Faut-il débattre avec l'extrême-droite? "Difficile avec des personnes qui mentent éhontément"

Pascal Delwit n'est pas sûr qu'il faille débattre avec des représentants de l'extrême-droite.
Pascal Delwit n'est pas sûr qu'il faille débattre avec des représentants de l'extrême-droite. - © RTBF

Le politologue de l'ULB Pascal Delwit avait livré son analyse dès la fin du débat télévisé entre les deux candidats du second tour de l'élection présidentielle française: "Marine Le Pen ne s’est pas du tout projetée comme la future présidente de la France". Pour lui, "si les lignes ont bougé", ce qu'il ne pense pas, "ce serait plutôt en faveur d'Emmanuel Macron". 

Sur le fond, Marine Le Pen se serait montrée "sensiblement la plus faible, y compris symboliquement avec les nombreuses notes qu'elle avait devant elle alors que Macron n'en avait presque pas". "Ça entretenait l’image d’un challenger qui en avait besoin et d'un candidat qui maîtrisait ses dossiers. Donc ça n’aidait pas au contraire à la revêtir d’une forme d’expertise qu’elle revendique".

Mais au-delà du contenu du débat se pose la question de sa pertinence même: dans Matin Première ce jeudi, Mehdi Khelfat a demandé au politologue si après avoir vu ce débat, on peut se dire qu’il est possible de débattre avec un représentant de l’extrême droite ? 

Quand vous avez une personnalité qui dit n’importe quoi et qu’on ne peut pas dire " non, ça, c’est tout simplement faux ", il y a un vrai problème

Pascal Delwit en doute: pour lui, il est difficile "d’avoir un débat avec des personnalités qui n’ont aucun état d’âme à mentir éhontément ou à raconter n’importe quoi. Et c’était un peu ça la difficulté du débat. Les passages sur l’Europe étaient les plus éclairants à mon sens. Quand on vous dit que l’euro existait avant l’euro, que les entreprises payaient en écus, qui n’a jamais existé, qui était simplement une monnaie de référence, il faut quand même pouvoir dire que ça, c’est n’importe quoi. Donc là, on est dans cette difficulté, qu’on avait déjà partiellement observé et qu’on continue d’observer aux États-Unis. C’est quand vous avez une personnalité, ici en l’espèce le président des États-Unis, qui dit n’importe quoi et qu’on ne peut pas dire 'non, ça, c’est tout simplement faux', il y a un vrai problème".

C’est aussi le rôle d’un journaliste de pouvoir dire que ceci n'est pas exact.

Et ce d'autant que les journalistes n'ont pas vraiment joué leur rôle de recadrer les erreurs et les mensonges énoncés : "Le débat de 2012 entre Nicolas Sarkozy et François Hollande l’avait déjà dévoilé, celui-ci plus encore, les journalistes ont eu les plus grandes peines du monde à exister. C’est très embêtant parce qu’il y a quand même eu des énormités qui ont été énoncées et je pense que c’est aussi le rôle d’un journaliste, ou d’une journaliste le cas échéant, de pouvoir dire que ceci, ne fût-ce que factuellement, n'est pas exact".

 

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