Felipe VI plaide pour une monarchie "intègre" et une Espagne unie

Juan Carlos et son épouse ont brièvement rejoint le nouveau couple royal.
10 images
Juan Carlos et son épouse ont brièvement rejoint le nouveau couple royal. - © RTBF

Felipe VI de Bourbon a prêté serment jeudi au parlement, jurant fidélité à la Constitution, après l'abdication de son père Juan Carlos au terme de 39 ans de règne. Le nouveau roi d'Espagne a proclamé sa "foi dans l'unité de l'Espagne", face à la montée du séparatisme catalan, promettant également une monarchie "intègre et transparente" après les scandales ayant touché la famille royale.

Acclamé le long des avenues de Madrid, pavoisées du drapeau national rouge et or, le roi en uniforme militaire a gagné le Congrès des députés accompagné de la reine Letizia, fine et élégante en robe et manteau blanc, et de leurs deux filles, Leonor, huit ans, nouvelle princesse héritière, et Sofia, sept ans.

Après avoir juré fidélité à la Constitution de 1978, le socle fondateur de la démocratie espagnole, Felipe, 46 ans, a promis, dans son premier discours de roi, de défendre "une Espagne en laquelle tous les citoyens retrouvent la confiance dans les institutions".

"Je veux réaffirmer, en tant que roi, ma foi dans l'unité de l'Espagne", a-t-il lancé, en réponse aux poussées nationalistes catalane et basque, parmi les défis les plus lourds qu'il devra affronter. Avant de conclure d'un "merci", en castillan, en catalan, en basque et en galicien, les quatre langues officielles du pays.

Il a promis de travailler pour "rénover" la monarchie et de suivre "une conduite intègre, honnête et transparente". Une réponse aussi au scandale judiciaire dont il devra affronter les retombées, dans lequel sa propre sœur, Cristina, est inculpée de fraude fiscale.

Felipe VI de Bourbon, a également rendu hommage à son père Juan Carlos, qui a abdiqué en sa faveur, louant son rôle dans "la réconciliation des Espagnols" après la dictature franquiste.

"Un règne exceptionnel devient aujourd'hui partie de notre histoire, avec un héritage exceptionnel", a-t-il affirmé.

A ses côtés, la nouvelle reine Letizia, première souveraine espagnole à ne pas avoir de sang royal, était tout sourire tandis que leurs filles, la princesse Leonor, nouvelle héritière, à huit ans, du trône d'Espagne, et sa petite soeur Sofia, sept ans, paraissaient intimidées.

Le nouveau couple royal a ensuite traversé Madrid, à bord d'une Rolls Royce noire décapotable, accompagnés des cavaliers de la Garde royale, jusqu'au Palais Royal.

7000 policiers étaient mobilisés, filtrant les accès aux abords du parcours où une foule de milliers de personnes, parfois clairsemée, criaient "Vive le roi!", "Vive la reine!".

Une fois au Palais Royal, la famille a salué la foule depuis le balcon central. Son père Juan Carlos et son épouse Sofia, les y ont rejoint brièvement.

Sur le balcon orné du nouvel écusson royal de Felipe VI, rouge cramoisi, la famille est restée de longues minutes à saluer le public, amassé sur la grande esplanade de la Plaza de Oriente, sous un soleil éclatant et aux cris de "Vive le roi" et "Vive Felipe".

Ce salut a conclu les actes en public de la proclamation du nouveau roi.

Un scénario inédit

Felipe, âgé de 46 ans, est devenu roi au moment de la publication au Journal officiel de la loi, massivement approuvée par le Parlement, qui a permis l'abdication de son père, un scénario inédit depuis le retour de l'Espagne à la démocratie en 1978.

Moderne et cultivé, le jeune roi en grand uniforme militaire, portant la ceinture de soie rouge de capitaine général des Armées reçue des mains de son père Juan Carlos, qui a signé mercredi son abdication, jurera fidélité à la Constitution de 1978, le socle fondateur de la démocratie espagnole.

Felipe hérite d'une monarchie contestée, selon les sondages, par un Espagnol sur deux, dans un pays miné par la crise économique et le chômage. Resté populaire face au discrédit qui frappe son père, il devra répondre à de nombreux espoirs qu'il aura sans doute du mal à honorer.

"Aujourd'hui, les Espagnols attendent tout de lui: qu'il trouve une solution pour la Catalogne, pour le chômage, qu'il donne un nouveau visage aux institutions", relève Cote Villar, journaliste au quotidien El Mundo. "C'est un grand souffle d'air frais. Mais le risque de déception est très grand", souligne-t-elle.

