Fin de l'extraction du charbon en Slovaquie : plus facile à dire qu'à faire

Fin de l'extraction du charbon en Slovaquie: plus facile à dire qu'à faire
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Fin de l'extraction du charbon en Slovaquie: plus facile à dire qu'à faire - © Tous droits réservés

41 régions dans 12 États membres de l’UE extraient encore du charbon. Un métier qui occupe plus 185 000 personnes. Afin de respecter l’accord de Paris sur les énergies moins polluantes, l’Union européenne a créé une plate-forme destinée à aider les régions houillères dans leur processus de cette transition. En Slovaquie, la production de charbon devrait s’arrêter en 2023, la principale entreprise d’extraction n’a pas l’intention d’arrêter. Au contraire, elle milite pour la préservation de cette activité et pas toujours par des moyens transparents.

Une pétition dans les cabinets

Dans la région de Nitra, les élus locaux ont décidé d’arrêter l’extraction du charbon en 2023. Mais les mineurs et les syndicats ne l’entendent pas de cette oreille. Pour convaincre un maximum la population, ils ont décidé de lancer une pétition. Les formulaires se sont retrouvés un peu partout et notamment dans les salles d’attente des médecins. Selon certains, la signature du document serait contraignante et même accompagnée de menaces. « Ma mère est allée chez le médecin et il lui a tendu un document à signer » explique la fille d’une patiente. « Une pétition en faveur de la préservation des industries extractives. Ma mère s’est sentie très mal à l’aise et obligée de signer ».

Certains patients estiment que ses pratiques sont illégales. Mais ils ont voulu rester anonymes, par peur de perdre le médecin du village. Interrogé par la télévision slovaque, un praticien a juste déclaré : « Je ne vois rien de mal à cela. »

Pour Ivan Humenik, expert en droit médical, cette pratique pose question : « De mon point de vue, on ne peut exclure qu’une telle action puisse violer en partie le code de déontologie qui oblige les agents de santé à ne pas abuser de la confiance de leurs patients et de leur dépendance aux prestataires de soins de santé. »

Les syndicats ont nié les faits. Mais Jozef Striežinec, ancien employé de la société Hornonitrianske bane Prievidza, l’affirme : ses pratiques sont déloyales. Sa petite amie, qui travaille pour une compagnie minière, a été forcée par la direction de signer la pétition et de recueillir d’autres signatures de membres de la famille sous peine d’être licenciée. Elle a refusé. Et reçu le message suivant. « Je vous informe ouvertement ici, devant tous les autres, que vous devez vous attendre à ne plus travailler pour la compagnie. Parce que vous travaillez contre les intérêts de la société. »

Manque de main-d’œuvre

La société minière souhaite poursuivre ses activités dans ce secteur mais elle manque d’ouvriers expérimentés. Elle a donc décidé de les chercher à l’étranger. Les nouveaux employés ayant besoin de se loger, il a fallu trouver des appartements. Plusieurs employés de la société minière, qui occupaient des logements de fonction, ont été priés de partir. Un avis de résiliation de bail leur a été envoyé.

La télévision slovaque a pu se procurer un document secret dans lequel la société minière confirme vouloir recruter 150 personnes en Bulgarie. Finalement le recrutement n’a pas abouti et l’entreprise tenterait depuis d’engager des candidats clandestins en Ukraine. "Le programme visant à arrêter progressivement l’extraction du charbon n’a pas été annoncé " explique Adriana Sivaková, la porte-parole de Hornonitrianske Bane. "Il est de notre devoir de respecter les obligations légales sur les mines et de suivre la résolution du gouvernement sur la production d’électricité à partir du charbon domestique. Donc, l’extraction du charbon continue. »

La volonté d’investir dans le charbon et ainsi produire de l’électricité a été annoncée par le gouvernement slovaque en 2005. La principale centrale du pays se doit donc d’acheter du charbon et produire de l’électricité selon un volume déterminé. La Commission européenne veut mettre un terme à l’exploitation du charbon et offre son aide aux régions concernées pour qu’elles transforment leur activité. Mais pour les élus locaux, il faut aussi rendre en compte les aspects sociaux. « L’ensemble du projet de transition de la région ne sera une réussite que lorsque le dernier ouvrier de la mine aura retrouvé un travail » estime Adriana Sivaková, porte-parole de Hornonitrianske Bane.

Un argument balayé du revers de la main par plusieurs analystes qui pensent que l’entreprise étant de plus en plus confrontée au manque de main-d’œuvre, elle se tourne vers les marchés du travail à l’étranger… Les consommateurs slovaques commencent donc à subventionner des ouvriers étrangers en Slovaquie.

Même si elle souhaite poursuivre son activité, la société minière ne veut pas perdre l’occasion d’utiliser les subventions européennes. Elle a donc remis son propre projet de transition énergétique à l’Europe pour un montant de 500 millions d’euros.

L’émission « EuropeS » est à voir ce dimanche sur La Trois à 23h45.

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