Faut-il réformer le G7? La Russie doit-elle en (re)faire partie?

Le G7 se déroule à Biarritz, dans le sud-ouest de la France, du 24 au 26 août. Interrogée sur La Première, Hélène Emorine, directrice de la section française de recherche sur le G7, rappelle que "le G7 est non seulement constitué des grandes puissances économiques, mais aussi des grandes puissances démocratiques. Ce qui est essentiel à la mission du G7, c’est que les membres partagent les valeurs de la démocratie, le respect des droits de l’homme, de la liberté. La Russie, sous le régime de Vladimir Poutine, ne respecte pas ces valeurs et ne partage pas ces valeurs. Ce serait donc assez illégitime que la Russie réintègre le G7 à ce stade. Emmanuel Macron a d’ailleurs dit à Brégançon que le retour de la Russie dans le G8 présuppose que la situation en Ukraine serait résolue. Ce n’est pas le cas, donc actuellement la Russie n’a pas sa place dans ce G7 de puissances économiques et démocratiques".

Valeurs démocratiques

"Quand la Russie a été invitée à faire partie du G7 en 1997, c’était sous l’initiative du président américain Bill Clinton et c’était justement pour encourager la Russie à adopter les valeurs de la démocratie, du respect des droits de l’homme, et de montrer que la Russie avait le soutien de ce club de pays occidentaux, de puissances économiques et démocratiques, et qu’elle se portait un peu sur le droit chemin. Si la Russie a été éjectée après la Crimée en 2014, c’était pour montrer que c’était inacceptable et que ça enfreignait les valeurs de ce G7. Donc, si la Russie veut réintégrer le G7, elle doit se comporter comme une démocratie. C’est donc une certaine manière d’essayer d’influencer la Russie et d’essayer d’influencer ses valeurs", poursuit-elle.

Anciennes puissances

Le sommet du G7 n’est-il pas le sommet des anciennes puissances ? "C’est certainement une question qui se pose. Quand le G7 a été créé en 1975 sous l’initiative du président français de l’époque, Valéry Giscard d’Estaing, c’était face à la crise pétrolière et les membres du G6 à l’époque (parce que le Canada n’en faisait pas partie) représentaient à peu près 80% du PIB mondial. Maintenant, les membres du G7 représentent 40% du PIB mondial. Des grandes puissances comme la Chine, comme l’Inde ou comme l’Afrique du Sud n’en font pas partie et on peut donc se poser la question : à quoi sert vraiment ce G7, puisqu’il ne représente pas l'équilibre de pouvoir actuel ? Je voudrais un peu nuancer : il est important de se rappeler que des pays comme la France, l’Angleterre, les États-Unis ou l’Allemagne sont des pays importants et il ne faut pas minimiser l’importance des relations personnelles entre les leaders. Le G7 est donc aussi l’occasion pour les leaders de ces pays de se rencontrer deux fois par an et de parler de vive voix. Et ce dialogue multilatéral est très important pour apaiser les tensions internationales, pour négocier et pour la coopération internationale. Ce G7 ne reflète pas l’équilibre de pouvoir actuel, mais il reste tout de même un outil de gouvernance internationale important", insiste Hélène Emorine.

Crise du changement climatique

Le G7 de ce week-end "intervient dans un contexte chargé, avec la crise du changement climatique et les menaces à l’ordre multilatéral libéral. Le G7 ne traite plus que des questions économiques, il a vraiment élargi son agenda. Et ce qui est assez particulier du G7, c’est que c’est un forum assez informel, c’est-à-dire que même s’il y a l’agenda formel — cette année, c’est réduire les inégalités — les leaders peuvent demander à la présidence, tenue cette année par la France, de mettre à l’agenda divers sujets. La crise du changement climatique sera bien sûr un sujet clé, mais aussi les crises géopolitiques, la situation tendue en Iran, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, la crise à Hong Kong, l’urgence climatique et la situation tendue dans le Cachemire. Ce sont tous des sujets d’actualité qui vont certainement s’inviter à ce G7. C’est donc dans un contexte compliqué, avec des crises géopolitiques, que ce G7 cherche justement à endosser le rôle de médiateur et de leader de coopération internationale. C’est une tâche compliquée par les intérêts divergents des membres du G7, mais c’est tout de même l’occasion pour ces leaders de se rencontrer, de parler de vive voix et c’est l’occasion d’un dialogue multilatéral".

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