Fermer Al Jazeera, bannir les Frères musulmans: le Qatar rejette implicitement les demandes de ses voisins

Le prince Mohammed ben Salmane, le 10 novembre 2016 à Ryad
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Le prince Mohammed ben Salmane, le 10 novembre 2016 à Ryad - © FAYEZ NURELDINE

Le Qatar, mis au ban pour son soutien présumé au "terrorisme" et son rapprochement avec l'Iran, grand rival régional de l'Arabie saoudite, a rejeté implicitement une liste de demandes de ses adversaires arabes jugées maximalistes et attentatoires à sa souveraineté nationale.

Cette liste, exigeant notamment la fermeture de la chaîne Al-Jazeera, la réduction des relations avec l'Iran et la fermeture d'une base militaire turque, avait été soumise le 22 juin au Qatar, qui devait donner sa réponse dans les 10 jours, donc en principe avant dimanche soir.

"La liste des demandes est faite pour être rejetée", a déclaré le ministre des Affaires étrangères du Qatar Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani samedi à Rome.

Ce rejet ne fait pas de doute parmi les adversaires les plus virulents de Doha dans le Golfe.

L'Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis et l'Egypte ont rompu avec le Qatar le 5 juin, en l'accusant de soutenir le "terrorisme" et des groupes agissant pour déstabiliser la région.

Voici leurs principales demandes:

- Fermer Al Jazeera

La chaîne de télévision a longtemps été source de conflits entre le Qatar et ses voisins qui l'accusent d'avoir une ligne éditoriale partiale et de fomenter les troubles. Des bureaux d'Al Jazeera ont été fermés dans de nombreux pays.

Elle est notamment accusée par l'Egypte de soutenir les Frères musulmans, soupçonnés d'être à l'origine des violences qui ont suivi la mise à l'écart par les militaires du président islamiste Mohamed Morsi en 2013.

- Bannir les Frères musulmans

L'ultimatum appelle Doha à rompre avec les groupes islamistes, y compris les Frères musulmans, placés sur une liste d'organisations "terroristes" par l'Arabie saoudite et ses alliés.

Il est également demandé au Qatar d'extrader des figures des oppositions islamistes réfugiés à Doha.

L'émirat accueille depuis longtemps des leaders des Frères musulmans, y compris leur chef spirituel Youssef al-Qaradaoui et Khaled Mechaal, ancien dirigeant du mouvement palestinien Hamas lié à la confrérie.

Les gouvernements occidentaux se disent inquiets des activités des Frères musulmans, sans les placer pour autant sur des listes d'organisations "terroristes".

- Fermer une base turque

L'une des autres demandes est la fermeture d'une base permettant à la Turquie de mettre un pied dans le Golfe.

Ankara considère le Qatar comme son principal allié dans le Golfe mais veut aussi entretenir de bonnes relations avec les autres pays de la région.

Le Parlement turc a approuvé le déploiement de troupes turques au Qatar, deux jours seulement après le début de la crise.

De son côté, le président turc Recep Tayyip Erdogan a salué le refus du Qatar de respecter l'ultimatum de ses voisins, affirmant qu'il était "contraire aux lois internationales".

Mais la Turquie n'est pas allée jusqu'à critiquer directement l'Arabie saoudite, l'invitant à prendre les devants pour résoudre la crise.

- Se distancer de l'Iran

L'Arabie saoudite et ses alliés veulent voir Doha prendre ses distances avec Téhéran, grand rival chiite de Ryad. Ils accusent le Qatar de soutenir des groupes liés à l'Iran comme le Hezbollah chiite libanais, ce que dément Doha.

L'Arabie saoudite, sunnite, et l'Iran chiite s'opposent notamment sur les conflits en Syrie et au Yémen, où le Qatar faisait partie de la coalition arabe menée par Ryad jusqu'au début de la crise contre les rebelles Houthis.

Ryad accuse régulièrement l'Iran de s'ingérer au Moyen-Orient, y compris dans sa province orientale où se concentre la minorité chiite, dont certains éléments se livrent à des violences contre les forces de l'ordre.

L'hostilité à l'égard de l'Iran n'est pas partagée par tous les voisins de l'Arabie saoudite dans le Golfe.

Oman et le Koweït conservent des relations normales avec l'Iran et les Emirats arabes unis abritent une importante communauté iranienne, et ont de fortes relations commerciales avec la République islamique.

Le président iranien Hassan Rohani dit souhaiter resserrer les liens de son pays avec le Qatar.

Quand l'Arabie saoudite a fermé le seul accès terrestre du Qatar avec le monde extérieur, essentiel pour l'importation de ses produits alimentaires, l'Iran s'est empressé d'approvisionner ce pays par voie maritime.

 

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