Forum de Davos virtuel : une première pour une situation économique mondiale qui appelle à "repenser le capitalisme"

C’était il y a un an… Pour tout dire une éternité : la jeune activiste Greta Thunberg interpellait le petit monde du Forum économique mondial de Davos : "Notre maison est toujours en feu, votre inaction alimente les flammes", scandait-elle, tandis que le président des Etats-Unis, Donald Trump, du haut de son climatoscepticisme, ironisait au sujet des prophètes de malheur du climat.

Un an plus tard, une pandémie de Covid toujours en cours sur les bras, plus question d’écrin luxueux au cœur des Grisons, le forum se tient en distanciel. Et au centre des préoccupations, certes le climat, l’environnement, le développement durable mais, surtout, la croissance… des inégalités. Une augmentation fulgurante, que l’on doit à la pandémie mondiale.

Virus des inégalités

Le virus des inégalités, comme le nomme l’ONG Oxfam, qui comme chaque année publie son rapport le jour de l’ouverture du Forum économique mondial. Avec dans celui-ci des chiffres qui marquent : les dix hommes les plus riches du monde ont vu leur fortune augmenter de plus de 500 milliards de dollars depuis le début de la pandémie.

La crise de l’emploi la plus grave depuis plus de 90 ans

En parallèle, celle-ci a entraîné la crise de l’emploi la plus grave depuis plus de 90 ans, des centaines de millions de personnes sont désormais au chômage ou occupent des emplois précaires. Là où en 9 mois les 1000 personnes les plus riches du monde sont parvenues à compenser leurs pertes, il faudra plus de 10 ans aux plus pauvres pour se relever de cette crise. Et au premier rang de ces plus pauvres, relève Aurore Guyeux, responsable de l’équipe Inégalités et Justice fiscale pour Oxfam Belgique, les femmes, surreprésentées dans les secteurs tourisme et hôtellerie, frappés de plein fouet par la crise, mais aussi dans l’économie informelle, dont nombre d’emplois ont disparu.

Les pistes de solutions émises par Oxfam, comme une protection sociale universelle, le fait d’éviter un retour à l’austérité et puis un accès juste aux vaccins aux pays les plus pauvres ont-elles une chance d’attirer l’attention des leaders économiques et politiques mondiaux ?

Repenser le capitalisme

Plus qu’on pourrait l’imaginer a priori. Le fondateur du Forum, Klaus Schwab a d’ores et déjà appelé à repenser le capitalisme à la lumière d’une pandémie qui a exacerbé les inégalités.

En décembre dernier, du côté de l’OCDE, Pedro Sanchez, président du gouvernement espagnol et Angel Guria, secrétaire Général de l’OCDE soulignaient que les membres avaient réussi à mettre leurs divergences de côté pour "s’entendre sur une déclaration reflétant leur vision collective d’une reprise forte, résiliente, inclusive et verte après la crise du COVID-19".

Du côté du FMI, la directrice générale appelait en automne dernier à un nouveau Bretton Woods, plaidant pour qu’on suive des politiques axées sur les gens, taillées à mesure sur les besoins des pays, en n’ignorant plus le changement climatique.

Un électrochoc

Belles paroles ? Pas si sûr : l’électrochoc de ces centaines de millions de personnes basculant en même temps dans la pauvreté, et pour longtemps, c’est exceptionnel. Et justifie une transformation, en profondeur, des économies. Refonder le capitalisme donc ? Oui mais, sans toutefois "remettre en question cet ordre économique où les décisions des grandes entreprises cotées en Bourse sont définies par des actionnaires qui visent une rentabilité maximale à court terme", nuance Jean-Christophe Graz, professeur de relations internationales à l’Université de Lausanne.

La Chine, l’exception

Plusieurs données économiques confirment l’irrésistible ascension de l’Asie et surtout de la Chine. Seule grande économie à avoir dégagé une croissance en 2020 (+2,3%), la Chine a aussi gagné des parts de marché : son excédent vis-à-vis des Etats-Unis s’est accru de 7% en 2020.

Le PIB chinois devrait égaler celui américain dès 2030, soit deux ans plus tôt qu’anticipé avant la crise sanitaire, selon une étude récente de l’assureur-crédit Euler Hermès. Enfin, un rapport de l’ONU publié dimanche montre qu’en 2020, la Chine est devenue la première destination mondiale pour les investissements directs à l’étranger (IDE), coiffant au poteau les Etats-Unis.

Optimisme en berne

C’est le président chinois Xi Jinping, dont le pays semble avoir tourné la page du coronavirus, sur le plan économique du moins qui a inauguré ce lundi matin le forum virtuel. La présidente de la BCE, Christine Lagarde débattra dans la foulée au sujet de la restauration de la croissance économique.

Question centrale, avec la maîtrise de la pandémie et alors que l’optimisme qui a prévalu en novembre quand les vaccins sont devenus une réalité n’est plus de mise en ce début d’année, marqué par l’imposition de nouvelles restrictions et la progression de variants du coronavirus.

Fauci et Kerry pour représenter les Etats-Unis

L’administration Biden a décidé de dépêcher l’immunologue Anthony Fauci, conseiller de la présidence sur la pandémie. Ainsi que John Kerry, l’envoyé spécial pour le climat, qui sera certainement bien accueilli après la décision du nouveau président démocrate de faire revenir les Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le Climat.

Le premier Forum virtuel de Davos s’achèvera le 29 janvier. il sera suivi, d’un forum spécial qui aura lieu à Singapour, du 25 au 28 mai. La raison invoquée est la "sécurité sanitaire", la cité-Etat, qui n’a eu à déplorer que 29 morts, étant jugée plus sûre que Genève, un temps évoquée comme solution de repli.

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