FIFA: Blatter réélu après le retrait de son concurrent au second tour

Le très controversé Sepp Blatter sera selon toute vraisemblance réélu à la tête de la FIFA
Le très controversé Sepp Blatter sera selon toute vraisemblance réélu à la tête de la FIFA - © FABRICE COFFRINI - AFP

Le président de la Fédération internationale de football a finalement été réélu pour 4 ans. Sepp Blatter a toutefois dû attendre le second tour pour être fixé sur son sort alors qu'il est ouvertement contesté après l'arrestation à Zurich de sept élus de la FIFA pour corruption présumée. De son côté, le président de l'UEFA Michel Platini estime le changement "crucial" à la FIFA.

Le Suisse Sepp Blatter a été réélu vendredi président de la Fédération internationale de football après le retrait de son rival, le prince jordanien Ali ben al Hussein, du second tour où il avait été poussé. 

"Je promets de donner une FIFA plus forte à mon successeur", a-t-il déclaré après l'annonce de sa réélection.

Au premier tour, Joseph "Sepp" Blatter, 79 ans, a raté de peu la majorité qualifiée des deux tiers (140 voix), avec 133 voix, contre 73 au Jordanien et trois bulletins nuls, sur les 209 fédérations membres de la FIFA.

Le prince Ali avait donc réussi à pousser Joseph Blatter au deuxième tour, avant de se retirer.

Pour le second tour et les éventuels tours suivants, la majorité simple, c'est-à-dire plus de 50% des suffrages valablement exprimés, aurait suffi.

Le président est élu par le congrès de la FIFA (209 votants), pour une période de quatre ans. L'élection est organisée à bulletin secret.

Lors du précédent scrutin, en 2011, Joseph Blatter avait été élu avec près de 90% des suffrages (186 voix sur 203 suffrages exprimés). Il était alors le seul candidat en lice après le forfait du président de la Confédération asiatique, Mohammed Bin Hammam, contraint de se retirer quelques jours avant l'élection et suspendu à vie pour des achats de voix dans sa campagne.

Il s'agit du cinquième mandat pour le dirigeant suisse, qui préside aux destinées du football mondial depuis 1998. 

"Je suis fier que l'UEFA ait défendu et soutenu un mouvement pour le changement à la FIFA. Le changement qui est, à mon avis, crucial si cette organisation doit retrouver sa crédibilité", a affirmé pour sa part Michel Platini après la réélection de Blatter à qui il avait demandé de démissionner jeudi

Blatter maintient son cap et son siège

Dans son discours de candidat avant le vote en fin d'après-midi, le Suisse avait appelé à "l'esprit d'équipe" pour "attaquer les problèmes" : "Les événements de cette semaine ont jeté une ombre. Essayons d'enlever cette ombre, on ne peut pas admettre que la réputation de la FIFA soit traînée dans la boue", avant de conclure : "Serrons les rangs pour aller de l'avant".

D'où vient cette tempête selon lui ? "Si le 2 décembre 2010, deux autres pays avaient été désignés organisateurs des Coupes du monde 2018 (Russie) et 2022 (Qatar), je pense qu'on n'en serait pas là aujourd'hui", a lâché "Sepp", sous-entendant que ces nominations ont provoqué la colère de l'Angleterre, candidate déçue de 2018, et des Etats-Unis, frustrés de ne pas avoir été retenus pour 2022, et dont la ministre de la Justice Loretta Lynch s'est placée en pointe dans l'offensive anti-corruption.

Le Qatar de son côté a assuré vendredi avoir respecté les "plus hauts standards éthiques" pour obtenir l'organisation du Mondial-2022, dans sa première déclaration officielle depuis mercredi.

Ce jour-là, une bombe atomique médiatique avait explosé avec les deux procédures judiciaires distinctes diligentées par les justices américaine et suisse, pour corruption présumée à grande échelle, avec arrestations à Zurich de sept élus de la Fifa, inculpations en rafales et perquisitions de son siège.

M. Blatter, entré à la Fifa en 1975 et président depuis 1998, se présenté comme la victime de la corruption et se pose en meilleur rempart.

Il a déjà surmonté de graves crises en 2002 et 2011, qui ne l'ont pas empêché d'être réélu à chaque fois, et a encore usé vendredi de sa célèbre métaphore marine en appelant les 209 fédérations composant la Fifa à lui laisser la barre pour que "le bateau ne tangue plus, et avance tranquillement".

Il navigue en tout cas dans un océan de dollars: la FIFA a enregistré un bénéfice de 338 millions USD (308 M d'euros) sur la période 2011/2014 pour un chiffre d'affaires de 5,7 milliards de dollars (5,2 milliards EUR), grâce en grande partie aux revenus du Mondial-2014 au Brésil. Ses réserves s'élèvent à 1,5 milliard de dollars (1,36 md euros).

Image en lambeaux

La FIFA, déjà tourmentée par le feuilleton du Qatar, n'avait pas besoin de ce nouveau décor de film policier. Sur les réseaux sociaux, les hashtags #BlatterOut ("BlatterDehors") ou #FifaMafia pullulent, relayant une presse internationale déchaînée.

Sepp Blatter devra aussi recoller les morceaux avec certains dirigeants politiques, comme le Premier ministre britannique. "A mon avis, il devrait partir, avait lancé avant le vote David Cameron. Vous ne pouvez pas avoir des accusations de corruption à ce niveau et à cette échelle dans cette organisation et prétendre que la personne qui la conduit en ce moment est la bonne personne pour la faire avancer".

Jeudi, François Hollande avait insisté sur la nécessité pour les organisations sportives d'être "incontestables". 

Par ailleurs, les interpellations, menées à la demande des autorités judiciaires américaines, avaient réveillé des relents de guerre froide entre les Etats-Unis et la Russie.

Plusieurs entreprises multinationales, dont Nike, Visa, Adidas, Coca-Cola ou Hyundai, ont exprimé leurs préoccupations.

Résolution palestinienne retirée

Avant l'élection, la Palestine, qui menaçait de déposer une résolution appelant à suspendre Israël, coupable selon elle de complicité avec les agissements des autorités israéliennes, y a finalement renoncé, au moins provisoirement.

"Beaucoup de mes collègues, attachés à l'éthique et aux valeurs du jeu, m'ont dit combien il était pénible pour eux de voir la question de la suspension soulevée au sein de notre famille", a expliqué le président de la Fédération palestinienne, Jibril Rajoub.

Une commission internationale de supervision a été votée à la place. Les présidents des deux fédérations se sont serré la main sous les applaudissements. M. Blatter n'a pas manqué de mettre cette poignée de mains au crédit de son bilan. Finalement avalisé.

 

RTBF et AFP

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