sa page Facebook.

Les manifestants de samedi tiennent à tout prix à préserver ce qui, selon eux, fait partie intégrante du patrimoine linguistique national français. Un patrimoine menacé. Le député Paul Molac était présent à la manifestation. Selon lui, le Conseil constitutionnel "remet en cause une méthode pédagogique utilisée depuis plus de 50 ans".

"On dirait qu’ils ne savent pas ce que c’est qu’une école immersive. Ils croient que l’on n’apprend pas le français", a déploré Elena Gual, directrice de l’école Arrels, école publique en immersion à Perpignan, interrogée par l’AFP. "Pourtant l’inspection d’académie vient contrôler régulièrement et sait bien qu’on fait le travail comme il faut. On voudrait continuer à enseigner et faire ce que l’on fait depuis 40 ans", a-t-elle ajouté.

La balle reviendra sans doute dans le camp politique. Faudra-t-il modifier la Constitution, comme le proposait samedi Yann Uguen, président des écoles associatives d’enseignement immersif en breton Diwan pour sortir de l’impasse ?

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