Forcer une licence publique pour le vaccin contre le Covid-19 ? "Le seul moyen de vaincre le coronavirus"

Forcer une licence publique pour le vaccin contre le coronavirus ? "Le seul moyen de vaincre le coronavirus"
Forcer une licence publique pour le vaccin contre le coronavirus ? "Le seul moyen de vaincre le coronavirus" - © Javier Zayas Photography - Getty Images

Le timing est précis. La communication bien rodée. A quelques heures de l’ouverture de l’Assemblée mondiale de la santé – World Health Assembly (WHA), plusieurs organisations tirent la sonnette d’alarme. Pas parce qu’à cause du Covid-19 pour la première fois dans l’histoire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Assemblée générale se déroulera en ligne. Non. Car plusieurs organisations dont le CNCD-11.11.11.11 et Handicap International souhaitent que le futur vaccin développé pour lutter contre le Covid-19 soit disponible pour tout le monde et ne soit pas protégé par un brevet offrant un monopole aux grands groupes pharmaceutiques.

"Pour y arriver, il faut une gigantesque coopération internationale. Entre les entreprises et les Etats", explique Nicolas Van Nuffel, Responsable du département Plaidoyer au CNCD-11.11.11. "Mais il faut ensuite qu’on s’assure que le résultat – comprenez le vaccin – puisse être placé dans le domaine public et qu’il ne puisse pas être accaparé ni par un Etat puissant, ni par une grande entreprise."

L’OMC peut forcer une licence publique

L’objectif est clair : que les plus riches, comme les plus pauvres puissent avoir accès à ce vaccin, une fois qu’il sera disponible.

"Il y a, via les règles de l’organisation mondiale du commerce, de forcer une licence publique qui garantisse qu’on puisse guérir tout le monde. C’est la seule manière de vaincre cette épidémie."

Depuis le début de la pandémie, quelque 70 vaccins ont été développés par les laboratoires universitaires et entreprises privées tandis que cinq sont en phase clinique. Plus il y a d’efforts entrepris pour développer un vaccin efficace, plus grande est la chance de pouvoir espérer un vaccin au plus tôt d’ici 12 à 18 mois.

"Si des accords ne sont pas conclus quant au prix et à la disponibilité d’un vaccin contre le Covid-19, le danger existe que la volonté des gouvernements et la santé de la population ne fassent pas le poids face aux intérêts de l’industrie pharmaceutique", craignent les organisations.

Sans virus, pas question d’un vaccin car peu de gains potentiels

Pour elles, des règles doivent être fixées. Dès aujourd’hui. Car si certains voient dans cette course au vaccin une formidable avancée scientifique et sanitaire, d’autres y voient un potentiel jackpot économique. "De grosses firmes pharmaceutiques telles que Johnson&Johnson, GSK et Pfizer travaillent d’arrache-pied pour être la première à mettre son produit sur le marché. Avant la crise du COVID-19, ces firmes ne manifestaient pas le même enthousiasme ni les efforts qu’elles mettent aujourd’hui dans la commercialisation d’un vaccin", soulignent l’ensemble des signataires dans un communiqué commun.

"En effet, après les épidémies d’autres variantes du coronavirus, telles que le SARS (2002) et le MERS (2012), des scientifiques étaient tout près d’une avancée importante. Mais à l’époque, les scientifiques s’étaient heurtés à un total désintérêt de la part des grands groupes pharmaceutiques : sans virus, pas question d’un vaccin car peu de gains potentiels. On peut supposer que si le mobile principal de la production d’un vaccin est le rendement, les besoins et la santé de la population pourraient passer au second plan."

Le 4 mai dernier, l’UE a recueilli 7,4 milliards d’euros avec un marathon mondial des donateurs. Le gouvernement belge a investi 20 millions d’euros dans le but d’accélérer la recherche.

Les associations signataires sont Sol Soc ONG, Street Workers Network, WSM, Le Monde des Femmes, Handicap International – Humanity&Inclusion, 11.11.11, FGTB-ABVV, CM, Médecins du Monde, Oxfam in België, FOS, CNCD-11.11.11 et Entraide&Fraternité.