Fin de Mos Maiorum, une opération policière européenne très critiquée

Quelque 150 personnes se sont rassemblées à Bruxelles le 22 octobre pour protester contre Mos Maiorum
Quelque 150 personnes se sont rassemblées à Bruxelles le 22 octobre pour protester contre Mos Maiorum - © Tous droits réservés

La locution latine Mos Maiorum, qui fait référence aux mœurs vertueuses des anciens, est le nom d'une gigantesque opération de contrôle des migrants en situation irrégulière dans l'espace Schengen. Une opération que beaucoup préfèrent appeler la "grande rafle". L'opération a débuté le treize octobre dernier pour se terminer ce dimanche 26 octobre.

Ces deux dernières semaines, 18 mille policiers en Europe ont traqué les sans-papiers dans l'espace Schengen avec l'objectif affiché d'arrêter les migrants en situation irrégulière et rassembler des informations sur l'immigration clandestine en Europe. Des informations censées aider à cibler le profil des personnes interpellées, connaître les routes empruntées pour arriver en Europe et les méthodes utilisées par les filières qui organisent cette immigration illégale.

Une opération moins discrète

Ce n'est pas la première fois que les États membres organisent ce genre d'opération, il y en a une pratiquement tous les six mois, et elles portent souvent un nom inspiré de la mythologie européenne. Mais généralement, ces opérations se déroulent de manière plus discrète.

Cette fois-ci, l'Italie, qui est à l'origine de l'opération, a décidé d'en faire la publicité. Cela a suscité beaucoup d'émotions en Europe au point que des internautes se sont mobilisé sur les réseaux sociaux pour dénoncer l'opération.

L'opération Mos Maiorum ciblait plus particulièrement les gares, les transports et lieux publics. En fait, tous les endroits où il y a du passage et où il est plus facile d'interpeller les sans-papiers.

Une méthode qui choque beaucoup de citoyens qui dénoncent une véritable chasse à l'homme. De nombreux collectifs et organisations ont aussi dénoncé ces pratiques en évoquant des méthodes inacceptables. Pourtant, l'objectif avoué de cette opération, qui est de connaître les filières d'immigration pour mieux les démanteler, est plutôt noble. Mais ils sont nombreux à constater sur le terrain que ce sont les sans-papiers eux-mêmes qui sont arrêtés et non les organisateurs de ces réseaux.

Il n'y a pas de menace migratoire

Pour certains observateurs, cette opération de police est aussi une grande opération de communication : montrer à l'opinion publique des pays où la pression migratoire est plus importante, comme en Italie, que l'Europe agit sur l'immigration clandestine.

C'est l'avis de Caroline Intrand, chargée des opérations européennes au CIRé (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Étrangers). Pour elle, c'est une façon de surfer sur la menace migratoire supposée qui pèserait sur les citoyens de l'Union : "La menace migratoire est tout à fait fausse. Les chiffres le prouvent, il n'y a pas de menace migratoire. Les entrées clandestines ne représentent même pas 100 mille entrées par an sur toute l'Europe. C'est très très faible si on compare aux millions de réfugiés dans le monde. (...) Il y a une espèce de peur qui s'installe et qui est bien entretenue. Et sur cette peur là, on peut faire n'importe quoi et en particulier des opérations annoncées, coordonnées et orchestrées par l'Union européenne. Des opérations de rafle. On dépasse les limites de ce qui est acceptable".

La Commission n'est pas impliquée

Mais si l'opération se déroule bien de manière coordonnée dans tous les États membres de l'Union à l'initiative de l'Italie, la Commission européenne de son côté n'y joue aucun rôle. Cecilia Malmström, la commissaire européenne sortante en charge de l'immigration, a confirmé la semaine passée sur nos antennes ne pas être informée du déroulement de Mos Maiorum et a également confié ne pas savoir si l'opération était utile.

RTBF avec le soutien de Euranet Plus, le réseau des radios européennes

 

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