Félix Tshisekedi lors de l'inauguration du grand musée national à Kinshasa : "Les Belges nous ont aidés à conserver notre patrimoine"

Un masque en bois exposé dans le nouveau musée national de la République démocratique du Congo à Kinshasa. Le musée, financé par la Corée du Sud, a été officiellement inauguré hier par le président Felix Tshisekedi. SAMIR TOUNSI / AFP
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Un masque en bois exposé dans le nouveau musée national de la République démocratique du Congo à Kinshasa. Le musée, financé par la Corée du Sud, a été officiellement inauguré hier par le président Felix Tshisekedi. SAMIR TOUNSI / AFP - © SAMIR TOUNSI - AFP

Le président Congolais Félix Tshisekedi a inauguré officiellement hier, le musée national de la République démocratique du Congo (MNRDC), à Kinshasa. Ouvert au public en juin dernier, ce musée a été construit par la Corée du Sud pour 20 millions de dollars.

Havre de paix, son architecture isole le visiteur des bruits de la ville : portique d’accès avec galerie de colonnes, cour intérieure avec bassins, immenses portes coulissantes pour pénétrer dans les salles d’exposition, terrasse intérieure… Situé le long du majestueux boulevard Triomphal, à côté du parlement, ce musée rassemble de nombreux trésors de l’Histoire du pays.

Statuettes funéraires, masque en métal à l’expression profonde et mystérieuse, masque en bois aux grosses joues grotesques pour des rites d’initiation… Au total, près de 400 œuvres sont exposées dans trois grandes salles, réparties sur deux niveaux.

Ce musée qui se veut "national" fait la part belle à quelques-uns des 400 peuples identifiés le long du fleuve Congo et ses affluents (Luba, Tshokwe, Pende, Kongo…). Les œuvres sont rangées par grands thèmes, de la préhistoire à l’indépendance, en passant par l’époque coloniale belge. "Ce musée retrace notre histoire, montre notre identité culturelle et montre la richesse de la diversité culturelle de la RDC ", explique Henry Bundjoko, directeur du musée national. "Vous savez que le musée c’est un point de référence où on retrouve des collections qui s’enracinent à notre culture, à notre être profond".

Ces 400 œuvres ne sont en fait qu’un tout petit échantillon du patrimoine culturel congolais. L’Institut des musées nationaux, sur les hauteurs de Kinshasa, dans l’enceinte du parc présidentiel du Mont-Ngaliema, en compte 45.000 autres. 12.000 ont été transférés dans les réserves du nouveau musée, mais les autres sont restées au siège de l’Institut, où elles sont conservées dans des conditions précaires.

Quant à l’autre musée de Kinshasa, celui dédié à l’art contemporain, il expose et conserve dans des conditions "déplorables", selon l’un de ses responsables, les toiles des maîtres de la peinture populaire très prisés sur le marché de l’art (Chéri Samba, Moke, Pili Pili…).

Dans ces conditions, le président Félix Tshisekedi ne demande pas à la Belgique, la restitution immédiate des biens culturels congolais. "Un jour il faudra bien que ce patrimoine revienne en RDC mais il faut le faire de manière organisée", a-t-il précisé lors de l’inauguration. "Il faut reconnaître que les Belges nous ont aidés à le conserver. Il ne faut pas le faire précipitamment mais de manière concertée".

La position congolaise contraste ainsi avec la volonté affichée par le Sénégal de récupérer toutes les pièces de son patrimoine conservées en France depuis l’ouverture du Musée des civilisations noires de Dakar, il y a un an. "On est prêt à tout prendre", a répété son directeur, Hamady Bocoum, dimanche dernier pendant la très symbolique restitution par la France d’un sabre du XIXe siècle ayant appartenu au savant El Hadj Omar.

Le débat sur la restitution du patrimoine africain pillé pendant l’époque coloniale, est passionnel depuis la publication fin 2018 d’un rapport rédigé à la demande du président français Emmanuel Macron. Ses deux auteurs, l’économiste sénégalais Felwine Sarr et Bénédicte Savoy préconisent une "restitution rapide".

De son côté, la RDC aborde ce débat avec plus de réalisme. "Les autorités ont remarqué qu’il y avait des problèmes de conservation", confirme Henry Bundjoko. "Il n’y avait pas aussi une salle assez significative pour montrer l’étendue de la richesse de la collection que portait l’Institut des musées nationaux. C’est alors qu’a commencé vraiment le projet pour qu’il y ait un musée".

Les déclarations du président Tshisekedi ont fait réagir Fred Bauma membre de La Lucha ("La Lutte pour le changement "). "Non monsieur le président, les belges ne nous ont pas aidé à le conserver. Ils nous avaient volé notre patrimoine et ils doivent le rendre. Ils l’ont conservé, pas pour nous, mais parce que ça leur rapporte. Mais vraiment!!", a-t-il publié sur Twitter. 

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