Film anti-islam: un mort dans des manifestations au Pakistan

Pakistan: des manifestants brûlent un drapeau américain et des effigies de Barack Obama et du pasteur Terry Jones
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Pakistan: des manifestants brûlent un drapeau américain et des effigies de Barack Obama et du pasteur Terry Jones - © AFP PHOTO / S.S MIRZA

Un manifestant a perdu la vie et deux autres ont été blessés lundi lors d'un échange de tirs avec des policiers à l'occasion de protestations contre le film anti-islam dans le nord-ouest du Pakistan, ont indiqué des sources policières.

Les heurts se sont produits dans la ville de Warai, du district d'Upper Dir de la province de Khyber Pakhtunkhwa (nord-ouest), ont indiqué des responsables locaux.

Des étudiants rejoints par des habitants de la ville avaient commencé par incendier un commissariat de police, le club local des journalistes, la maison d'un magistrat et trois véhicules, a indiqué M. Irshad, un haut responsable gouvernemental.

La police a utilisé des gaz lacrymogènes et tiré des coups de semonce pour tenter de disperser la foule, mais un manifestant a tiré sur les forces de l'ordre qui ont répliqué, a-t-il ajouté.

"Nous avons arrêté 22 manifestants, la situation est maintenant sous contrôle", a souligné Ihsanullah Khan, chef de la police locale.

Il s'agit du premier mort au Pakistan depuis le début, vendredi, de manifestations locales contre le film américain à petit budget hostile à l'islam.

Des manifestations violentes avaient fait au moins huit blessés dimanche à Karachi, première ville du pays, forçant les autorités à renforcer lundi les mesures de sécurité à proximité du consulat des Etats-Unis.

Manifestations en Afghanistan 

Plus de mille Afghans ont protesté lundi de manière violente contre la diffusion du film, incendiant des voitures de police dans une artère de Kaboul où sont notamment installées des bases de l'Otan et des Etats-Unis, ont indiqué les autorités.

Il s'agit de la première manifestation violente dans la capitale afghane contre la diffusion d' "Innocence of Muslims".

Appels au calme

En France, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a annoncé l'ouverture d'une enquête après les manifestations qui ont eu lieu à Paris. En Belgique, l'Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) invite tous les citoyens belges de confession musulmane à garder leur calme et à ne pas répondre à "la provocation" que représente, à ses yeux, le film anti-islam "L'innocence des musulmans". "La violence engendre la violence et nuit aux efforts fournis par les personnes de bonne volonté qui œuvrent pour la paix et le dialogue entre les peuples et les cultures", a réagi lundi par communiqué l'EMB.

L'Exécutif regrette la diffusion du film "ayant mené à des scènes de chaos à l'échelle mondiale". "La liberté d'expression est un droit fondamental en démocratie, mais il doit être exercé avec intelligence, en évitant toute provocation inutile et incitation à la haine envers autrui", ajoute l'EMB.

"Même si l'on peut comprendre que certaines personnes se soient senties heurtées par le caractère injurieux et blasphématoire du film, cela ne justifie en aucun cas les actes de violence et d'atteinte à la vie humaine qui s'en sont suivis", conclut l'Exécutif des Musulmans de Belgique.

Dimanche à Bruxelles quelques personnes ont été interpellées devant l’ambassade américaine et une trentaine de manifestants partis de Schaerbeek ont été interceptés par la police au centre-ville et arrêtés administrativement. Parmi eux, trois personnes ont été arrêtées judiciairement, a indiqué lundi le porte-parole du parquet de Bruxelles Jean-Marc Meilleur. L'une d'elles a été placée sous mandat d'arrêt pour incitation à la haine contre le peuple américain.

L'individu est suspecté d'être en infraction à la loi Moureaux de juillet 1981 qui vise à réprimer les actes inspirés par le racisme et la xénophobie. Il avait été relâché sous condition au mois d'août après avoir été interpellé à la suite d'un acte de rébellion contre des policiers. Son dossier ne fait état d'aucune appartenance à Shariah4Belgium.