Jeudi matin, la cérémonie se déroulera devant le Parlement, en l'absence d'invités étrangers. Rompant avec la tradition catholique, la journée sera exclusivement laïque. Après avoir prêté serment, dans l'hémicycle du Congrès des députés, et prononcé son premier discours de roi, Felipe présidera un défilé militaire, rappelant sa fidélité à la tradition qui fait de lui le chef des Armées.

Deux grands absents

La sœur de Felipe, Cristina, était la grande absente de cette cérémonie, tout comme Juan Carlos (à l'exception du balcon pour ce dernier), qui a remis en début de matinée à son fils la ceinture de soie rouge de capitaine général des Armées.

Mercredi soir, Juan Carlos, retenant ses larmes, a signé la loi d'abdication, massivement approuvée par le Parlement. Son dernier acte officiel.

A 76 ans, après 39 ans d'un règne dont les dernières années ont été marquées par les scandales, c'est un roi usé, marchant avec hésitation, appuyé sur des béquilles, qui passe le témoin à son fils.

Un souverain, monté sur le trône le 22 novembre 1975, deux jours après la mort du dictateur Francisco Franco, longtemps très aimé pour avoir mené l'Espagne vers la démocratie et resté l'interlocuteur respecté de nombreuses capitales étrangères.

En annonçant sa décision, Juan Carlos a transmis à son fils la lourde tâche de rénover la Couronne, laissant place à une "nouvelle génération".

Mais Felipe dispose d'une marge de manœuvre étroite, dans un pays où la crise a engendré une perte de confiance dans les institutions, où le régime de la monarchie parlementaire ne lui laisse que peu de pouvoirs.

"C'est un bon roi, très bien préparé, mais sa tâche ne sera pas facile. L'Espagne est très agitée", remarquait Antonio Molina, 60 ans, vendeur de boissons dans un kiosque proche du Palais Royal.

Sans doute son premier dossier brûlant, la poussée séparatiste en Catalogne, à quelques mois du référendum d'autodétermination prévu par les nationalistes en novembre, mettra à l'épreuve les talents de diplomate de Felipe, qui parle catalan et entretient des liens privilégiés avec la région.

Leonor de Bourbon, la plus jeune princesse héritière d'Europe

Cheveux blonds et grands yeux bleus aux allures de poupée, Leonor de Bourbon, fille aînée du nouveau roi d'Espagne Felipe VI, est devenue jeudi, à huit ans, la plus jeune héritière directe du trône en Europe.

Avec l'abdication du roi Juan Carlos, son grand-père, et l'avènement de son père, Leonor a cessé d'être une "infante" pour devenir princesse des Asturies, et peut-être, un jour, reine d'Espagne.

Elle peut être l'atout coeur d'une famille royale dont la popularité a été mise à mal par les scandales qui ont touché le roi Juan Carlos et sa fille cadette Cristina, inculpée dans une affaire de corruption.

"Chaque fois que les infantes Leonor et Sofia apparaissent en public, elles s'attirent l'affection des gens. Elles sont non seulement très jolies mais aussi, semble-t-il, très bien éduquées", affirme Jose Apezarena, auteur d'une biographie de Felipe.

"Jusqu'à maintenant, ses parents l'ont délibérément protégée pour qu'elle n'apparaisse pas tous les jours dans la presse, mais c'est terminé". "Même s'ils vont continuer à réduire l'impact sur sa vie personnelle, elle va devenir héritière dans quelques jours et cela va changer sa vie", expliquait-il peu après l'abdication de Juan Carlos.

Précisons que le nouveau couple royal a réussi à échapper à la chute de popularité de Juan Carlos, conservant une image dorée, proche du conte de fées, véhiculée par les magazines people. Ancienne journaliste, n'ayant pas de sang royal, Letizia, fine et jolie, ne cesse de faire la Une de ces journaux. La naissance de Leonor, le 31 octobre 2005, et de sa soeur, ont fait de cette famille l'une des plus "glamour" du monde princier.

De nouvelles pièces et timbres

Les pièces espagnoles de 1 et 2 euros porteront l'effigie du roi Juan Carlos jusqu'en 2015, où elle seront progressivement remplacées par celles représentant le nouveau roi Felipe VI. Des timbres à l'effigie de ce dernier feront aussi leur apparition.

Enfin, les portraits royaux de Juan Carlos qui ornent les écoles, les universités, les bureaux, les cours de justice ou encore casernes seront remplacés par le portrait du nouveau roi. La sélection du portrait de Felipe prendra encore un certain temps. Les portraits dans les écoles représentent le roi en civil tandis que le roi porte l'uniforme dans les portraits se trouvant dans les palais de justice et installations militaires.

RTBF avec AFP et Belga

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK