Attaque à l'arme blanche à Paris : la garde à vue du deuxième suspect est levée, sept hommes à présent suspectés

La garde à vue du deuxième suspect dans l'attaque au hachoir à Paris commise vendredi, devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, a été levée dans la nuit car l'homme qui se trouvait à proximité du lieu de l'attaque a été mis "hors de cause", a affirmé samedi à l'AFP une source judiciaire.

Outre le principal suspect, arrêté place de la Bastille peu après l'agression qui a fait deux blessés graves, cinq hommes ont été placés en garde à vue vendredi. Selon la source judiciaire, un ancien colocataire du principal suspect a également été placé en garde à vue dans la nuit, ce qui porte à sept le nombre de gardes à vue en cours samedi matin.

Une attaque à l'arme blanche a fait deux blessés vendredi à Paris près des anciens locaux de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, en plein procès de l'attentat meurtrier qui l'avait visé en janvier 2015. Sept hommes, nés entre 1983 et 1996, ont été placés en garde à vue, selon une source judiciaire. Deux de ces hommes ont été interpellés près de la Bastille, juste après l'attaque. Les cinq restant ont été interpellés à Pantin (Seine-Saint-Denis) lors d'une perquisition à l'un des domiciles supposés du principal suspect de cette attaque.

C'est "manifestement un acte de terrorisme islamiste", a déclaré le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sur France 2 dans la soirée. "C'est la rue où il y avait Charlie Hebdo, c'est le mode opératoire des terroristes islamistes, bien évidemment, cela fait peu de doute, c'est une nouvelle attaque sanglante contre notre pays", a ajouté le ministre.

Le principal suspect est un pakistanais âgé de 18 ans

Peu après l'attaque, le principal suspect a été interpellé à proximité de la place de la Bastille. Âgé de 18 ans, il est né au Pakistan, selon une source proche de l'affaire. Il s'agit de l'"auteur principal des faits", a déclaré Jean-François Ricard, le chef du parquet national antiterroriste (Pnat), chargé de l'enquête. Il a été arrêté au début de cette année en possession d'une arme blanche. Il ne présentait "aucun signe de radicalisation" pendant sa prise en charge par l'aide social à l'enfance, a indiqué le conseil départemental du Val-d'Oise.

"Cet individu, qui revendiquait sa minorité, avait été pris en charge à son arrivée en France en août 2018", indique le département dans un communiqué. Le conseil départemental du Val-d'Oise "avait contesté sa minorité, mais une décision de justice avait confirmé sa prise en charge jusqu'au 10 août 2020, date de sa majorité et donc depuis laquelle il n'est plus sous la protection de l'aide sociale à l'enfance". Pendant cette prise en charge, "aucun signe de radicalisation n'avait été observé par les services", précise cette source.

"Tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste"

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a annoncé être saisi d'une enquête pour "tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste", confiée brigade criminelle et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Un premier bilan de la préfecture de police (PP) faisait état de quatre blessés dont deux en "urgence absolue", avant d'être revu à la baisse.

L'hypothèse de la présence d'un colis suspect, un temps évoqué, a finalement été levée. "Aucun engin explosif n'a été détecté", a indiqué la PP.

Un large périmètre de sécurité a été établi autour des anciens locaux de Charlie Hebdo, situés dans le XIe arrondissement. Les écoles des IIIe, IVe et IXe arrondissements ont été confinées, selon la PP, et les stations de métro Bastille et Saint-Sébastien Froissart ont été fermées au public par "mesure de sécurité", a indiqué la RATP.

"Un homme avec une machette"

Une cellule de crise a été ouverte au ministère de l'Intérieur, où le ministre de Gérald Darmanin et le Premier ministre Jean Castex se sont rendus. Ils doivent aller dans l'après-midi sur les lieux de l'attaque .

Les deux blessés font partie de l'agence Premières Lignes, qui travaille notamment pour l'émission de France 2 Cash Investigation.

"Cela s'est passé vers 11H45, un homme est arrivé et a attaqué avec un hachoir deux salariés qui fumaient devant l'immeuble, un homme et une femme", a déclaré à l'AFP Paul Moreira, fondateur et co-dirigeant de Premières Lignes. "L'homme et la femme ont été tous les deux très gravement blessés", a-t-il ajouté.

"Deux collègues fumaient une cigarette en bas de l'immeuble, dans la rue. J'ai entendu des hurlements. Je suis allée à la fenêtre et j'ai vu un de mes collègues, taché de sang, être poursuivi par un homme avec une machette dans la rue. On sait que nos deux collègues sont blessés, mais nous n'en savons pas davantage pour le moment", a déclaré sous couvert d'anonymat à l'AFP une employée de Premières Lignes.

"Vers midi, on est allé faire une pause déjeuner au restaurant. En arrivant, la patronne s'est mise à crier 'partez, partez', il y a un attentat... On est partis en courant s'enfermer et rester à l'intérieur de notre boutique avec quatre clients", a raconté à l'AFP Hassani Erwan, 23 ans, un coiffeur du quartier.

Cette attaque survient alors que la rédaction de Charlie Hebdo fait l'objet de nouvelles menaces depuis que l'hebdomadaire a republié des caricatures de Mahomet le 2 septembre, à l'occasion de l'ouverture du procès des attentats de janvier 2015, qui doit se tenir jusqu'au 10 novembre.

Après une courte suspension au procès, l'audience a repris sans aucune mention par la cour d'assises spéciale de Paris de cette attaque, selon une journaliste de l'AFP.

"Menaces"

En début de semaine, la directrice des ressources humaines de Charlie Hebdo, Marika Bret, avait été exfiltrée de son domicile en raison de menaces jugées sérieuses. A la suite de ces menaces, Gérald Darmanin avait demandé "qu'on puisse réévaluer les menaces qui pèsent sur les journalistes et les collaborateurs de Charlie Hebdo".

Près d'une centaine de médias (journaux, magazines, chaînes de télévision et radios) ont publié en réaction mercredi une lettre ouverte appelant les Français à se mobiliser en faveur de la liberté d'expression.

"Aujourd'hui, en 2020, certains d'entre vous sont menacés de mort sur les réseaux sociaux quand ils exposent des opinions singulières. Des médias sont ouvertement désignés comme cibles par des organisations terroristes internationales", pouvait-on lire dans cette lettre intitulée "Ensemble, défendons la Liberté".

Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi avaient attaqué la rédaction de Charlie Hebdo à l'arme de guerre, y assassinant 12 personnes, dont les dessinateurs historiques Cabu et Wolinski, avant de prendre la fuite.

Leur périple meurtrier avait pris fin dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) où ils s'étaient retranchés avant d'être tués dans un assaut du GIGN.

Charlie Hebdo soutient les personnes touchées

Charlie Hebdo a apporté vendredi son soutien aux victimes de l'attaque près de ses anciens locaux à Paris, notamment ses "anciens voisins et confrères" de la société de production Premières Lignes, dont deux employés ont été blessés à l'arme blanche.

"Toute l'équipe de Charlie apporte son soutien et sa solidarité à ses anciens voisins et confrères PLTVfilms et aux personnes touchées par cette odieuse attaque", a affirmé l'hebdomadaire satirique sur Twitter.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK