Forum social 2011: enthousiasme, désorganisation et autogestion

Les discours ont précédé les programmes culturels lors de la cérémonie de cloture du FSM
Les discours ont précédé les programmes culturels lors de la cérémonie de cloture du FSM - © RTBF

Le Forum Social Mondial (FSM), s’est achevé ce vendredi 11 février. Le bilan de la mobilisation est excellent selon les organisateurs. Ils parlent de 100 000 participants. Et ce malgré des problèmes de logistiques sans précédents.

Le Forum social mondial se tenait cette année à Dakar, capitale du Sénégal. Une centaine de milliers de participants s’y seraient croisés, selon les organisateurs. Une mobilisation qui correspond plus ou moins au double de leurs attentes initiales.

Ce vendredi, ce grand rassemblement altermondialiste a terminé comme il avait commencé et vécu : par une grande fête. Sur l’esplanade qui fait face au podium où les discours de clôture se prononcent, on rie, on danse, on crie ses derniers slogans. On fait circuler des annonces du départ de Hosni Moubarak. On s’embrasse. Mis à part les trois premiers rangs, on fait tout sauf écouter. Avec une jovialité jamais mise en défaut malgré la fatigue évidente qui marque les faciès.

Insurmontable, le défi logistique a été en partie contourné

Si la mobilisation et l’enthousiasme des participants étaient bel et bien au rendez-vous ce fut en dépit d’énormes problèmes de logistiques. "On est dans un Etat qui peine à fournir de l’électricité aux habitants de sa capitale même. Le défi logistique était extrêmement complexe", rappelle Nicolas Haeringer, membre du comité d’organisation. Ce dernier évoque également des circonstances particulières qui ont aggravé la situation. C’est en effet l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar qui accueillait l’évènement. Celle-ci était censée être en période de vacances durant la durée du FSM. Mais les plus 70 000 étudiants de l’Université avaient finalement cours normalement, les vacances ayant été reportées suite à une grève plus tôt dans l’année. Avec des répercussions évidentes sur la disponibilité des locaux.

"On n’est pas passé loin du désastre, reconnaît Nicolas Haeringer. Mais l’enthousiasme et l’autogestion ont permis d’éviter cela et de pousser encore plus loin la prise d’autonomie des participants". Les mots sont lâchés : "enthousiasme" et "autogestion", clairement les deux notions qui collent le mieux à la peau de ce FSM. Avec "désorganisation", évidemment, mais on a presque envie d’écrire que l’une n’allait pas sans les deux autres.

"Finalement entre 20 et 30% des activités prévues n’ont pas eu lieu", nous confie Tawfik Ben Abdallah, figure en vue du comité d’organisation. Ce qui veut dire que des 1200 ateliers prévus un peu plus de 900 ont effectivement eu lieu. Plus les innombrables activités informelles qui se sont improvisées.

"Voilà l’Humanité nouvelle"

Selon la théorie du verre à moitié plein ou vide, on pourrait aisément faire un bilan catastrophique ou élogieux du FSM 2011. Demba Moussa Dembélé, directeur du Forum africain des alternatives et membre de l’organisation du FSM retient, lui, la moitié pleine. "Nous sommes très satisfaits, nous explique-t-il avec ferveur. Tout d’abord la participation démontre la vitalité du mouvement altermondialiste, contrairement à ce qu’affirme la grande presse", développe cet économiste de l’Université de Dakar. « Ensuite, la qualité des débats qui ont eu lieu est indéniable. Et puis regardez cette foule !, nous enjoint-il en tournant le dos à la scène pour faire face à l’esplanade. Cette joie de vivre, cet enthousiasme, voilà ce qui me restera de ce Forum de Dakar", poursuit-il. "Une foule qui croit en un avenir meilleur, une foule qui vous dit ‘Voilà, nous sommes l’Humanité nouvelle, réunie ici en Afrique, berceau de l’Humanité’".

On pourra écrire et penser ce qu’on veut de ce Forum social et des ses couacs. Mais il restera l’indéniable énergie qui se dégage de ces dizaines milliers de personnes réunies pour partager une conviction simple et profonde : "Un autre monde est possible".

Julien Vlassenbroek, à Dakar 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK