Faut-il parler plus d'Europe à l'école?

Faut-il parler plus d'Europe à l'école? Si oui, comment?
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Faut-il parler plus d'Europe à l'école? Si oui, comment? - © Benoit BOURGEOIS ©Union Européenne, 2019

Deux enseignantes françaises en visite à Bruxelles... L'une nous dit: "Je trouve que le rêve européen s'effondre petit à petit. Ca devient dur de se sentir d'une entité européenne et pas seulement Français ou Espagnol ou Belge".

Et l'autre abonde: "nous sommes préoccupées par le devenir de l'Europe, de nos jeunes.... La première chose à faire, c'est passer par l'éducation. Pourquoi ne pas créer des échanges entre écoles? Pour créer un sentiment européen dès tout jeune".

L'école doit-elle forger un "sentiment européen",  pour contrer le repli nationaliste et la crise de foi en l'Union? Si oui, comment? 

Et en fait… qu’est-ce que les élèves apprennent de l'Europe aujourd'hui?

Est-il nécessaire, est-il possible, de faire vibrer la fibre européenne entre deux récrés?

Cette Europe discrète dans le programme scolaire

Posons-nous un moment à l’école secondaire Saint-Vincent de Soignies. C’est Fabien Capiau qui ouvre la porte. Il est professeur de géographie et ici c’est à lui, notamment, qu’il appartient de parler d’Europe.

"C’est le prof d’histoire qui en parle un petit peu ou bien c’est le prof de géographie, selon les équipes pédagogiques. En géo comme en histoire, nous avons chacun deux petites heures de cours par semaine, avec un programme de plus en plus chargé... Et donc il est vrai que la part réservée à l’histoire de l’Europe ou à la construction européenne est de plus en plus ténue."

En fédération Wallonie Bruxelles, c’est au terme des étude secondaires, en fin de rhéto, que le sujet est abordé. 

"Le programme, clairement, ne définit peut-être pas assez la place que nous devrions donner à l’espace européen. Alors on travaille au cas par cas. Je sais qu’il y a des collègues qui y consacrent une heure ou deux sur une année, alors que d’autres, un peu par passion, vont en parler pendant un mois ou deux."

Et Fabien Capiau fait partie de ces passionnés: "Dans un climat politique morose, la montée des nationalismes, la difficulté de former un gouvernement au niveau fédéral... On la chance, par le fait de parler des repères européens, de montrer que cette construction, petit à petit, ça a été une superbe idée! Les élèves sont scotchés quand on voit les pionniers de l’Europe, quand on leur montre cette beauté de la construction, d'abord à 6 puis à 9 puis à 12, cet enthousiasme à l'époque! C'est fabuleux..."

Quand un professeur ne partage pas cet intérêt et ce bagage ou est en retard sur son programme d'année, ses élèves de rhéto n'auront reçu que quelques heures de cours sur l'Union Européenne sur l'ensemble de leur scolarité. C'est peu pour comprendre une structure complexe et importante, qui décide de nombreux aspects du quotidien.

A fortiori c'est peu aussi pour s'y attacher. 

Des cours sur l'Europe ou des cours "européens"? 

Les rhétos de Fabien Capiau sont sur le point d'entamer ces cours sur la construction européenne. Et ce sera utile.

"On ne sait pas spécialement quels dossiers l'Europe traite" dit une élève. "Le climat, oui...et la paix? C'est tout ce que je sais. Je ne sais pas sur quoi elle travaille en fait, aucune idée!" Un autre poursuit: "On ne sait pas trop ce qui se passe, comment les politiciens parlent entre eux. On a une vision globale de l'Europe sans vraiment avoir une vision de la politique européenne". Son voisin fait oui de la tête: "Dès qu'on sera majeur, il faudra voter. Et si on vote sur quelque chose qu'on ne connait pas, c'est un peu débile".

Ils en concluent qu'ils devraient recevoir ces informations à l'école. 

S'ensuit une discussion sur la façon de faire entrer plus d'Europe en classe sans surcharger des programmes déjà denses. 

Première idée: "il faudrait un cours qui explique comment cela fonctionne, comment les décisions sont prises". 

Mais aussi: "pourquoi est-ce qu'on n'apprendrait pas les langues en discutant par skype avec d'autres jeunes d'une autre classe européenne?".

De telles initiatives existent. Un détour par le site https://www.etwinning.net/en/pub/index.htm donne un éventail d’idées à réaliser en binôme : deux classes dans deux états européens qui développent un même projet artistique, linguistique, scientifique pour quelques semaines et partagent leur progression.

Certains projets sont même imaginés pour des classes de maternelles, pour " vivre " une première expérience européenne.

Autre possibilité : pourquoi ne pas explorer davantage l’"Histoire européenne" dans les classes? 

C’est ce que suggère Laurence Bragard. C’est sa mission, à la Maison de l’Histoire européenne, au pied du Parlement européen à Bruxelles. 

Une " Maison de l’Histoire européenne "                                      

Laurence Bragard y est responsable pédagogique. Elle travaille entourée d’historiens des quatre coins de l’Union, convaincus qu’il existe une lame de fond européenne dans les histoires nationales des états, un fil rouge, un socle commun.

Alors ils se sont appliqués à relever des événements, des dates-clefs, des courants transversaux. Ils devaient éviter que leur ligne du temps ne ressemble à une compilation d’événements qui ne fâchent personne, un plus petit commun dénominateur sommaire et consensuel. Comme certains de ces accords européens à 28.

Colonisation, propagande, mouvements de populations, guerres, rideau de fer, consumérisme, contestation…

Ils ont aussi pensé une façon de représenter cette ligne du temps : cette réflexion a abouti à la création de la Maison de l’Histoire Européenne, il y a deux ans, financée par le Parlement européen et la Commission.

Sur 6 étages, une mise en évidence de cette Histoire "transversale". Avec, pour chaque thématique, peu de commentaires mais des illustrations multiples, en objets ou en documents de toute l’Union. Cela ressemble à un kaléidoscope plus qu’à une synthèse.

Et c’est voulu, commente Laurence Bragard.  Elle fait visiter le musée à des classes de tous âges : "L’idée est de susciter leur questionnement. Tout peut être exprimé dans cet espace sécurisé".

Elle élabore également des dossiers pédagogiques, thématiques, accessibles sur internet en 24 langues pour les enseignants qui veulent glisser plus d’Europe dans les programmes scolaires de leurs pays.

Vers un " canon européen " ?

C’est un travail de longue haleine… Mais finalement : qu’est-ce qui différencierait cette démarche de celle du gouvernement flamand ? Au-delà du propos, n’a-t-on pas, de part et d’autre, une autorité publique qui finance la définition de balises historiques identifiées à son territoire, à enseigner en classe ?

Serait-on en train d’établir un "canon européen" comme le gouvernement flamand veut établir un "canon flamand" ?

En guise de réponse, Laurence Bragard répète ce qui fonde la Maison de l'Histoire européenne: une réflexion large, à 28 états. Et sa philosophie : proposer des jalons qui "lancent le débat, ouvrent le questionnement, outillent, sans imposer de point de vue".

 

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