A Saint-Josse, environ 25 personnes s'étaient rassemblées sur la place Liedts et avaient été interceptées par les forces de l'ordre à hauteur de la place Rogier. Elles avaient été interpellées car aucune de demande à manifester n'avait été introduite. A Bruxelles, six personnes voulaient manifester devant l'ambassade américaine, en zone neutre. Elles avaient également été interpellées.

Meances de représailles

Comment stopper cette flambée de violences anti-américaines, qui a conduit à l’attaque de plusieurs représentations diplomatiques, après la diffusion sur internet d’extraits  de ce film islamophobe ? Dimanche soir, c’est le chef du Hezbollah libanais, qui a appelé les musulmans à protester.

"Ce lundi et les jours qui suivent, vous devez montrer au monde entier votre colère et vos cris", a exhorté Hassan Nasrallah sur une chaîne de télévision du Hezbollah. Le leader chiite a estimé que ce film, tourné il y a plus d’un an et exhumé par le web, constituait la pire attaque lancée contre l’islam. Pire encore, a-t-il dit, que les caricatures de Mahomet ou les Versets sataniques. Plusieurs manifestations sont prévues ce lundi au Liban. Hassan Nasrallah a lancé des menaces de représailles envers les producteurs du film et, plus généralement, à l’encontre des Etats-Unis.

Limogeage de hauts responsables de la sécurité libyenne

Après une série d’attaques contre leurs postes diplomatiques, et en particulier le consulat de Benghazi en Libye où des Américains, dont l'ambassadeur, avaient été tués, les Etats-Unis ont ordonné l’évacuation de leur personnel diplomatique non essentiel en Libye, en Tunisie et au Soudan. 150 soldats des forces spéciales ont été envoyés en Libye et au Yémen. La protection de nombreuses ambassades a été renforcée. L’Allemagne a également évacué du personnel diplomatique du Soudan. Les manifestations anti-américaines se sont soldées par la mort d'au moins onze manifestants ces derniers jours. Dimanche, la Libye a annoncé l’arrestation d’une cinquantaine de personnes dans l'enquête sur l'attaque du consulat de Benghazi.

Le ministre de l'Intérieur a décidé de limoger le vice-ministre en charge de la région Est, Wanis al-Charef, ainsi que le directeur de la Sûreté nationale à Benghazi, le général Hussein Bou Hmida, selon les textes des deux décisions dont l'AFP a obtenu des copies lundi.

Selon un premier document, le limogeage de Wanis al-Charef a été décidé par le Conseil des ministres au cours d'une réunion le 12 septembre, jour de l'annonce de la mort de l'ambassadeur des Etats-Unis Chris Stevens dans une attaque menée la veille contre le consulat américain à Benghazi.

Dans un autre texte signé par le ministre de l'Intérieur, Fawzi Abdelali, il a été décidé de nommer le colonel Salaheddine Doghman, directeur de la Sûreté nationale de Benghazi, deuxième ville du pays. Le colonel Doghman remplace à ce poste le général Hussein Bou Hmida.

Le ministère de l'Intérieur n'a cependant pas encore désigné le remplaçant de Wanis al-Charef au poste de vice-ministre en charge de la région Est.

YouTube bloque l'accès en Malaisie

Le site de partage de vidéos YouTube a annoncé lundi qu'il avait bloqué l'accès en Malaisie au film islamophobe qui a suscité de vives protestations dans de nombreux pays et dont la diffusion est déjà empêchée en Indonésie, Inde, Libye, Egypte, Afghanistan et Pakistan.

Les vidéos du film "L'Innocence des musulmans" sont bloquées depuis dimanche en Malaisie, a indiqué un porte-parole de YouTube, détenu par le géant américain Google. "Quand on nous informe qu'une vidéo est illégale dans un pays, nous en bloquons l'accès à la suite d'un examen en profondeur", a-t-il déclaré. Le gouvernement malaisien avait déposé samedi une plainte officielle auprès de YouTube.

Certains extraits du film restaient cependant visibles sur YouTube lundi matin, tandis que d'autres étaient bloqués.

Comme dans de nombreux autres pays musulmans, le film a suscité des manifestations en Malaisie mais elles sont restées pacifiques dans ce pays.

RTBF avec agences

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