France: après trois mois de mobilisation, les gilets jaunes assurent qu'ils ne lâchent rien

Des milliers de gilets jaunes sont de retour ce samedi sur les Champs-Élysées à Paris.
Des milliers de gilets jaunes sont de retour ce samedi sur les Champs-Élysées à Paris. - © ERIC FEFERBERG - AFP

Trois mois de manifestations, un début de lassitude dans l'opinion mais une mobilisation persistante : les gilets jaunes ont défilé samedi dans plusieurs villes de France pour l'acte 14 et continuent de défier le gouvernement. A Paris, traditionnelle place forte de la contestation, une foule compacte de plusieurs milliers de personnes ont rejoint l'esplanade des Invalides dans l'après-midi après avoir marché dans un calme relatif depuis les Champs-Élysées.

A 14H00, le ministère de l'Intérieur dénombrait 10.200 manifestants en France dont 3.000 à Paris, des chiffres en recul par rapport à la semaine précédente mais régulièrement contestés par les gilets jaunes. "On est 15.000, ça veut dire que le mouvement redouble", a affirmé à l'AFP Jérôme Rodrigues, présent dans le cortège et devenu un symbole des violences policières depuis qu'il a perdu un œil fin janvier place de la Bastille.

Malgré quelques brefs épisodes de tensions, le cortège a marché dans la capitale sous un grand soleil et sans incident majeur, aux cris de "Tout le monde déteste la police" ou "Castaner nique ta mère". "On a fait presque toutes les manifs. On voit bien que le service public se casse la gueule", a déclaré Marion, infirmière, qui qualifie de "poudre aux yeux" le grand débat lancé par Emmanuel Macron. "On n'y croit pas, on va pas y participer".

Un conducteur panique à Rouen: trois blessés

A Bordeaux, le cortège rassemblait également plusieurs milliers de personnes, confortant cette ville comme l'un des bastions du mouvement, malgré la crainte de nouveaux incidents. "Beaucoup de gens ne viennent pas ou plus parce qu'ils voient les images, ils ont peur. J'ai plein d'amis qui préfèrent rester chez eux mais continuent toujours de soutenir le mouvement", commente Virginie, 42 ans, conseillère dans la grande distribution.

Au moins 2.000 manifestants s'étaient rassemblés à Pontivy, point de ralliement de la région Bretagne. A Nantes, la manifestation qui a rassemblé 1.600 personnes, selon une source policière, a été émaillée d'incidents. Trois gilets jaunes ont été légèrement blessés par une voiture qui a tenté de traverser leur manifestation à Rouen. Le conducteur, qui était avec sa femme et leur bébé, s'est retrouvé au cœur de la manifestation. Des manifestants s'en sont pris au véhicule, montant dessus et jetant des projectiles. Le conducteur a pris peur et a accéléré.

Plusieurs milliers de gilets jaunes manifestaient à Toulouse, autre bastion du mouvement, derrière une banderole clamant leur détermination: "Seule la mort nous arrêtera".

De retour sur les ronds-points

Dans l'est du pays, des gilets jaunes étaient de retour dans plusieurs localités sur les ronds-points - l'un des modes d'action des gilets jaunes et là où avaient commencé les premières mobilisations mi-novembre. "Aucun blocage, ni filtrage ne sera toléré", a toutefois indiqué la préfecture. "On est aussi revenus sur les ronds-points pour éviter les violences qui se font là-haut en centre-ville pendant les manifestations", a affirmé Joëlle, 58 ans, sur un barrage filtrant monté par une trentaine de gilets jaunes à Balma, dans la banlieue est de Toulouse. A Strasbourg, 110 gilets jaunes participaient à l'unique rassemblement prévu samedi matin, selon la police, et à Nice une cinquantaine de personnes étaient rassemblées dans la matinée dans le centre. A Bordeaux et Toulouse, autres places fortes de la contestation, des rassemblements sont prévus en début d'après-midi samedi, préludes à des défilés qui se sont ces dernières semaines souvent terminés par des violences.

Le samedi précédent, 51.400 manifestants avaient été recensés par le gouvernement, esquissant une décrue de la mobilisation ces dernières semaines. Un affaiblissement toutefois contesté par le mouvement, qui concède seulement une stagnation de ses forces en revendiquant la présence de 118.000 manifestants samedi dernier. Lancée le 17 novembre, cette contestation inédite pour le pouvoir d'achat voit également le large soutien populaire dont elle bénéficiait s'effriter: pour la première fois, une majorité de Français (56%) souhaitent que la mobilisation s'arrête, selon un sondage Elabe diffusé mercredi.

Malgré ces signes de lassitude, beaucoup de gilets jaunes ne veulent "rien lâcher" après une semaine où deux figures du mouvement, le chauffeur routier Eric Drouet et l'ex-boxeur Christophe Dettinger, ont comparu devant la justice à Paris.

Insurrection ou manif pacifique ?

Les modalités d'action font en revanche l'objet de nombreux débats, au sein d'un mouvement protéiforme qui a fragilisé l'exécutif et l'a contraint à faire des concessions et à lancer un grand débat pour tenter de sortir de la crise. A Paris, la mobilisation doit s'étaler sur l'ensemble du weekend, pour marquer dimanche le troisième mois, jour pour jour, du mouvement, avec une manifestation "déclarée et pacifique" qui doit défiler essentiellement sur la rive gauche.

La préfecture de police de Paris a promis un "dispositif conséquent" pour sécuriser la capitale. Comme lors des précédents samedis, l'acte 13 avait été marqué par des incidents, notamment devant l'Assemblée nationale, où un manifestant a eu la main arrachée lors d'affrontements avec les forces de l'ordre, entretenant la controverse sur les violences policières. "Les démonstrations de violence doivent cesser", a exhorté mercredi le chef de l’État Emmanuel Macron, dont les cortèges réclament régulièrement la démission.

Entre le gouvernement occupé à faire la promotion de son grand débat et les manifestants qui dénoncent une consultation de façade, le dialogue de sourds se poursuit. "Ce mouvement ne revendique plus rien", a estimé jeudi le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. "Je ne vois pas pourquoi on s'arrêterait, on nous écoute pas", rétorque Chantal, porte-parole des gilets jaunes à Marseille.

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