Felix Tshisekedi, nouveau président de la RDC, prête serment avec beaucoup d'émotion

Felix Tshisekedi est officiellement devenu le président de la République démocratique du Congo sur le coup de 14h20. Une journée historique puisqu'il s'agit de la première transmission de pouvoir pacifique depuis l'indépendance du pays en 1960. La première passation de pouvoir "civilisée" selon les propres mots du président sortant, Joseph Kabila, pour qui ce "rêve" est devenu "réalité".

Un moment très intense pour le nouveau président, qui a été pris d'un malaise lors de son premier discours présidentiel. Après un long silence, Felix Tshisekedi a avoué "ça ne va pas", avant de s'interrompre quelques minutes. Il a ensuite repris le fil de son discours, non sans s'excuser. "Un célèbre président de notre pays avait dit en son temps: comprenez mon émotion", a repris Félix Tshisekedi, allusion à la phrase du maréchal Mobutu annonçant la fin du parti unique et une relative ouverture démocratique le 24 avril 1990.

"La campagne que nous avons eu à mener" et "le travail de préparation" "ont eu raison de ma personne humaine", a-t-il poursuivi. "Je m'en excuse auprès du président de la République et de nos distingués invités", a-t-il lancé en direction de son prédécesseur, resté largement impassible derrière ses lunettes de soleil. L'entourage de Felix Tshisekedi évoque de son côté un gilet pare-balles un peu trop serré dans la chaleur de Kinshasa.

Cérémonie inédite

"Moi, Tshisekedi Félix Antoine Tshilombo, élu Président de la République Démocratique du Congo, je jure solennellement devant Dieu et la nation, d'observer et de défendre la Constitution et les lois de la République", ainsi a débuté le discours solennel prononcé par Félix Tshisekedi sous le regard d'un Joseph Kabila débarrassé de sa barbe poivre et sel et caché derrière des lunettes de soleil lui donnant un air hollywoodien.

Le nouveau président a notamment juré "de ne se laisser guider que par l'intérêt général et le respect des droits de la personne humaine". Un discours attendu par les nombreux Congolais venus assister à la prestation de serment. "Félix n'oublie pas, papa avait dit: le peuple d'abord", a scandé la foule en référence au père du nouveau président, l'opposant Etienne Tshisekedi décédé à Bruxelles le 1er février 2017.

Les coups de canon ont ensuite résonné dans les jardins du Palais, avant que Joseph Kabila ne transmette à son successeur l'étendard aux couleurs nationales. Etienne Tshisekedi a aussi reçu, selon le protocole, un exemplaire de la Constitution et les armoiries, sous les ovations de milliers de ses partisans mêlés aux officiels. Fait inédit: le président sortant et son successeur élu se sont donné une accolade.

Hommage à Martin Fayulu et à Joseph Kabila

Autre fait inédit, Felix Tshisekedi a rendu hommage à un autre opposant, Martin Fayulu, qui rejette pourtant toujours les résultats officiels. "C'est l'occasion de témoigner de notre profond respect et sincère admiration à l'endroit de notre frère Martin Fayulu Madidi, avec lequel nous avons mené ce combat politique depuis plusieurs années. L'engagement de ce véritable soldat du peuple est un exemple de la vitalité de notre démocratie", a déclaré le nouveau président. Il a aussi salué les anciens présidents congolais, dont Joseph Kabila, "l'un des acteurs de la matérialisation de l'alternance démocratique", selon lui.

Autre sujet abordé lors de son discours: les prisonniers politiques. Félix Tshisekedi s’est engagé à "recenser tous les prisonniers politiques (…) en vue de leur prochaine libération".

Absences de marque

Depuis ce matin, les invités arrivaient au Palais de la nation, où se trouvent les bureaux du président de la République. Parmi eux, des autorités civiles et militaires, des magistrats, des membres de gouvernement et du corps diplomatique, le Premier ministre congolais, les présidents de l'Assemblée et du Sénat. 17 chefs d'état étrangers ont aussi été invités, mais un seul autre président de la République, le Kényan Uhuru Kenyatta, avait fait le déplacement. D'autres pays africains avaient dépêché des représentants de rang inférieur: Tanzanie, Gabon, Namibie, Maroc, Burundi, Angola, Congo-Brazzaville, Egypte...

On notera également l'absence des voisins ougandais et rwandais. Le président du Rwanda, Paul Kagamé, avait témoigné, au nom de l'Union africaine, de doutes sérieux quant aux résultats de l'élection présidentielle. La Zambie n'a pas été invitée non plus, son président ayant appelé à un recomptage des voix.

La Belgique était quant à elle représentée par son chargé d'affaires ad interim, Philippe Brochain. C'est le plus haut poste diplomatique belge qui reste actuellement au Congo, la Belgique n'ayant plus d'ambassadeur en RDC depuis un an. Côté européen, c'est aussi un chargé d'affaires qui représentera l'UE, l'ambassadeur de l'Union européenne ayant été sommé de quitter la RDC fin décembre dernier.

Formation du gouvernement

Le nouveau président devra désormais s'atteler à former son gouvernement. Au Congo comme en Belgique, on donne parfois une nouvelle signification à certains mots de vocabulaire pour y arriver. Ainsi, Felix Tshisekedi va-t-il désigner un "informateur" pour identifier un chef de gouvernement au sein de la majorité de l'Assemblée nationale. Rappelons que c'est le camp de Joseph Kabila y est largement majoritaire. Les coalitions des "deux présidents" ont signé un accord de coalition politique et de partage de pouvoir, il prévoit une répartition des ministères et des postes administratifs entre les deux formations. Les ministères régaliens (Défense, Intérieur et Affaires étrangères) devraient revenir à la famille politique de Felix Tshisekedi.

Extraits de la cérémonie d'investiture de Felix Tshisekedi à Kinshasa, ce 24 janvier

L'extrait du discours du maréchal Mobutu, auquel Felix Tshisekedi fait référence (Archives Sonuma-RTBF)

Après 25 ans de règne sans partage, le maréchal Mobutu Sese Seko annonce, le 24 avril 1990, devant un parterre de ministres, magistrats, généraux et parlementaires, la fin du parti unique au Zaïre.

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