Faut-il continuer à livrer des armes à l'Arabie saoudite ?

Ecolo-Groen et Amnesty International réclament un embargo strict sur les ventes d’armes à la monarchie saoudienne. Mais L'Arabie saoudite est le deuxième partenaire commercial de la Wallonie. Entre morale et recettes juteuses pour l’économie wallonne, le cœur des hommes politiques balance.

En 2014, le gouvernement wallon a accordé 49 licences, dont la majeure partie porte sur des armes à feu ou des munitions. Cela représente près de 400 millions d'euros. Soit 4 fois plus qu'en 2013.

Et encore, si l'on ne compte pas les pièces envoyées ailleurs, puis réexpédiées ensuite vers l’Arabie saoudite, comme l'explique le directeur d’Amnesty international Philippe Hensmans: "En 2014, les exportations d’armes vers l’Arabie saoudite ne représentaient pas 400 millions, mais probablement 3 milliards 400 millions puisqu’il y a Cockerill à Seraing qui fournit des tourelles de tank à Bombardier au Canada. Bombardier assemble ces pièces et revend des tanks montés à l’Arabie saoudite. Lorsqu’on joue avec des armes, il faut faire attention, et c’est ce que j’ai dit au cabinet du Ministre Magnette, vous n’êtes pas sûrs que les armes que vous vendez à l’Arabie saoudite ne se retrouvent pas aux mains des milices sunnites au Yémen aujourd’hui, parce qu’ ils sont armés par l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, 3 gros clients de la Wallonie".

La fabrication d'armes, 10 100 emplois en Wallonie

Mais cela justifie-t il que l'on livre des armes à un pays qui finance et arme l'organisation terroriste Etat islamique en Syrie, dans le cadre de son bras de fer avec l'Iran ? Car le risque de détournement est réel. On l'a vu avec l'éclatement de la Libye, où des armes de la FN d'Herstal pullulent aujourd’hui, et se retrouvent dans les mains de milices rivales. Daech possède par ailleurs aussi des stocks d'armes belges, pillées dans les stocks irakiens, après la chute de Saddam Hussein.

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L'arme en or que le colonel Khadafi, au moment de son arrestation, a été fabriquée en Belgique. © PHILIPPE DESMAZES - AFP

La Suède a tranché, l’Allemagne hésite

Livrer des armes a un partenaire aussi douteux que l’Arabie saoudite, C'est une question morale que d'autres pays européens se posent. La Suède a stoppé ses livraisons d'armes a l'Arabie saoudite en mars 2015. La ministre suédoise des affaires étrangères, Margo Wallström avait qualifié de moyenâgeuses les pratiques de la justice saoudienne. Elle faisait référence au blogueur Raef Badawi, condamné a 10 ans de prison et 1000 coups de fouet, pour avoir ouvert un forum de discussion sur internet.

Conséquence, la Suède a mis fin à un accord de coopération militaire entre les deux pays, qui datait de 2005. Un accord modeste, puisque la Suède n'avait vendu "que" pour 37 millions d'euros d'armements a Riyad. Mais le Royaume n'a pas supporté l'offense. En rétorsion, l’Arabie saoudite avait décrété l'interdiction de visas aux businessman suédois.

Ce clash a provoqué levée de boucliers de la part des grandes entreprises suédoises, comme IKEA, H&M et Volvo, qui empochent un milliard d’euros de profit par an en Arabie saoudite. Au total, 30 marques ont écrit une lettre bien sentie à la ministre, l'accusant de mener une politique féministe et contraire aux intérêts du pays.

Par contre, pas un mot de la part des partenaires européens. Margot Wallström s'est retrouvée bien seule.

Du côté de l'Allemagne, on envisage de se montrer plus sévère sur les exportations d'armes à destination de l’Arabie saoudite. Par le passé, elle avait déjà refusé de livrer des chars et des fusils d'assaut au régime saoudien.

Au cours du premier semestre 2015, l'Allemagne a autorisé l'exportation d'armes vers l'Arabie saoudite, un marché qui a représenté 178 millions d'euros, selon un rapport officiel publié en octobre dernier. Deux partis d'opposition, les Verts et Die Linke (La Gauche), ont demandé la fin de ces exportations à la suite des pendaisons et des décapitations de samedi.

Certains membres de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel ont aussi demandé un réexamen des relations entre Berlin et Ryad. "Un moratoire sur les exportations d'armes pourrait être le bon signal", a ainsi déclaré le député conservateur Michael Hennrich.

Écoutez ou ré-écoutez l'intervention de Philippe Hensmans d'Amnesty cette problématique: 

Philippe Hensmans (Amnesty): "L'Arabie saoudite, c'est un Daesh légal"
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