France : après l’immolation d’un étudiant à Lyon, les syndicats appellent à manifester contre la précarité

Vendredi dernier, un jeune homme de 22 ans s’est immolé par le feu en pleine rue à Lyon, devant le bâtiment du Crous, le centre régional d’aide sociale pour les étudiants. Quelques jours plus tard, l’état du jeune homme, brûlé sur le corps à plus de 90%, inspire toujours l’inquiétude. Les syndicats étudiants SUD-éducation et Solidaires appellent au rassemblement ce mardi pour protester contre la précarité étudiante, qui "détruit nos vies".

Avant son geste, l’étudiant avait publié un texte sur Facebook, dénonçant sa situation précaire. "Cette année, faisant une troisième L2 [équivalent du bac 2, ndlr], je n’avais pas de bourses, et même quand j’en avais, 450 euros par mois, est-ce suffisant pour vivre ?", avait-il écrit. S’estimant forcé à "commettre l’irréparable", il dénonçait également la montée du racisme et de l’extrême droite : "J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de m’avoir tué, en créant des incertitudes sur tous-tes (sic), j’accuse aussi Le Pen et les éditorialistes d’avoir créé des peurs plus que secondaires."

Le syndicat dont faisait partie le jeune homme, Solidaires Etudiant-e-s Lyon, s’est exprimé sur Twitter le lendemain, affirmant n’avoir "pas assez de mots pour crier notre douleur et notre tristesse", ainsi que leur "dégoût à l’égard des institutions qui l’ont poussé à commettre l’irréparable."

Les rassemblements auront lieu devant les différentes antennes régionales du Crous, mais aussi devant les préfectures et les sous-préfectures de France. Solidaires entend protester contre les conditions financières des étudiants. "Les études coûtent chaque année plus cher aux étudiant-e-s (sic) et nous sommes nombreuses-eux (sic) à partager ces conditions intenables", accuse le syndicat.

La nourriture rationnée, la santé passe à la trappe

En France, la précarité dans les études supérieures est une triste réalité. Selon le syndicat Unef, 20% des étudiants vivaient sous le seuil de pauvreté en 2017. En principe, les étudiants peuvent bénéficier d’une bourse pour financer leurs études. Mais parfois leurs parents gagnent trop d’argent pour qu’ils y soient éligibles, mais pas assez pour leur permettre de régler les frais d’inscription et de manger. Selon une étude de la Mutuelle générale de l’Education nationale, 68% des étudiants sautent des repas de temps à autre.

Pour les autres, le régime alimentaire est souvent composé de riz, de pommes de terre et "des pâtes instantanées à 30 centimes", comme le raconte une étudiante de 26 ans au journal Le Parisien. Après avoir payé le loyer, les frais d’éducation, l’accès à internet et la nourriture, il ne reste plus rien pour les loisirs… ni la santé. L’institut de sondage Insee rapporte que 13,5% des étudiants ont déjà renoncé à aller chez le médecin pour des raisons financières.

Et en Belgique ?

Dans notre pays, la situation n’est pas au beau fixe non plus. Les frais d’étude ont explosé : en 2018, une année d’étude coûtait entre 8000 et 12.000 euros, selon la Fédération des étudiants francophones (Fef). En 2016, 27.000 étudiants avaient dû recourir au revenu d’intégration sociale du CPAS pour financer leurs années. En 15 ans, le chiffre avait été multiplié par sept, notait la Fef. En parallèle, le nombre de jobs étudiants a explosé.

Il y a deux ans, la région wallonne avait annoncé des mesures pour aider financièrement les familles des étudiants qui louent un kot. L’ancienne majorité MR-cdH avait finalement proposé une prime au logement de 1000 euros par an pour les koteurs à plus d’une heure de voiture de leur domicile. Mais cette mesure n’avait jamais été appliquée. Elle figure toutefois dans le programme du nouveau gouvernement francophone.