Faire la guerre avec des drones, c'est pas du jeu?

Le magazine en ligne rapporte les souvenirs d’un soldat virtuel qui se rappelle certaines cibles abattues, des enfants entrevus avant de pousser sur le bouton rouge ou des convois amis se dirigeant vers un champ de mines.

Score: 1626

Pendant six ans, Brandon Bryant a piloté des drones de l’armée américaine depuis une petite pièce sombre. Lorsqu’il quitte l’armée américaine il apprend qu’il n’a pas démérité: son score s’élève à 1626 personnes tuées. Et tout cela avec une seule vie. Mieux que dans les jeux vidéo. Mais aujourd’hui, il souffre d’un stress post-traumatique. Notamment parce que les autres soldats ne reconnaissent pas son mérite et se moquent de ce faux militaire qui a été payé à "jouer avec un joystick".

Ce soldat d’un nouveau type a mené sa guerre depuis un "box" situé au fin-fond du désert du Nevada. Son arme: le Predator MQ-1B rayonnant à près de 3 km d’altitude au-dessus des territoires afghans.

Brandon Bryant raconte qu’il recevait les ordres de son supérieur. La checklist était respectée: "Après les derniers contrôles, la mission est confirmée. La cible est constituée de trois hommes qui marchent sur une route d’Afghanistan dans la province de Kunar. Ils sont armés." Le pilote de drone avec lequel il travaille en tandem passe du spectre visible au spectre infrarouge. Les trois silhouettes sont repérées, transformées en cible. Dans son cagibi puant de sueur mais tenu à une température stable de 68 degrés Fahrenheit (20° Celsius), le responsable de tir presse le bouton. Le missile est parti. "Après quelque secondes l’un des trois hommes semble avoir entendu quelque chose, l’écran devient blanc". Tout est fini. De ces trois victimes, Brandon Bryant ne sait rien si ce n’est qu’elles transportaient des armes et se trouvaient à des milliers de kilomètres.

Cet épisode, l’aviateur de première classe Brandon Bryant s’en souvient des années plus tard. "Après la disparition de la fumée, il y a des restes humains de deux personnes autour du cratères et le troisième a perdu sa jambe droite." Il mourra lentement, sous les yeux de l’équipage du drone. A l'autre bout du monde.

Les ventes de drones on doublé en 10 ans

Au dernier salon du Bourget en juin dernier, était exposé le Patroler, dernier né des drones de Sagem.

Un responsable de la marque avait déclaré alors "C'est un marché en plein essor, qui représente de 5 à 10% du marché de l'aéronautique civile". Les ventes ont doublé en 10 ans, et les professionnels estiment que la tendance devrait se poursuivre. En 2025, les drones représenteront un marché de 82milliards de dollars qui emploiera près de 100 000 personnes dont 61% seront des Américains, assure une étude réalisée par Pew.

La polémique du drone

Dans les pays en guerre, le drone devient un sujet de polémique. Le Premier ministre pakistanais, Nawaz Sharif réclame la fin des tirs de drones américains dans le Waziristan depuis le 11 mai.

Depuis, il mène une charge contre les attaques de drones américains dans le nord-ouest du Pakistan. Il déclarait encore cette semaine: "L'usage de drones est non seulement une violation de la souveraineté, mais il se fait aussi au détriment des efforts pakistanais de lutte contre le terrorisme.» Selon Amnesty International, les victimes dans les zones tribales du Nord-ouest pakistanais seraient au nombre de 2000 à 4700 personnes, depuis 2004. L'ONG appelle d'ailleurs, depuis quelques jours les USA à publier les informations sur les tirs de drones. Selon Amnesty, les Etats-Unis doivent mettre fin au "secret" entourant leurs tirs meurtriers de drones au Pakistan et juger les responsables de ces frappes "illégales".

En août dernier, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait, lui aussi, critiqué le recours trop fréquent aux drones armés. Il l'avait fait devant un parterre de militaires au Pakistan, pays le plus bombardé avec le Yémen par les avions sans pilote américains.

Et, nouvelle illustration de l'omniprésence des services de renseignements US, la campagne controversée de drones du président américain contre Al-Qaïda avait été présentée jusqu'à présent comme étant l'œuvre de la seule CIA, l'agence centrale de renseignements chargée d'espionner hors des Etats-Unis. On sait, depuis, que c’est la désormais célèbre NSA qui est plus particulièrement chargée de la surveillance et du décodage des messages cryptés.

Jean-Claude Verset

 

 

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